LE DIRECT

Surprises littéraires

5 min

“Un livre peut en cacher un autre , nous prévient Le Figaro Littéraire. Dans son programme, Pierre-Guillaume de Roux annonçait la parution le 23 janvier d’un essai de Richard Millet sur la littérature finlandaise, argumentaire commercial à l’appui. Il s’agit en fait d’un leurre. Le livre en question n’est pas Finlandia, mais Lettre aux Norvégiens sur la littérature et les victimes… L’occasion, pour l’auteur (et l’éditeur) pestiféré, de revenir définitivement sur « l’affaire Millet » provoquée par la parution d’ Eloge littéraire d’Anders Breivik en 2012. On peut y lire « Dans mon bannissement, je veux voir autre chose qu’une défaite, un châtiment, une expiation. »

Non loin de la Norvège, en Suède, l’Académie Nobel, comme chaque année, ouvre ses archives, nous apprend encore Le Figaro , sous la plume de Mohammed Aïssaoui : elle dévoile “les documents de ses activités d’il y a cinquante ans. On y découvre ainsi la liste de ceux dont les jurés Nobel discutèrent.” Et là encore, “surprise, parmi les noms évoqués figure Charles de Gaulle. Il est en concurrence avec Beckett, Nabokov, Neruda, excusez du peu. [En 1963] c’est le poète grec Georges Seferis qui l’emporta. Les qualités littéraires du Général étaient largement appréciées, ses Mémoires de guerre considérés comme une très belle œuvre. Un chef de l’Etat Prix Nobel de littérature ? Il y avait un précédent : en 1953, le premier ministre britannique Winston Churchill l’avait reçu. Sans doute l’Académie suédoise a-t-elle songé à cela. Et le critique du Figaro de conclure : après tout, un général peut aussi être un grand mémorialiste.”

Et un journaliste peut aussi présider le jury du plus prestigieux des prix littéraires… “Pour la première fois, un journaliste et homme de télévision plus qu’un écrivain devient président de l’Académie Goncourt , commente ainsi Alain Beuve-Méry dans Le Monde . Mardi 7 janvier, Bernard Pivot, membre de cette académie depuis 2004, a été désigné pour être à la tête du plus prestigieux des prix littéraires français, sous l’acclamation de ses pairs. Un « non-écrivain » ? C’est l’intéressé lui-même qui l’a reconnu, au restaurant Drouant, à Paris, où les académiciens ont leur couvert réservé tous les premiers mardis du mois. « Cela a été une extraordinaire surprise quand Edmonde [Charles-Roux] m’a demandé de lui succéder, a-t-il déclaré. Ce n’était pas dans mes ambitions ni même dans mes rêves d’être président de l’Académie Goncourt. J’étais déjà heureux de faire partie de ce jury. De plus, je ne suis pas écrivain. » […] Agé de 78 ans, Lyonnais d’origine, Bernard Pivot est l’homme qui, au cours des quatre dernières décennies, a eu la plus forte influence pour la mise en valeur des livres et de la littérature, et surtout la volonté de transmettre le goût de la lecture au plus grand nombre, avec ses quatre émissions successives, de 1973 à 2005, à la télévision : « Ouvrez les guillemets », « Apostrophes », « Bouillon de culture » et « Double je ». […] Présidente de l’Académie Goncourt depuis 2002, Edmonde Charles-Roux, qui avait succédé à François Nourissier, ne s’y est pas trompée en tirant sa révérence : « Peut-on rêver mieux ? Notre nouveau président est l’homme le plus informé, ne l’oublions pas, sur ce qui se passe en ce moment dans le domaine du livre en France et en d’autres pays encore. » « Je n’ai jamais été un homme de pouvoir, mais un homme d’influence. L’influence est plus subtile que le pouvoir », a expliqué Bernard Pivot, avant d’ajouter qu’il allait inscrire sa présidence dans la continuité de la décennie d’Edmonde, au cours de laquelle « elle a restauré le prestige et la réputation du Goncourt ».”

“Au fil des ans, les vieux prix littéraires sont devenus des institutions dont la fonction est moins de récompenser quelques livres que de déterminer la liste des écrivains considérés comme des romanciers , commente Guy Konopnicki dans Marianne. Les contours du roman, comme genre littéraire, étant des plus flous, ces institutions s’avèrent socialement utiles. Elles donnent un statut social et, parfois, une audience à quelques feuilles d’automne que le vent pourrait souvent emporter sans dommage. Jadis composés d’écrivains, les jurys sont, depuis longtemps, dominés par les garçons de courses des maisons d’édition. Mais la littérature, par vocation, sauve les métiers voués à disparaître. Les garçons de courses sont jurés et, de la même manière, les vocations de garçons d’ascenseur ouvrent de belles carrières de critiques littéraires. Conscient de ces dérives, le Goncourt a placé à sa tête Bernard Pivot, qui a le mérite de n’avoir jamais prétendu au titre de romancier. Autant dire que l’académie Goncourt estime, non sans raison, qu’il n’y a pas, aujourd’hui, en France, de romancier digne de présider à ses destinées. Bernard Pivot, qui sait, au moins, corriger les dictées, devra donc se pencher sur les rédactions annuelles d’auteurs dont l’orthographe et la syntaxe doivent parfois plus à l’ordinateur qu’à la maîtrise de la langue française. […] Depuis le temps d’« Apostrophes » , poursuit le polémiste de Marianne , les chaînes de télévision se sont multipliées, elles diffusent des programmes jour et nuit, pourtant, la littérature a pratiquement disparu. Pour découvrir un écrivain qui s’exprime sur son œuvre, sans être interrompu par des rires ou des invectives, il faut veiller très tard. Les animateurs n’ayant d’autre culture que la télévision, au moins auront-ils, en la personne de Bernard Pivot, une référence !” C’est déjà ça…

Intervenants
L'équipe
À venir dans ... secondes ...par......