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Ultraviolence et repentance

4 min

Lana Del Rey regretterait-elle son année ? , s’interroge Pauline Le Gall dans Le Figaro. La chanteuse a fait parler d'elle en 2014 avec son album plus sombre Ultraviolence, qui a donné naissance à quelques citations mémorables en interview. Elle a notamment énervé Frances Bean Cobain, la fille de Kurt Cobain, en déclarant sa fascination pour les artistes disparus trop jeunes. En dressant le bilan de son année pour Grazia, la chanteuse semble vouloir mettre derrière elle toutes ces expériences. « J'ai tout fait à l'envers, explique-t-elle. Une tournée, d'avril à juin, avant de sortir l'album, et rien ensuite. J'étais très heureuse du disque Ultraviolence . Mais quand je le réécoute, certaines choses, que je ressentais pourtant en les écrivant, me font dire maintenant que je suis allée trop loin. Elles m'ont mise dans des situations que je ne contrôlais pas, dont je ne voulais pas. » Des paroles trop explicites ou déprimantes ? C'est surtout aux journalistes que la chanteuse en veut, et particulièrement à ceux du Guardian et de Rolling Stone. « [Les] journalistes, ceux de Rolling Stone , du Guardian et tous les autres me posaient les mêmes questions : “As-tu vraiment envie de te suicider ?”, “As-tu vraiment couché pour y arriver ?” Evidemment, en écrivant des chansons comme Fucked My Way To The Top [qu’on traduira par « J’ai baisé pour arriver au sommet »], j'aurais dû savoir que ces questions surgiraient.» En parlant de Kurt Cobain et de repentance, “la boutique en ligne Esty, basée à New York, a retiré de la vente [des] tee-shirts reproduisant la lettre d’adieux laissée par Kurt Cobain avant son suicide, le 5 avril 1994 à Seattle , nous informe une brève de Libération. Sitôt mis en vente, lundi [12 janvier], les vêtements ont suscité la colère des fans du chanteur de Nirvana. « Quel manque de respect », a déploré un internaute. « Le mauvais goût et l’opportunisme sont à un degré jamais atteint », a réagi un autre. Une pétition a même commencé à circuler. Les maillots litigieux ont aussi été retirés des boutiques d’eBay : « Notre règlement interdit de promouvoir ou de glorifier des tragédies humaines, la haine, la violence, ainsi que l’intolérance raciale, sexuelle ou religieuse », a expliqué un porte-parole du site.” Promouvoir la haine, la violence ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça ne tombait pas très bien , écrivent Stéphanie Binet et Laurent Carpentier dans Le Monde. Le 1er janvier, Médine, rappeur du Havre, met en ligne sur YouTube le clip d'un nouveau titre, Don't Laïk. « Fatwa sur les cons », « Crucifions les laïcards », sur une imagerie vidéo très « islamo-caillera », comme il est revendiqué dans ces paroles qui dénoncent un peu tout et son contraire. Des rimes qui font tache lorsqu'une semaine après la fusillade éclate dans les locaux de Charlie Hebdo. « Suite à l'extrême violence qui s'est abattue aujourd'hui à Paris, je tiens à témoigner tout mon soutien aux familles des victimes, écrit immédiatement le chanteur sur sa page Facebook. Je me bats précisément contre cette dérive extrême qui montre son visage aujourd'hui et que je dénonce dans mes morceaux depuis 2004. Je vous encourage à faire de même, quelles que soient vos appartenances, au nom du caractère sacré de la vie humaine. » « La réaction de Médine serait drôle si tout ça n'était pas si tragique, déplore Caroline Fourest, ex-collaboratrice de Charlie Hebdo , dans M le magazine du Monde. Ces rappeurs semblent ne pas mesurer le poids phénoménal des paroles de leurs chansons. D'autant que les fans de Médine sont loin d'être tous des intégristes, il y a parmi eux beaucoup de jeunes en crise identitaire. Mais, ajoute l'essayiste, à la différence de NTM à leur époque, la colère de Médine n'est pas progressiste, elle est ultraréactionnaire. » A l'instar de Médine, poursuit Le Monde, les rappeurs français ressentent le besoin d'exprimer leur malaise, d'expliquer leurs excès de langage. A leurs fans tout d'abord, pour qui ils sont les seuls audibles. Mais aussi à ceux qui seraient tentés de les montrer du doigt comme les responsables d'une radicalisation que leurs textes gorgés de rimes violentes pourraient sembler encourager.[…] Dès le 7 janvier, de nombreux rappeurs commençaient à réagir. Par le canal officiel : les réseaux sociaux. Nekfeu, le premier. Le 25 novembre 2013, la rédaction de Charlie avait découvert « avec effarement la violence des paroles » d'un rap lié au film La Marche, diffusé sur Internet deux jours avant la sortie en salles de ce récit romancé de la Marche des beurs en 1983. Au milieu des voix de ce morceau collectif (on y retrouve Disiz, Akhenaton, Dry, Soprano, Taïro…), Nekfeu, jeune rappeur du groupe 1995, y réclamait « un autodafé contre ces chiens de Charlie Hebdo ». Aujourd'hui, il tente sur sa page Facebook d'expliquer son affligeante « punchline », cet exercice du rap censé couper le souffle à son adversaire, comme un coup de poing sur un ring de boxe. Il écrit : « Mes intentions de l'époque n'étaient évidemment pas de m'attaquer aux personnes… Mais de me positionner en utilisant la liberté d'expression à égale provocation de celle revendiquée par le journal et ses auteurs. Je considérais la récente ligne éditoriale de Charlie Hebdo comme opportuniste et dégradante envers la communauté musulmane (…). Je n'appartiens à aucune communauté religieuse et je n'ai aucune prétention politique, je suis juste un rappeur sincère issu du monde des clashs : une discipline où les figures de style violentes ne sont jamais à prendre au pied de la lettre. Cependant, je dois avouer qu'en ce jour de deuil effroyable, la formule en question résonne dans mon cœur avec regret. » « Mon Dieu garde-moi de ces fous qui t’invoquent en simulacre/Qui font de toi le dieu des loups et des massacres ». Ces paroles prémonitoires , citées par La Croix , sont celles de Ô Jéhovah, chanson de Guy Béart écrite en 1986, que l’artiste a reprise, parmi une multitude d’autres, samedi soir, lors d’un concert de près de quatre heures à l’Olympia, où il faisais [à 84 ans] ses adieux à la scène.” Concert qui a donné lieu à un hilarant live tweet de Christophe Conte. Je vous cite mon préféré : « Toute la famille de Guy est là pour ces derniers adieux. Emmanuelle, Édouard, Julien et Panda sont au premier rang. » Oui, Panda. Panda Béart, bien sûr…

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