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Tous Charlie ! Ou presque...

5 min

Les unes de la presse internationale sont en deuil, certains s’essayent tout de même à rendre hommage à l’esprit Charlie Hebdo , comme le quotidien belge Le Soir , qui titre en une : « Morts de rire » . C’est pourtant bien la première fois que Charlie Hebdo ne nous fait pas rigoler. Ils ont tué Cabu ! , s’exclame Laurent Joffrin dans son éditorial de Libération. Ils ont tué Cabu, le pacifiste, le généreux, le meilleur homme de la Terre autant que le meilleur dessinateur. Ils ont tué Wolin, Charb, Tignous, Bernard Maris, et les autres ! (Honoré, faut-il bien sûr rajouter). Wolinski, le plus drôle, le sybarite tendre, celui qui aimait le plus la vie. Charb le père courage, Tignous le gentil teigneux, Bernard, le professeur d’éco que tout le monde aurait voulu avoir, le lettré plein de conviction et de culture. Ils ont failli tuer Philippe, notre ami. Philippe Lançon, brillant critique à Libération , journaliste et écrivain, qui en réchappe de justesse. Libération est touché au cœur. Charlie et sa bande, ce sont nos cousins. Avec leurs amis, leurs familles, nous pleurons. Charlie , c’était le rire intelligent, le rire impitoyable, la dérision, le refus du tragique, l’ironie pleine d’espérance, Voltaire en vignettes, un coup de pied au cul des fanatiques.” “Balles tragiques à Charlie Hebdo , écrit Bertrand de Saint Vincent dans Le Figaro , bel hommage à l’historique couverture d’Hara Kiri du 16 novembre 1970 au moment de la mort de De Gaulle : « Bal tragique à Colombey : 1 mort » , qui provoqua l’interdiction de l’hebdomadaire « bête et méchant » et généra une semaine plus tard un rejeton vigoureux appelé Charlie Hebdo , comme le raconte Frédérique Roussel dans Libération. “Ils ont étranglé le rire , poursuit le rédacteur en chef du Figaro , qui paraît avec son titre de une en noir, au lieu de l’habituel bleu. Trois tueurs armés de kalachnikov ont fusillé à bout portant la liberté. De penser, de résister, de blâmer. Parmi les victimes, des figures historiques de la revue satirique. Ils représentent une certaine forme d’insolence française : libertaire, anarchique, décapante. Rien n’échappait à leurs sarcasmes. Ils tiraient à vue sur tous les pouvoirs. Leur humour était noir on riait jaune. Ils incarnaient l’esprit de résistance. Jusqu’à l’excès. On ne partageait pas tous leurs combats, loin de là , reconnaît Le Figaro. Pourtant ils nous manquent. Ils sont des nôtres. Leur assassinat est un affront, un crime contre l’esprit, une atteinte à l’histoire de France. […] Comment croire que ces éternels pourfendeurs des conformismes ne sont plus là ? Que leurs crayons sont à jamais bordés de noir ? La presse est en deuil.” “Ils sont des nôtres , écrit dans L’Humanité Patrick Appel-Muller, qui rappelle qu’un long compagnonnage s’est noué au fil des années entre l’équipe de Charlie Hebdo et L’Humanité. […] Cette histoire que je me refuse à mettre au passé ne va pas sans frottements, voire des piques ou des coups de gueule , rappelle le directeur de la rédaction du journal communiste. Le dessin de presse est en effet du journalisme, exigeant, efficace, souvent plus qu’un éditorial ou une longue analyse. Pour cela, cet espace de liberté reste particulièrement menacé par les tyrans ou les fanatiques. Parfois, les coups de griffes irritaient certains lecteurs. Trop appuyés, trop irrévérencieux, choquant le « bon goût »… Mais le rire, même grinçant, emportait les retenues ou les réticences.” Eh bien pas partout, cependant. Une polémique se développe déjà : “de nombreux médias anglo-saxons ont volontairement masqué les caricatures de Mahomet lors du traitement de l'attentat de Charlie Hebdo , comme le relate Grégory Raymond sur Le Huffington Post . […] Même le prestigieux New York Times a décidé de faire l'impasse sur la publication des caricatures […]. Seules des « unes » [de Charlie Hebdo] dégagées de toute référence religieuse ont servi d'illustrations. Voici ce qu'a expliqué un porte-parole du quotidien : « Selon les standards du Times , nous ne publions pas d'images ou d'autres matériaux offensant délibérément les sensibilités religieuses. Après concertation, les journalistes du Times ont décidé que décrire les caricatures en question donnerait suffisamment d'informations pour comprendre l'histoire. » […] Preuve que l'attentat de Charlie Hebdo n'en finit plus de déchaîner les passions, voilà qu'un journaliste du Financial Times a essuyé de violentes critiques après une tribune d'opinion. Le rédacteur en chef Europe du quotidien, Tony Barber, a écrit : « La France est le pays de Voltaire mais trop souvent l'irresponsabilité éditoriale a prévalu chez Charlie Hebdo ». Des propos particulièrement violents, seulement quelques heures après la mort des journalistes. Devant les réactions des internautes, la phrase polémique a été supprimée dans journée. […] Néanmoins, la version en ligne comprend toujours une critique de Charlie Hebdo . On peut y lire : « Il ne s'agit pas le moins du monde d'excuser les meurtriers, qui doivent être capturés et punis, ou de suggérer que la liberté d'expression ne devrait pas s'appliquer à la représentation satirique de la religion. Mais seulement de dire que le bon sens serait utile dans des publications telles que Charlie Hebdo , ou le journal danois Jyllands-Posten (qui a également publié les caricatures de Mahomet), qui prétendent remporter une victoire pour la liberté en provoquant des musulmans ». Initialement, ce paragraphe s'achevait par, « alors qu'en réalité ils sont seulement stupides. » Visiblement, tout le monde n’est pas Charlie … Alors qu’hier soir, par dizaines de milliers, place de la République à Paris comme au cœur des principales villes du pays, [des Français] sont venus spontanément, gravement, exprimer leur émotion, leur solidarité, leur indignation, leur volonté de faire front, ensemble, debout, libres , salue Gilles van Kote dans son édito du Monde. Ils étaient porteurs d’un message qui résumait tous ces sentiments : « Je suis Charlie. »Oui, « nous sommes tous Charlie », revendique le directeur intérimaire du Monde. Au-delà de la traque engagée par la police pour les retrouver, c’est la meilleure réponse que nous puissions adresser aux auteurs de cet acte de guerre contre la France et les Français. Nous le devons aux victimes, nos amis.”

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