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Snobisme et volonté

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Michel Bouquet, à 89 ans, vient de recevoir le prestigieux prix du Brigadier, un « Brigadier d’honneur », nous informe Libération , pour Le roi se meurt , de Ionesco, qu’il joue depuis 2004 (et encore très bientôt, du 5 décembre au 3 janvier au Théâtre de Paris), et pour “l’ensemble de son œuvre.” Pour ceux à qui les termes du théâtre sont étrangers, La Croix rappelle que “le prix du Brigadier, l’une des plus anciennes récompenses du théâtre, créée en 1960, tire son nom du « brigadier », le morceau de perche de théâtre avec lequel le régisseur, membre de la « brigade » technique, frappe les trois coups.” La Croix qui nous informe également qu’un “arrêté paru [jeudi] au Journal officiel officialise la promesse faite aux intermittents, par le premier ministre, Manuel Valls, de corriger l’une des mesures les plus contestées de la convention d’assurance-chômage validée le 25 juin : l’allongement de la période pendant laquelle un nouveau chômeur doit attendre avant de percevoir des allocations. Temporaire, cette « neutralisation » s’appliquera jusqu’à la date d’expiration de la convention, le 30 juin 2016.” Il faut dire que Manuel Valls aime le théâtre. Pour preuve, comme l’a raconté Le Figaro , “le premier ministre et son épouse, la violoniste Anne Gravoin, ont assisté, [le 23 octobre], à la représentation de Deux hommes tout nus, la pièce de Sébastien Thiéry, jouée par l’auteur et François Berléand (au Théâtre de la Madeleine). Manuel Valls a beaucoup ri” , nous assure Le Figaro .Peut-être aussi, dans ce fleuron parisien du théâtre privé, Manuel Valls réfléchissait-il au rapprochement entre théâtres publics et privés. “Est-il souhaitable ? , s’interroge Sandrine Blanchard dans Le Monde. Oui, viennent de répondre, à quelques mois d’intervalle, la Cour des comptes et la nouvelle ministre de la culture, Fleur Pellerin. Elles sont loin d’être les premières à recommander de jeter des ponts entre ces deux frères ennemis du paysage théâtral français. Depuis plus de dix ans, plusieurs rapports ont préconisé des passerelles pour favoriser la diffusion des spectacles ; le but étant que ceux du public, joués sur une courte période en région, puissent poursuivre leur vie à Paris et que les meilleurs du privé aient plus la possibilité de tourner en province sur les scènes subventionnées. Nombreux ont été les ministres de la culture favorables à davantage de collaboration pour rentabiliser le coût grandissant des productions. « Se rapprocher n’est pas juste une question de désir mais de nécessité. Avec les contraintes budgétaires actuelles, il n’est pas possible de rester dans cette guerre d’arrière-garde », a résumé Stéphane Hillel, directeur du Théâtre de Paris, lors du 50e anniversaire de l’Association pour le soutien au théâtre privé (l’ASTP), fêté mi-octobre. C’est cette occasion qu’a choisie Fleur Pellerin pour appeler à un rapprochement entre ces deux réseaux que l’on a coutume d’opposer de manière caricaturale, comme si l’un n’était qu’élitiste et intellectuel, et l’autre seulement populaire et divertissant. Harold Pinter n’a-t-il pas été joué cet automne à Paris aussi bien au Théâtre du Vieux-Colombier (public) qu’à celui de l’Œuvre (privé) ? , rappelle Le Monde. « Avec un peu moins de snobisme et un peu de volonté, les liens entre théâtre public et théâtre privé pourraient évoluer », résume Michel Orier, directeur général de la création artistique au ministère de la culture. « Le théâtre français marche sur deux jambes, c’est ce qui fait sa force. Pour préserver cet équilibre, il faut encourager le travail en commun », a défendu la ministre. Qualifiant les directeurs des 53 théâtres privés parisiens de « véritables entrepreneurs de la culture », Fleur Pellerin a salué le modèle économique du fonds de soutien géré par l’association, « un bel exemple de solidarité professionnelle, un système vertueux et efficace qui permet une autonomie de gestion, une prise de risques et une liberté de programmation ». Etonnamment, sur le site du ministère de la culture, à la rubrique discours, il n’y a nulle trace de cette allocution , constate Le Monde. Au printemps, le même silence a accompagné la publication d’un rapport de la Cour des comptes consacré à l’ASTP qui recommandait à la Rue de Valois de « favoriser les échanges entre secteurs privé et public ». Est-ce parce qu’en coulisses le nouvel acte de la réconciliation est loin d’avoir été écrit ? Ce document de la Cour des comptes a suscité la colère du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (le Syndeac). Que constate la Cour ? Qu’ « avec plus de 3 millions d’entrées par an et 15 000 représentations, les théâtres privés obtiennent, en termes de fréquentation, des résultats comparables aux 114 théâtres subventionnés ». Le secteur privé concentre chaque année 50 % des représentations et 47 % des entrées payantes, tandis que l’aide de 3,5 millions d’euros par an qu’il reçoit de l’Etat correspond à 0,7 % du total des crédits alloués par le ministère au spectacle vivant. Ainsi, calcule la Cour, une entrée payante dans le théâtre privé coûte 3,48 euros aux collectivités publiques, contre 102 euros en moyenne dans les 39 centres dramatiques nationaux. Cette vision comptable, qui retient comme critères d’efficience la fréquentation des œuvres et l’impact des subventions sur le prix du fauteuil, constitue, aux yeux du Syndeac, un crime de lèse-majesté. Pourquoi ? Parce qu’il fait fi du cahier des charges (obligations de répertoire, de création, de développement territorial, de sensibilisation des publics, d’enseignement artistique et culturel et de tarifs accessibles à tous) propre aux structures subventionnées. « Nous exhortons les élus à ne pas suivre des raccourcis qui renient soixante années de décentralisation culturelle », dit le Syndeac.” Dont l’ex-président, dans les années 1999-2000, était un certain… Michel Orier.

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