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Trois facettes mouvantes de l'art chorégraphique ...

5 min

( Par Claire Mayot)

"Comment s’expliquer cet engouement généralisé, parfois obligé, frôlant l’injonction pour la performance" s’interroge Gerard Mayen dans la revue Mouvement.

"L’usage actuel de ce vocable en fait un mot valise", lequel, analyse-t-il, "recouvre un immense domaine de pratiques diverses. Il en dit souvent plus sur les intentions des opérateurs culturels qui y ont recours, que sur les déterminations des artistes désignés à travers lui."

Dans le champ institutionnel, ajoute Gérard Mayen, sous l’angle des politiques de diffusion, une acception courante use de la performance, de son halo novateur et expérimental, pour évoquer généralement des formes scéniques hybrides, peu réductibles à des catégories disciplinaires stables et homogènes et qui mettent singulièrement en jeu une perturbation des habitudes perceptives des spectateurs. La référence à la performance est devenue à ce point hégémonique qu’elle ne saurait s’exempter de questionnements critiques ", exposés précisément dans cette enquête du journaliste qui nous livre cette anecdote glanée au festival A corps à Poitiers en avril 2013: deux étudiants lui confient: « On cherche à comprendre la différence entre les spectacles du programme qui portent la mention « danse » et ceux qui portent la mention « performance ». On a l’impression que dans les seconds, il n’y a pas beaucoup de danse et qu’on s’y pose surtout la question de savoir ce qu’est un spectacle et ce qu’est un spectateur ». Depuis l’héritage historique de l’art chorégraphique, commente le journaliste, il est aisé de repérer le terrain commun de l’engagement direct du corps qui s’est ouvert entre danse et performance. D’Anna Halprin et du Judson new-yorkais à la génération des artistes critiques des années 90-2000 en France et ailleurs, il est tout aussi aisé de saisir le formidable impact qu’aura eu l’exploration des concepts de la performance dans les pratiques et productions de la danse.

Il s’est joué, dans ce contact, un nouveau paradigme des arts de la scène, [explique Gérard Mayen]. Sa vertu émancipatrice n’est surtout pas en doute. Notamment au regard de l’héritage exceptionnellement pesant qui encombre l’art chorégraphique, en termes d’entretien de sujétions hiérarchiques, d’autisme mono disciplinaire, de primat techniciste et virtuosiste, d’obstination dans la reconduction des modèles idéalistes et sclérosés de la représentation.

Sil est une institution symbole de ce lourd héritage c’est bien L’Opéra de Paris mais "les choses vont changer dans l’administration, l’emploi du temps, la vie même des danseurs" … annonce sans ambages son futur directeur de la danse, Benjamin Millepied à Barbara Théate dans le Journal du dimanche.

« Pendant 15 ans, j’ai évolué au sein d’une usine à ballets, qui m’a conduit à danser beaucoup plus que mes confrères parisiens, [explique-t-il]. Le New York City Ballet a su être en accord avec son temps en terme de gestion. Et puis voilà plus de dix ans que je produis des spectacles à travers le monde, alors je suis un habitué du fundraising ( comprenez collecte de fonds ). Je pense être capable d’apporter des solutions à une institution qui éprouve des difficultés en matière de bureaucratie. Quant aux critiques qui le juge trop jeune et inexpérimenté pour sa fonction, il s’en moque : « J’arrive avec toute ma passion et mon énergie, certes débordante ! Je veux mettre le nez dans tout. Je ne dis pas que ce qui existait avant n’était pas bien mais cela appartient à une autre génération. J’ai l’intention d’apporter une approche plus sophistiquée de la danse. La présentation de sa création Daphnis et Chloé, la première depuis sa nomination, était donc très attendue : "Adoubement réussi pour Benjamin Millepied qui prendra ses fonctions en novembre, estime Rosita Boisseau dans le Monde. « Son Daphnis et Chloé est un très joli divertissement, séduisant et atmosphérique, classique dans la langue mais suffisamment cambré et sensuel pour captiver."

Même écho favorable dans le Figaro : "sous la plume d’Ariane Bavelier : La pièce réputée inchorégraphiable depuis Fokine, commanditaire de la partition en 1909 trouve ici enfin une version à sa mesure, " juge la journaliste. Le choix de cette symphonie chorégraphique de Maurice Ravel se révèle une bonne carte, peut-on encore lire dans le Monde : une histoire à raconter- une histoire d’amour romantique qui plus est- une musique lyrique qui tire sur les sentiments et une scénographie abstraite et colorée de Daniel Buren, pour donner un coup de chauffe contemporain. Et l’influence de deux figures tutélaires a plané sur le plateau : Georges Balanchine et Jérôme Robbins, tout deux chorégraphes de ballet et de comédies musicales… un genre qui ne fait plus recette au Royaume Uni si l’on en croit Marie-Hélène Martin dans le Nouvel Observateur.

"The Full Monty n’était qu’à moitié plein, Viva Forever n’a tenu que 6 mois. From here to eternity a touné court", peut-on lire dans l’hebdomadaire. Les touristes grossissent certes encore les files pour le Roi lion, le fantôme de l’Opéra et autres Misérables, spectacles totémiques totalisant à eux-seuls quelque 30 000 représentations mais un mauvais vent souffle sur Théatreland. Le tournant fatidique s’est produit le 29 mars dernier nous apprend-on : deux shows créés séparément par les compositeurs les plus en vue s’arrêtent, avant l’heure, le même jour." "On achève bien les vaches sacrées", commente la journaliste : "depuis 45 ans, en effet, les comédies musicales d’Andrew Lloyd Webber, trésor national anobli par Sa Majesté et son parolier Sir Tim Rice ont façonné le genre des musicals : Cats, Evita, Le Fantôme de l’Opéra, Le Roi Lion mais devant des salles clairsemées, les producteurs ont préféré arrêter les frais, exorbitants. Lancer un show dans le West End a toujours été un pari risqué mais quand les coûts s’élèvent à plusieurs millions de livres, seul un succès fulgurant et immédiat peut éviter l’arrêt d’un spectacle", explique dans le Nouvel Observateur Judy Craymer, la productrice de Mama Mia et Viva Forever.

Sir Tim Rice déplore le manque d’appétit du public pour la nouveauté et s’interroge : reste-t-il encore de la place pour des spectacles qui ne soient pas des revivals, des shows à tubes ou des adaptations d’un carton cinématographique récent ? On ne pourra pas le rassurer après avoir appris dans Télérama l’arrivée en France des comédies musicales très 80 adaptées de Flashdance et autre Dirty Dancing….Du kitsch rose bombon adapté de shows anglo-saxons. Une façon pour les adultes de doucement régresser au rythme de The Time of my life, What a feeling ou encore Maniac …

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