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Taïwan sur scène

5 min

Notre consœur en Dispute Yasmine Youssi s’est rendue à Taïwan pour Télérama , et qu’y a-t-elle rencontré ? Du spectacle vivant. “Voilà maintenant près de quarante ans que la plupart des pays du monde ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’île, considérée comme le seul représentant de la Chine jusqu’en 1971, date à laquelle l’ex-empire du Milieu lui a ravi ce titre à l’Onu , rappelle la journaliste. Il a donc fallu trouver d’autres façons d’exister. La culture s’est imposée. A Taïwan, le spectacle vivant y tient une place de choix. Il existe ici une vraie tradition du théâtre de rue, joué depuis la nuit des temps face aux temples, pour contenter les dieux.

Ce n’est pas la première fois que Taïwan en appelle aux arts. Ainsi est-ce avec les plus grands trésors du musée du Palais de la Cité interdite, à Pékin, que le général nationaliste Tchang Kaï-chek a débarqué sur l’île en décembre 1949, fuyant les troupes communistes, pour créer la république de Chine. Quinze ans après, le National Palace Museum voyait le jour. […] Des objets d’art, de culte, des livres précieux : tous les symboles séculaires de la Chine. Une manière de s’inscrire dans la continuité des dynasties qui ont dirigé l’empire. Mais le National Palace Museum excepté, Tchang Kaï-chek s’est peu intéressé à la culture. « De 1950 aux années 1970, les efforts étaient concentrés sur la défense du pays et son développement économique, reconnaît Maria Chiu, directrice adjointe du National Tchang Kaï-chek Cultural Center, à Taipei. La culture a été négligée par les autorités elle s’est développée par elle-même. »

[…] « Lorsque le pays s’est retiré de l’ONU en 1971 et que nous n’avons plus eu à payer de contribution, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup d’argent, reprend Maria Chiu. L’occasion pour l’Etat d’aider ce monde de la culture si longtemps négligé. » Et dont le cinéma taïwanais, emmené par Hou Hsiao-hsien (Lion d’or à Venise en 1989 pour La Cité des douleurs) et Edward Yang ( Yi yi), portait haut les couleurs. Riches années que celles qui ont vu se former les plus grandes compagnies du pays : les percussions du U-Theatre, fondé par Liu Ruo-yu en 1988, et le Legend Lin Dance Theatre en 1995, mais aussi la Guoguang Opera Company, consacrée au genre de l’opéra de Pékin et qui dépendait jusque-là de l’armée. Alors que la Chine voit sa puissance économique, et donc son influence augmenter, le spectacle vivant creuse la différence entre les deux pays. Car les compagnies de l’île témoignent d’une créativité sans égale comparée aux chinoises. Certes, ces dernières sont techniquement irréprochables , concède notre consœur de Télérama . Elles peuvent se produire dans de nouveaux théâtres, dont beaucoup malheureusement restent vides faute d’une véritable politique de programmation. Mais il leur est interdit de traiter de la politique. A Taïwan, en revanche, aucune censure. « Du coup nous n’avons cessé de régénérer notre répertoire, pourtant traditionnel », explique Mark Jung, le président de Guoguang. Contrairement à l’Opéra de Beijing, figé dans le passé, Guoguang a adapté Shakespeare, travaillé avec Bob Wilson sur une version d’ Orlando et écrit de nouvelles pièces. Les Chinois ont invité Mark Jung à monter des spectacles chez eux. « Mais pour Three Persons and two lamps , par exemple, témoigne-t-il, ils m’ont demandé de gommer tout ce qui touchait à l’homosexualité féminine, ce qui déséquilibrait l’ensemble. »

Les plus grands artistes occidentaux, de Placido Domingo au metteur en scène Thomas Ostermeier, sont passés au National Theatre et au National Concert Hall, deux bâtisses colorées de style classique chinois, qui jouxtent l’imposant Mémorial Tchang Kaï-chek, dont le toit s’envole dans les airs à la manière du temple du Ciel, à Pékin. Elles accueillent la 5e édition du Taiwan International Festival of Arts (le Tifa), l’un des festivals les plus ébouriffants de la région , pour Yasmine Youssi, qui s’y connaît en ébouriffé. « Ceux de Singapour et de Hongkong sont tournés vers le monde anglo-saxon, quand le Tifa présente ce qui se fait de plus audacieux en Europe et dans le reste du monde », explique Bernard Faivre d’Arcier, qui conseille le National Chiang Kai-Shek Cultural Center. « Pour nous, c’est une fenêtre extraordinaire sur le monde, confirme Cheng, le danseur du Legend Lin Dance Theatre. J’y ai vu William Forsythe, et pleuré avec Les Naufragés du fol espoir , d’Ariane Mnouchkine. »

Depuis deux ans, le Tifa s’est aussi lancé dans des coproductions. L’année dernière, le chorégraphe lyonnais Mourad Merzouki y a fait sensation avec Yo gee ti, un spectacle composé de cinq danseurs français et autant de Taïwanais. « Son travail m’a tout de suite parlé, explique Lee Huey-mei, la programmatrice du festival , car le street dance est très populaire à Taïwan. » En témoignent ces dizaines de jeunes venus chaque jour s’entraîner devant les gigantesques portes vitrées du National Theatre qui leur servent de miroir… Non contentes de nourrir les artistes taïwanais, ces coproductions internationales permettent à Taïwan de faire exister le pays à l’étranger. Même les Australiens et les Israéliens ont approché le festival. « C’est toute la différence entre Taïwan et la Chine », souligne le Canadien Noah Buchan, qui dirige les pages culture du Taipei Times. « La Chine veut imposer, quand Taïwan est dans la communication et le partage. » Le journaliste reste néanmoins réservé sur la vitalité de la scène taïwanaise. « Seules les grandes compagnies qui se produisent à l’étranger sont subventionnées par l’Etat. Faute d’infrastructures, de statuts, les autres sont condamnées à vivoter. C’est pourtant maintenant qu’il faut aider la jeune génération sinon, il n’y aura plus personne pour prendre la relève. » Un problème dont devrait s’emparer Lung Ying-tai, grande essayiste du pays, nommée il y a quelques mois à un poste tout juste créé : celui de ministre de la Culture.”

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