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Sur un air de fin du monde

5 min

Trois petites histoires dans la revue de presse culturelle ce soir, comme autant de manifestations du « contemporain »…

On a pu lire la première dans Courrier International , qui reprenait un article du magazine portugais Notícias . “Si on lui avait dit il y a quatre ans, en 2008, qu’il serait un héros au Japon, adulé par les filles, Miguel Guerreiro aurait cru à une plaisanterie. Il venait de sa lancer dans la musique grâce à un cousin qui l’avait inscrit à un télé-crochet sur TVI [chaîne privée portugaise]. Après avoir remporté le concours – son rêve –, il pensait à nouveau partager son temps entre l’école et les cours de chant et de piano au conservatoire de Setúbal [ville portuaire au sud de Lisbonne]. Mais c’était compter sans un casting publicitaire réussi pour un produit japonais, un désodorisant pour toilettes. La publicité a été diffusée sur les télés japonaises et sur YouTube et, du jour au lendemain, Miguel, qui a aujourd’hui 13 ans, est devenu une star au pays du Soleil-Levant. « La dernière fois que je suis allé à Tokyo, raconte-t-il, j’ai mis un chapeau et des lunettes noires pour ne pas être reconnu. Une fois arrivé au restaurant, je les ai enlevés et, pendant, trois heures, j’ai posé pour des photos et signé des autographes. » Son père confirme la folie qui l’entoure. « Une fois, j’ai demandé au chauffeur qui avait été mis à notre disposition de nous laisser et nous avons pris le métro. Aussitôt, une foule s’est mise à courir derrière nous. Je n’aurais jamais imaginé cela. »

En un temps record, Miguel s’est imposé au Japon comme une révélation musicale. Il a déjà voyagé à cinq reprises de l’autre côté de la planète (en période de vacances scolaires), signé un contrat avec Universal Japon et enregistré deux albums interprétés en japonais. Le jeune Portugais a de plus décroché le Globe d’or de la meilleure publicité en 2011 [un prix international remis par la Marketing Agencies Association (MMA)] et il est en lice pour l’édition 2012. Habituellement, on lui envoie les morceaux en japonais. « J’apprends un titre en deux trois jours, à l’oreille, au moyen de la phonétique, explique-t-il. Je trouve le japonais plus facile que l’anglais. » En septembre, il a participé à un concert à Osaka, dans un stade de 50 000 places, avec autant de personnes à l’extérieur, devant un écran géant. Au Japon, le jeune chanteur a déjà dîné avec le duo nord-américain de pop rock LMFAO et rencontré David Guetta. Il a également participé à la bande-son d’un film japonais sur le plus petit panda du monde. Miguel compte une cinquantaine de concerts à son actif, dont certains au bénéfice des victimes du tsunami de 2011. Il a alors partagé l’affiche avec Takanori Nishikawa, une star asiatique que l’on retrouve sur son second album en japonais, Chikara ni Kaete [Transformé avec force]. « Même Spielberg a donné son autorisation pour que Miguel chante sur la musique d’E.T. », affirme son père. Il rappelle au passage que le film de 1982 comptait seulement des thèmes instrumentaux, par choix du réalisateur. « Steven veut encore écouter le résultat en japonais, mais, si tout se passe bien, le lancement aura lieu sur iTunes au niveau international. » Miguel attend cela avec impatience. « Pour un CV, c’est très important. » Comme le fait de maîtriser à terme le japonais, une langue qu’il chante comme si c’était sa langue d’origine. « Je sais que je suis né pour chanter et je veux faire ça toute ma vie. » En portugais ou en japonais.”

Pas sûr que le héros à peine plus âgé de notre deuxième histoire, rapportée par Franck Berteau dans M le magazine du Monde , remporte le même succès. « Nicolas Sarkozy, reviens, je t’en prie. Viens nous sauver la vie. » Josh Stanley, l’auteur de ces paroles, antérieures au feuilleton désastreux de l’UMP, a 16 ans, un sourire immaculé, les yeux clairs et la mèche qui va bien. La chanson de ce lycéen monégasque de nationalité britannique cartonne sur la Toile, depuis sa mise en ligne le 4 octobre. Sarko, hymne au retour de l’ancien chef de l’Etat, a déjà été visionné plus de 1,4 million de fois sur YouTube. Invité des radios et des plateaux télévisés, le Justin Bieber du Rocher affirme avoir peu d’intérêt pour la politique. Difficile à croire. « Les impôts nous font couler, Peugeot, Renault se sont cassés, Arnault s’est barré », balance-t-il d’une voix mielleuse sur fond de ballade pop-rock. Josh Stanley, auteur, compositeur et interprète, veut poursuivre ses études « dans le business », comme son père. Il a déjà réussi un joli coup marketing. Son premier titre, The Good Life, qui raconte le bonheur de vivre à Monaco, n’avait eu qu’un succès très local. Son tout nouveau clip, Monster Sound, posté le 21 novembre, a été vu près de 16 000 fois en quatre jours. Mais ses chansons ne semblent pas du goût de tout le monde. Le 26 novembre, son compte Facebook a rencontré quelques problèmes techniques. « Chers fans, pour raison inconnue, le bouton “J’aime” de ma page Facebook est désactivé », a-t-il tweeté. Un piratage anti-sarkozyste ?”

Allez, une dernière pour la route, encore une fois avec Internet, c’est Michel Véron qui la raconte dans Le Parisien . « Je me doutais que cela allait faire un peu le buzz, mais je ne m’attendais pas à un tel écho. » [Le 1er décembre], Simon Gosselin, jeune vidéaste à l’humour décalé, semblait à la fois étonné et satisfait que son canular sur la fin du monde ait tenu une semaine. Dimanche 25 novembre, il poste incognito une vidéo sur YouTube dans laquelle il se présente comme un étudiant qui prépare une thèse sur la littérature de la Renaissance. Il dit s’appeler Guillaume Leroy et jure avoir décrypté l’énigmatique prophétie de Nostradamus : « Du matin calme la fin viendra, une fois le nombre de cercles alignés à neuf sera, le cheval qui dansera. » Cette phrase (inventée) est très claire pour lui : elle fait référence au clip Gangnam Style du chanteur sud-coréen Psy. Facile à décrypter : on appelle la Corée le pays du Matin calme, la danse du cheval, c’est la chorégraphie du clip. Les neuf cercles ? Une allusion au milliard de visionnages que la chanson va atteindre sur YouTube, provoquant la fin du monde… Prise au sérieux ou non, sa prophétie fait très vite le tour du monde. Même la télévision mexicaine reprend l’info. La vidéo est vue près de 200 000 fois en moins d’une semaine. Pour s’assurer d’une diffusion massive, il l’a fait sous-titrer en anglais pour « alerter » le monde entier. […] Derrière ce buzz, n’allez chercher aucun message caché. Simon Gosselin a tout simplement voulu faire un gag. « J’étais avec un ami, quand on a appris que le clip Gangnam Style était la vidéo la plus vue sur Internet. Je lui ai dit que c’était un signe de la fin du monde. Alors j’ai décidé de faire cette prophétie pour me marrer. »

Certes, mais s’il avait raison ?... Réponse le 21 décembre.

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