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Silence et cacophonie

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Comment la tentative de censure d'une installation de l'artiste franco-algérienne Zoulikha Bouabdellah, et les ambiguïtés du maire de Clichy-la-Garenne, ont provoqué l'annulation de l'exposition Femina au Pavillon Vendôme.

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"Silence", installation de Zoulikha Bouabdellah Crédits : Courtesy

“Le président du conseil municipal de Jacksonville, en Floride, nous apprend une brève de Beaux-Arts Magazine, a estimé qu’une photographie d’une femme enceinte nue d’Angela Strassheim, actuellement exposée au Museum of Contemporary Art de la ville, était « pornographique », et demandé son retrait.” Dans la France de l’après 7 janvier, pas besoin d’être nue pour se faire censurer, et cela se fait de manière beaucoup moins franche du collier. Il suffit pour cela de disposer “vingt-huit paires d’escarpins dorés sur des tapis de prière musulmans. L’œuvre s’appelle Silence. Une installation signée Zoulikha Bouabdellah, artiste plasticienne franco-algérienne, qui devait figurer dans l’exposition Femina ou la réinterprétation des modèles, inaugurée samedi [24 janvier] au pavillon Vendôme, à Clichy (Yasmine Youssi l’avait évoquée mercredi dernier). Une œuvre saisissante , estime Anne-Sophie Damecour dans Le Parisien, qui questionne sur la position de la femme moderne dans la religion musulmane… Mais que les visiteurs ne verront pas.

Motif : « Une fédération de citoyens clichois de confession musulmane a fait part à la mairie de son inquiétude sur d’éventuels incidents non maîtrisables liés à cette installation », explique Christine Ollier, l’une des trois commissaires de l’exposition et directrice artistique de la galerie parisienne les Filles du Calvaire. Et, ne se sentant pas soutenus par le maire PS, Gilles Catoire, l’artiste et les commissaires de l’exposition ont donc renoncé au dernier moment. « Suite à l’incompréhension dont est victime l’installation, j’ai pris la décision de la retirer, explique Zoulikha Bouabdellah. Je mets cette incompréhension sur le compte de l’émotion liée au drame qui a touché la France et ne souhaite en aucun cas que cette pièce soit le prétexte de quelques-uns pour nourrir davantage les amalgames à travers des interprétations erronées. » Rappelons que Silence a déjà été exposé à Paris, Madrid, Berlin, Francfort… sans que cela ne pose aucun problème. Dans une lettre ouverte envoyée [le 27 janvier] aux médias, Christine Ollier, historienne d’art renommée, [souhaitait] désormais « une prise de position claire » du maire socialiste Gilles Catoire, qui, dit-elle, a « brillé par son absence lors du vernissage ». « Seule l’artiste a pris la décision de retirer son œuvre », réplique l’édile, qui affirme avoir une règle : « Je n’interviens jamais dans les programmations des équipements culturels de la ville. » L’installation a été remplacée par une vidéo. On y voit Zoulikha Bouabdellah faire la danse du ventre avec des foulards bleu, blanc, rouge. Au son de La Marseillaise.

Ni choquer ni provoquer, mais instaurer un dialogue Outre Le Parisien , Le Monde , L’Humanité et Libération s’emparent de l’affaire. Jeudi dernier, on peut lire dans ce dernier que “suite à la polémique, Silence devrait, selon les informations [du quotidien], être raccrochée [le jour même] au sein de l’exposition Femina. Le retour de cette œuvre, qui interroge « la place de la femme au seuil » des espaces « sacré et profane », qui , comme l’explique l’artiste elle-même, ne veut « ni choquer ni provoquer, mais bien plutôt proposer une vision à partir de laquelle peut s’instaurer un dialogue », qui selon ses commissaires « ne représente aucun caractère blasphématoire », [devait] s’accompagner d’un dispositif de sécurité et de prises de parole, en présence, dans la mesure du possible, de l’artiste.” Et qu’apprend-on finalement dans Le Monde daté de mardi ? Que “l'exposition Femina, au Pavillon Vendôme de Clichy-la-Garenne, n'aura duré qu'une semaine , annonce Philippe Dagen. Le retrait de Silence lui a été fatal. Après la révélation dans la presse de cette censure, il a été question que la pièce soit rétablie, avant que l'artiste ne publie, dans la nuit du 28 au 29 janvier, le communiqué dans lequel elle déclarait « définitif » le retrait de Silence et l'expliquait par « l'absence de réponses claires de la municipalité de Clichy-la-Garenne quant aux modalités de réintégration de l'installation » en matière de sécurité et de dialogue avec le public.

Le maire était absent Par un deuxième communiqué, diffusé dans la soirée du dimanche 1er février, les commissaires de l'exposition, Charlotte Boudon et Christine Ollier, annoncent que les autres participantes de Femina (dix-sept artistes) souhaitent majoritairement le retrait de leurs œuvres. Demande que les deux femmes soutiennent. « Dès demain, lundi 2 février, continuent les commissaires, des œuvres seront décrochées et restituées aux artistes qui le demandent et pourront être remplacées par un communiqué », ce qui était déjà le cas de Silence. Orlan avait été la première à exiger le retrait de sa pièce (sur Facebook, elle avait alerté : « Cet acte d’autocensure masque une censure plus grave », donc « la porte ouverte à toutes sortes de restrictions insidieuses de notre liberté d’expression, au risque que nous passions consciemment ou inconsciemment de l’autocensure à l’empêchement, de l’empêchement à l’inhibition, que produisent la menace et la peur »). Comme Zoulikha Bouabdellah, les signataires mettent en cause l'attitude du maire (PS) de Clichy, Gilles Catoire. Absent du vernissage, samedi 24 janvier, alors qu'il était averti de la situation, ce dernier n'a réagi officiellement que mardi 27 dans un communiqué dont le but n'était pas de prendre la défense d'une artiste menacée pour des motifs religieux, mais de se décharger de toute responsabilité sur son adjoint à la culture, Nicolas Monquaut. Il finissait du reste en menaçant de porter plainte pour diffamation contre qui associerait son nom à l'affaire de Silence. Dans leur communiqué, les commissaires de Femina observent que l'édile « cherche à se défausser » et rappellent son absence au vernissage et son « manque de soutien »ultérieur. Femina, que [le critique du Monde] a pu visiter avant son démontage forcé, était une exposition cohérente et réussie, juge-t-il, où la création était étudiée sous l'angle du rapport des femmes artistes à l'histoire de l'art et aux chefs-d'œuvre des musées.” Dommage, on aurait pu y envoyer le président du conseil municipal de Jacksonville, en Floride, entre autres…

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