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The show must go on

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« And Iiiiiiiiiiiiiiiiiii… Will Always Love Yoooouuuuuuuuuuuuuu. » Ah, vous l’avez entendu, ce refrain, depuis ce week-end. “A l’annonce de la mort de Whitney Houston, retrouvée morte inanimée, à l’âge de 48 ans, samedi 11 février, dans la baignoire d’une suite du Beverly Hilton Hotel, à Los Angeles, la chanson la plus célèbre de son répertoire a été diffusée sur les radios du monde entier , écrivait Sylvain Siclier lundi dans Le Monde daté mardi. Succès international, qui se serait vendu en single à 10 millions d’exemplaires, I Will Always Love You était à l’origine une composition de la chanteuse country Dolly Parton, datant de 1973. Whitney Houston en fit en 1992, dans le film The Bodyguard de Mick Jackson, où elle interprétait le rôle d’une chanteuse protégée par Kevin Costner, une ballade pop émaillée d’éléments soul. Ce thème lui valut un Grammy Award en 1994. Les récompenses de l’industrie musicale aux Etats-Unis auront célébré six fois Whitney Houston (pour vingt-six nominations), et une cérémonie spéciale était prévue en son honneur dans la soirée de samedi. Elle n’y aura donc pas participé. Si les Grammy Awards, qui se tenaient dimanche 12 février à Los Angeles, ont plébiscité Adèle, la chanteuse britannique de 23 ans, c’est l’ombre de Whitney Houston qui aura plané sur toute la cérémonie. Lady Gaga portait robe noire et voile résille. Stevie Wonder a lancé : « Nous t’aimons tous, Whitney », la chanteuse de R & B Jennifer Hudson a chanté inévitablement I Will Always Love You… Et la salle tout entière du Staples Center de Los Angeles s’est mise à prier en début de cérémonie à la demande du présentateur de la soirée, le rappeur LL Cool J. « Nous avons un décès dans notre famille », a-t-il dit.“

La mort de Whitney Houston n’a donc pas empêché, on s’en doute, la cérémonie de se tenir. Mais entre professionnalisme, sur le mode « The show must go on » , et cynisme mercantile, on ne peut s’empêcher de trouver que ce décès est décidément bien révélateur de ce qu’est l’industrie musicale aujourd’hui. Comme le racontait dès lundi la correspondante à Washington de Libération , “le cadavre de Whitney Houston était encore à l’hôtel même où, comme il se doit à Los Angeles, la fête s’est ouverte malgré tout. « Elle attendait tellement cette soirée », a expliqué Clive Davis, le découvreur et producteur de la star, présentant samedi sa traditionnelle soirée de veille des Grammys. « Whitney aurait voulu que la musique continue », a assuré Davis, inaugurant comme toujours une pluie d’étoiles, avec Alicia Keys, Miranda Lambert ou même Diana Ross. A quelques mètres de là, dans ce même hôtel Hilton Beverly, Whitney Houston gisait encore : découvert peu après 15h30 (heure locale), son corps n’a été emporté qu’au milieu de la nuit, vers un laboratoire d’autopsie. […] Après les disparitions de Michael Jackson en juin 2009, et d’Amy Winehouse, en juillet dernier, beaucoup bien sûr font le lien entre toutes ces vedettes aux destinées fracassées. Mais pas forcément pour remettre en question le star-system américain et ses adjuvants. Prenant la parole samedi pour rendre hommage à Whitney Houston, toujours au Beverly Hilton, le chanteur Tony Bennett en a plutôt déduit qu’il faudrait légaliser les drogues. « Ce fut d’abord Michael Jackson, puis Amy Winehouse, s’est exclamé l’octogénaire. Légalisons les drogues, comme à Amsterdam, qui est désormais une ville très saine. »

Comme il se doit maintenant dans le monde de la pop, quantité d’hommages ont été rédigés en 140 signes sur Twitter. « Cœur brisé et en larmes après la mort choquante de mon amie, l’incomparable Mme Whitney Houston », s’est émue la chanteuse Mariah Carey. « Nous avons encore perdu une légende », a renchéri sa consœur, Christina Aguilera. Amour et prières pour la famille de Whitney. Elle nous manquera. » Sur Twitter toujours, Rihanna a fait plus court encore : « Pas de mots ! Juste des larmes #DearWhitney », avant d’ajouter un peu plus tard tout de même : « Ça fait tellement drôle d’être à la répétition des Grammys juste à ce moment. »

Pour Bobby Brown, ancien mari de Whitney Houston et père de leur fille, Bobbi Kristina, 19 ans (elle-même déjà accro à la cocaïne à en croire les tabloïds), le show continue aussi. Le chanteur s’est produit avec son groupe, New Edition, samedi dans le Mississipi, où il a lancé : « Je t’aime, Whitney », soufflant un baiser vers le ciel avant de sangloter sur scène. Il n’a pas été question un instant non plus, donc, de remettre en cause hier la cérémonie d’autocongratulation de l’industrie musicale américaine, les Grammy Awards. Du temps de sa gloire, Whitney Houston avait été , comme on l’a dit tout à l’heure, l’une des artistes américaines les plus couvertes de Grammys et autres World Music Awards. Pour lui rendre malgré tout hommage, les producteurs de la 54e cérémonie des Grammys ont demandé à Jennifer Hudson d’interpréter une de ses chansons. « Cela doit rester un spectacle », a expliqué Ken Ehrlich, un des producteurs de l’événement cathodique, assurant que Whitney Houston « aurait voulu que le show continue ». Cette mort en pleine célébration « confraternelle » tombe bien , « d’une certaine façon », soulignait, hier aussi sur CNN, l’ancienne présidente de la puissante Recording Industry Association, Hilary Rosen : aux précédents Grammys, Whitney Houston faisait surtout jaser pour ses abus et sa déchéance, rappelle-t-elle. Cette année, au moins, « on parle d’elle en bien. » Enfin, pas partout. Certains journaux français ont été très réservés, voire carrément moqueurs, envers les qualités musicales, et même vocales, de celle que le décès a, comme toujours, propulsé en tête des ventes : I Will Always Love You numéro un des ventes lundi matin sur iTunes, selon Le Figaro , et 100 000 CD fabriqués en urgence par Sony Music en France pour satisfaire la demande nécrophile, d’après Le Parisien , qui rappelait que “son dernier album, en 2009, s’est péniblement vendu à 38 000 exemplaires dans l’Hexagone.“ Quelques commentaires acides, donc, dans la presse française, avec la palme du lapidaire aux Inrockuptibles : “Whitney Houston, femme tragique, actrice risible et chanteuse technique, athlétique plus qu’expressive. Celle qui contribua à rapprocher la soul-music de la soupe-musique est responsable de beaucoup de chanteuses à gorges déployées, popularisées par les concours d’amygdales de la téléréalité. On regrette qu’un tel hommage n’ait pas été réservé, il y a quelques semaines, à l’immense Etta James.“ On ne saurait mieux dire…

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