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Transports et fournitures

5 min

Ici, comme ailleurs, on parle des œuvres et des artistes, voire des collectionneurs, mais on oublie tous les à-côtés du monde de l’art, qui ont souvent un impact non négligeable sur la vie et l’œuvre desdits artistes. Par exemple, une exposition internationale, qu’elle soit foire, biennale ou festival, ça nécessite des transporteurs, et là, tout peut se compliquer. C’est la mésaventure qui arrive à des plasticiens d’une trentaine de pays, qui attendent toujours leurs œuvres onze mois après la tenue, en grande pompe, du Festival mondial des arts nègres de Dakar. Et c’est Marie-Valentine CHAUDON qui le raconte dans La Croix . « Dépenses astronomiques, budgets mal répartis, organisation désastreuse : le 3° Festival mondial des arts nègres (le Fesman) s’était tenu du 10 au 31 décembre à Dakar sur fond de multiples polémiques. « Nous étions soulagés que le festival s’achève, lance William WILSON, l’un des plasticiens invités. Mais c’était loin d’être terminé… » En février 2011, au lieu de recevoir leurs œuvres, comme prévu dans le contrat signé avec le Fesman, les artistes ont eu la mauvaise surprise de se voir adresser des devis de la part des transporteurs. Le Fesman n’ayant jamais réglé la facture, qui s’élèverait à plus de 670 000 €, les sociétés AGS Bolloré pour l’hémisphère Sud et LPArt pour l’Europe et les Etats-Unis ont décidé de se tourner vers les artistes. Les montants réclamés vont de 1 000 €, pour les pièces les plus légères, à plus de 20 000 € pour les plus volumineuses. « Beaucoup d’artistes vont renoncer », assure William WILSON, qui a dû payer 1 350 € pour récupérer les tentures qu’il avait promises à un acheteur.

Combien, comme lui, ont consenti à régler la note ? Où sont désormais les centaines de pièces prêtées gratuitement au Fesman ? , s’interroge la journaliste de La Croix . « Nous n’arrivons pas à savoir combien sont toujours retenues », déplore William WILSON, qui a pris en France la tête de la mobilisation. « Certaines sont encore à Dakar, d’autres dans un de nos entrepôts à La Courneuve », dit-on seulement du côté de LPArt, qui estime être « comme les artistes », piégés par les organisateurs du festival. Ces derniers, parmi lesquels Sindiely WADE, la fille de l’actuel président sénégalais, semblent s’être volatilisés. Les bureaux sont vides, les téléphones aux abonnés absents et les courriels restent muets. Juridiquement, un transporteur peut exiger paiement du destinataire si l’expéditeur fait défaut, sans avoir le droit, toutefois, de retenir les objets d’une personne, si elle n’est pas elle-même signataire du contrat de transport.

Peu à peu, les artistes se rassemblent via Internet. Une pétition, relayée par l’association AfricAarts Now, a recueilli plus de mille signatures et a été déposée à l’ambassade du Sénégal à Paris. Une copie devrait également être envoyée aux ambassades sénégalaises des autres pays d’artistes concernés. A l’approche de l’élection présidentielle au Sénégal, en février 2012, les plasticiens privés de leurs œuvres espèrent pouvoir enfin plaider leur cause. »

Les œuvres, il faut les transporter, à ses risques et périls, donc, mais il faut avant tout les fabriquer, ça va de soit. Et pour ça, il faut du matériel, on n’y pense pas assez ! Et ce matériel, où se le procure-t-on, par exemple quand on est peintre ? Eh bien chez un marchand de couleurs. Christine HENRY, pour Le Parisien , en a rencontré un, totalement inconnu du grand public, mais célèbre chez les peintres, notamment du quartier de Montparnasse à Paris. Il s’appelle Edouard ADAM, a 80 ans, aime « patouiller les matières » , dit-il, « et pendant un demi-siècle, il a approvisionné en pinceaux, pigments, vernis et châssis PICASSO, KLEIN, SOULAGES, BRAQUES, ZAOU Wou-Ki, HARTUNG, Niki de SAINT-PHALLE et bien d’autres artistes illustres, et a fait évoluer leurs techniques avec ses conseils et ses trouvailles. »

Ainsi, nous apprend Le Parisien , « c’est dans la boutique Adam du boulevard Edgar-Quinet (dans le XIVe arrondissement de Paris) qu’Yves KLEIN a trouvé son bleu. Il hésitait entre le bleu de Prusse et le bleu outremer. « Le premier présentait une grande profondeur, mais il était vénéneux. Il bouffait les autres couleurs. Je lui ai donc conseillé le second. », se souvient Edouard ADAM. Mais KLEIN trouvait que la couleur perdait son éclat originel lorsqu’elle était posée sur un support. Edouard s’est alors mis en quête d’un fixateur. « Je me souviens encore de la référence, c’était le Rhodopas M60A de chez Rhône-Poulenc. » La chimie de synthèse appliquée aux beaux-arts : c’est ainsi que le quincaillier Edouard ADAM a mis au point le vernis satiné pour protéger les mobiles de CALDER et les machines de TINGUELY, le polyester d’inclusion pour ARMAN, la mousse d’expansion en polyuréthane pour CESAR et les produits stratifiés pour Niki de SAINT-PHALLE. « Je leur conseillais de porter un masque, mais pris dans la création, ils oubliaient ce conseil. », regrette Edouard ADAM. Niki de SAINT-PHALLE est ainsi décédée d’un cancer du poumon provoqué par ces produits toxiques. »

Tout cela est raconté dans les mémoires de cet illustre inconnu :Edouard ADAM, itinéraire d’un marchand de couleurs à Montparnasse, publiées aux Editions du Chêne. Edouard ADAM, un rouage crucial de l’Histoire de l’art, mais qui reste très modeste encore aujourd’hui : « Je ne collaborais pas à leurs œuvres. Mais j’étais le maraîcher qui porte à un grand chef de beaux légumes pour qu’il fasse d’excellents plats… Je suis un homme de la cuisine, de l’antichambre, des coulisses… »

Voilà, c’était notre petit tour dans les coulisses de l’art…

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