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Soucis de voisinage

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“Une équipe de scientifiques menée par le Hongrois Gábor Horváth a comparé des peintures d’éléphants ou de bœufs de plusieurs grottes préhistoriques, dont celle de Lascaux, avec les mammifères de toiles modernes , nous apprend Emilie Chaudet dans Télérama . Leur conclusion est sans appel. Les Velásquez et autres Corot n’ont jamais su peindre avec vraisemblance un animal en mouvement. Dans leurs œuvres, le taux d’erreur s’élève à 83,5% contre 46,2% pour les peintures pariétales. Anomalies anatomiques, pattes mal placées… les modernes étaient de moins fins observateurs que leurs prédécesseurs des cavernes. Mais ils avaient peut-être une excuse , admet la journaliste : nul besoin pour eux de garder à l’œil l’objet de leur future chasse.”

L’annonce, sans doute parce que les mis en cause sont morts depuis longtemps, n’a pas provoqué de polémique particulière, contrairement aux trois affaires dont il va être maintenant question. La première implique un habitué du genre, l’artiste italien Maurizio Cattelan, star de l’art contemporain. “Depuis le 16 novembre , lit-on dans une brève du Parisien , [sa] statue de cire représentant Adolf Hitler avec la carrure d’un enfant, agenouillé et priant, est installée dans une cour de l’ancien ghetto de Varsovie (où 500 000 juifs avaient été enfermés en 1939). [Le 4 janvier], le grand rabbin de Pologne s’est indigné de la présence de cette œuvre, qui témoigne selon lui d’un « manque de sensibilité ». Fin décembre déjà, le centre Simon-Wiesenthal de Jérusalem, qui vise à préserver la mémoire de l’Holocauste, avait estimé que cette installation « insultait les victimes des nazis ».”

En Norvège, c’est “la municipalité d’Oslo, qui avait décidé de vendre un autoportrait de 1930 d’Edvard Munch, qui se trouve sous les feux des critiques , nous apprend Le Monde : elle est accusée de ne pas respecter les souhaits du peintre, qui avait légué son œuvre à la capitale norvégienne avant sa mort, sous la condition qu’elle ne soit pas dispersée. Le Conseil, qui prévoit d’utiliser l’argent récolté pour financer le 150e anniversaire du peintre en 2013, assure que l’artiste avait seulement laissé des instructions pour des « œuvres graphiques » et non les photos. Le Centre Pompidou, dont la municipalité avait annoncé qu’elle désirait acheter l’œuvre, a indiqué au Journal des arts qu’ « aucune procédure d’acquisition n’était en cours ».”

Et puisqu’on en parle, c’est dans le Journal des arts précisément qu’est relatée notre dernière affaire. “[Cette année], les célébrations pour les dix ans du Nasher Sculpture Museum de Dallas auront un goût bien amer , y écrit Maureen Marozeau. Fondé en 1997 et entièrement financé par le collectionneur Raymond D. Nasher (décédé en 2007), le musée souffre depuis plus d’un an de la grossièreté d’un gratte-ciel voisin tout juste sorti de terre. La Museum Tower, tour d’appartements de luxe de 42 étages, est habillée d’un mur-rideau en verre qui reflète en les amplifiant les rayons du soleil en direction du musée. Tant et si bien qu’un matin ensoleillé de mars, alors que la température moyenne dans la ville était de 26°C , celle relevée dans le jardin de sculptures imaginé par Peter Walker était de 39°C…

Le cœur du problème n’est pas tant les plantes brûlées, mais l’intégrité de l’édifice imaginé par Renzo Piano. Le Nasher est un bijou d’ingénierie conçu avec la course du soleil en tête. Sa toiture en verre courbe est coiffée d’une épaisse maille en aluminium, dont les alvéoles axées vers le nord filtrent les rayons du soleil pour créer un éclairage diffus et optimal tout au long de la journée. Mais aujourd’hui, les rayons retombent directement sur les œuvres. Le musée est devenu une fournaise. Le parcours scénographique a été revu en catastrophe – les tableaux ont été déplacés, et l’artiste James Turell a même exigé le démontage de son installation Tending, (Blue), laquelle devait mettre en valeur un ciel bleu et non un gratte-ciel.

Les nombreux rendez-vous entre le directeur du musée Jeremy Strick et les responsables de la Museum Tower, chacun armés de rapports d’expertises contradictoires, ont fini par tourner au vinaigre. Les promoteurs de la tour refusent de recouvrir la façade de brise-soleil (solution onéreuse proposée par le Nasher), invoquant les dangers liés au vent et aux infiltrations d’eau. Ils estiment que le Nasher doit faire un pas, faire pousser des arbres, recouvrir son toit voire déménager ! « La Museum Tower a créé le problème, c’est à elle de le résoudre ! », fustige Jeremy Strick. Renzo Piano parle d’une situation aberrante : « tous les architetces savent que l’on ne peut pas construire de tels bâtiments sans se soucier des reflets sur le voisinage. La limite convenue est de 20% de reflets, ici elle atteint 50% ». Et de souligner que dans le jardin, les œuvres doublement éclairées perdent la plasticité voulue par l’artiste. L’architecte est surtout navré de voir la mémoire de Raymond D. Nasher bafouée – « il voulait créer une oasis pour sa ville » –, et de constater que l’arrogance privée se moque du bien public. Malgré l’aide d’un médiateur nommé par la mairie, chacun campe sur ses positions. Entre les droits d’auteur de Renzo Piano et la détermination des héritiers de Raymond D. Nasher, l’affaire a les moyens d’être portée en justice. Avant d’en arriver là, le directeur a lancé fin novembre un appel aux citoyens pour qu’ils expriment leur soutien auprès de la mairie. Appel repris par une dizaine de sommités de la ville dans une lettre ouverte publiée par The Dallas Morning News. Or, quatre des douze administrateurs du fonds de pension auquel appartient la tour, sont membres du conseil municipal. Et ledit fonds de pension est aussi celui des forces de police et des pompiers de la ville, qui jouissent d’une grande estime auprès du public. La polémique n’a cessé d’enfler et, à ce jour, seuls 15 des 126 appartements allant de 1,3 à 4,5 millions de dollars ont été vendus, selon le Wall Street Journal. Le plus triste, conclut Le Journal des arts, est que cette histoire de gros sous met en péril le travail acharné qu’a fourni Dallas pour renforcer le tissu culturel de son centre-ville.”

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