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Le Théâtre-Sénart, scène nationale

Sombre fin d'année 2015 pour le théâtre ? Pas pour tout le monde...

6 min

Le théâtre privé s'alarme de la forte baisse de fréquentation enregistrée depuis les attentats du 13 novembre. Mais la mauvaise saison avait en fait commencé dès septembre. Pendant ce temps, le Théâtre-Sénard, inauguré précisément le 13 novembre, voit sa fréquentation dépasser toutes les attentes...

Le Théâtre-Sénart, scène nationale
Le Théâtre-Sénart, scène nationale Crédits : © Théâtre-Sénard

“Attentats obligent, la fin d'année 2015 a été noire pour le théâtre privé parisien, rapporte Martine Robert dans les Echos. « Il a subi une baisse de 30 % du nombre de ses spectateurs et de 28 % de ses recettes entre le 13 novembre et la fin de l'année, par rapport aux sept dernières semaines de 2014 », a précisé mardi Bernard Murat, le président du Syndicat national du théâtre privé et directeur du théâtre Edouard VII, à l'occasion d'une conférence de presse. « Cette forte chute masque des situations contrastées : quelques succès disposaient de suffisamment de réservations pour être très peu ou pas affectés, quand d'autres sont plus durablement atteints », a-t-il ajouté. « De plus en plus, il faut des têtes d'affiche, et celles-ci ne sont pas si nombreuses », a renchéri Marie-France Mignal, à la tête du Théâtre Saint-Georges et de l'Association pour le soutien du théâtre privé. Les théâtres souffrent aussi de l'annulation de spectacles jeune public et de la baisse des locations de salle pour des événements privés. D'où « l'impossibilité de prévoir l'échéance d'un retour à la normale », a observé Bernard Murat, qui réclame « une aide globale au théâtre privé » auprès du ministère de la Culture et à la Ville de Paris. Pour encaisser les « bides », les 55 scènes privées parisiennes peuvent compter depuis 1964 sur un fonds de soutien alimenté par des subventions de l'Etat et de la Ville, ainsi que par une taxe sur la billetterie des pièces à succès. Or ce fonds est menacé d'asphyxie, pris en étau entre les déficits croissants à couvrir et les recettes issues de la taxe en baisse. Selon Bernard Murat, le « fonds d'urgence » mis en place par le ministère de la Culture et doté de 4,5 millions d'euros, ne suffira pas pour faire face à la situation actuelle.” 

Pouvoir d'achat

_“Une question se pose,  rajoute Armelle Héliot dans__ Le Figaro. Pourquoi [le] fonds [de soutien] aiderait-il des gens d'argent qui n'ont aucune vocation à défendre les auteurs, les acteurs, le monde du théâtre ? Le Comedia est sorti du système. Mais les autres ?” Or cette question, la critique théâtrale du Figaro la posait dans un papier publié le 12 novembre, soit la veille des attentats. Un article qui commençait ainsi : _“Il y a des années que le théâtre privé parisien n'avait connu début de saison aussi mauvais. Les succès se comptent sur les doigts d'une main. Soit, par ordre d'entrée en scène de tout début septembre à octobre:  Momo au Théâtre de Paris, Le Mensonge à Édouard VII, Fleur de Cactus à Antoine. Montés en puissance: Représailles à la Michodière, La Dame blanche au Palais-Royal, Avanti! aux Bouffes Parisiens.”_ Pourquoi, dès avant les attentats, le théâtre privé faisait-il une mauvaise saison ?, se demandait donc L’Express du 9 décembre. “Parce que le nombre de spectacles ne cesse d'augmenter, contrairement au public, répondait l’article. Si les attentats de Paris ont provoqué une chute de fréquentation de 35% la semaine qui suivit le 13 novembre, ils n'expliquent pas, à eux seuls, la mauvaise saison qu'accuse actuellement le théâtre privé depuis la rentrée. Au mois d'octobre, dans les 57 théâtres adhérant à l'Association pour le soutien du théâtre privé, 15 spectacles ne passaient pas la barre des 20% de fréquentation. Soit trois fois plus que l'année dernière. « Comme en 2014, cinq pièces tirent leur épingle du jeu, constate Antoine Masure, délégué général de l'ASTP. Mais le nombre de spectacles qui s'effondrent explose. » Même les têtes d'affiche ne font plus recette. Le Roi Lear _au Théâtre de la Madeleine, avec Michel Aumont, enregistre seulement 40% de fréquentation. Irma la douce, à la porte Saint-Martin, avec Lorànt Deutsch, ne dépasse pas les 60%. La faute à des erreurs de programmation ? « Non, la tendance est trop profonde. Le pouvoir d'achat ne cesse de baisser tandis que l'offre théâtrale est de plus en plus importante », explique-t-il. A Paris, le nombre de représentations est passé de 8 249 à 8 828 en un an. La plupart des directeurs de théâtre n'ont d'autre choix que de proposer trois spectacles par soir pour rentrer dans leurs frais. Quitte à vider leurs salles en dispersant le public. Une spirale infernale.”_ 

Créer, c'est résister ?

Dans ce marasme, il est un théâtre, qui plus est public, dont la fréquentation dé-passe les attentes : c’est le Théâtre-Sénart, qui a remplacé les deux si-tes originels de la scène nationale, la Coupole et la Rotonde : « Le Théâtre-Sénard, c'est comme si les Bouffes du Nord et le Paris-Villette avaient fusionné pour devenir le Théâtre de la Ville » commente Jean-Michel Puiffe, qui dirige la scène nationale depuis 2001. Et pourtant, rappelle Clarisse Fabre dans Le Monde, “l'immense vaisseau a connu un bien triste baptême : après plusieurs contretemps, la date d'inauguration avait été fixée au 13 novembre 2015. La soirée commençait bien : deux artistes associés au Théâtre-Sénart, le metteur en scène Patrick Pineau et le chorégraphe Sylvain Groud, ancien du ballet Preljocaj, avaient pré-paré une surprise : ils ont lancé la bande-son de l'abécédaire de Gilles Deleuze, qui se résume à la voix chevrotante du philosophe, et ont dan-sé sur la lettre R de résister : « En quoi créer, c'est résister ? C'est plus net pour les arts…, commence Deleuze_. Les artistes ont vraiment la force d'exiger leur rythme à eux. (…) Personne n'a le droit de bousculer un artiste. » Les attaques terroristes à Paris ont coupé court à la fête – et les mots de Deleuze ont pris tout leur sens. La ministre de la culture, Fleur Pellerin, s'est éclipsée et les invités ont mis au placard le sac en coton qui leur avait été offert… On ne peut quand même pas se prome-ner avec une telle inscription en bandoulière : « Théâtre-Sénart. 13 no-vembre 2015. J'y étais ! »” Depuis, “un miracle s'est-il produit ? Pour l'instant, le public afflue. Dès la réouverture des portes, au lendemain des attentats, les spectateurs assistaient, les 17 et 18 novembre, à la pièce de la metteuse en scène Pauline Bureau, Sirènes. Il manquait tout de même à l'appel une centaine de « scolaires ». […] Le 29 novembre 2015, le premier opéra accueilli par le Théâtre-Sénart affichait complet – Le Nozze di Figaro, avec une mise en scène de Galin Stœv. […] Aujour-d'hui, l'équipe croise les doigts : [alors que l’objectif du nouvel outil est d’attirer 45 000 spectateurs à l’horizon 2018], avec plus de 6 000 abon-nés, les 40 000 entrées payantes ont déjà été dépassées pour l'année 2016.” Et on dira après que le théâtre public doit s’inspirer des méthodes du privé…

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