LE DIRECT

Un certain goût de la provocation ...

4 min

(Par Claire Mayot)

"Pasolini-Boutin, c’est vraiment pareil ?" titre Patrice Bollon dans le Magazine Littéraire. "Le cinéaste, poète, écrivain et critique social [serait victime, selon le journaliste], d’une des entreprises de captation théorique des grandes figures du passé parmi les plus indues, sinon proprement scandaleuses, opérées par les anti-système."

"Tout juste, ajoute-t-il, si le réalisateur de Théorème, s’il vivait encore, n’aurait pas pris la tête de la Manif pour tous ! Les trois années précédant son assassinat, il a donné, il est vrai aux quotidiens italiens une série d’essais vibrionnants, [rappelle le journaliste]. Il y dénonçait pêle-mêle le conformisme des jeans et des cheveux longs- l’imposture de la rebéllitude pour parler comme les anti systèmes -, mais regrettait aussi l’acculturation produite par la culture de masse diffusée par la télévision, voyant même dans l’hédonisme consommateur un nouveau fascisme plus destructeur encore que le fascisme historique car s’attaquant aux âmes."

"En janvier 1975, Pasolini ira jusqu’à se déclarer pour le non au référendum italien sur la légalisation de l’avortement. C’était dans article publié dans le Corriere della Sera, intitulé « le coït, l’avortement, la fausse tolérance du pouvoir, le conformisme des progressistes » .Il affirmait dans ce texte : je suis traumatisé par la légalisation de l’avortement parce que je la considère comme beaucoup comme une légalisation de l’homicide. Dans mes rêves et dans mon comportement quotidien- c’est quelque chose de commun à tous les hommes-je vis ma vie prénatale, mon heureuse immersion dans les eaux maternelles: je sais que là, j’étais vivant.

"On comprend l’accueil que lui réservent certains réactionnaires, [commente le journaliste]. Or, ainsi que l’a écrit Alberto Moravia, qui était un de ses proches, rien n’autorise à tirer de la sociologie paradoxale et agressive de Pasolini une position en due forme", peut-on lire toujours dans le Magazine littéraire. "En poète, Pasolini posait des questions sans forcément, et même sans jamais y répondre, écrit le journaliste."

"Bref, c’était un hérétique, incandescent, doublé d’un dandy. Rien à voir avec ces petits bourgeois repus de Versailles qui s’imagine rejouer février 1934 en défilant au cri de « un papa, une maman, y’a pas mieux pour les enfants » .(...) Comment lui, le réalisateur de Théorème, qui avait été en butte à toutes les attaques pour pornographie et bien sûr pour homosexualité affichée aurait-il pu en être l’ennemi ?", conclut le journaliste bien décidé à défendre la mémoire de ce provocateur.

Un goût pour la provocation qui alimente souvent, notamment en Italie, une filiation avec un autre pourfendeur de l’hédonisme et de la société de consommation, Michel Houellebecq qu’a rencontré Lisa Vignoli pour Marianne.

Changement capillaire au programme et projets multiples entre un film auto parodique réalisé par Guillaume Nicloux, dans lequel il joue son propre rôle et l’écriture de son prochain roman à paraître début 2015. “Avec les années, et malgré tout ce qu’il entreprend, Houellebecq a le sentiment d’avoir de moins en moins envie de surprendre", peut-on lire dans l’hebdomadaire.

« En vieillissant, je suis de plus en plus sensible à une forme d’œuvre d’art dans laquelle le dénouement est déjà connu. Quelque chose qui s’approche de la tragédie », confie l’écrivain. Est-ce à dire que son prochain livre dévoilera à ses (toujours nombreux) lecteurs la fin dès les premières pages ? » s’interroge la journaliste. « Il élude. Même pirouette sur le thème [du roman], dont on ne saura rien. Ce qui est certain, veut-il bien concéder, c’est que la façon de l’écrire a un peu changé. Il n’est plus question de nuits d’insomnie comme à l’époque de la possibilité d’une île ou de précédents livres qui l’ont beaucoup fait veiller. Mais la méthode pour convoquer l’inspiration, elle, reste la même. Quand on s’ennuie vraiment quelque chose se produit dans le cerveau, confie-t-il encore à la journaliste de Marianne. C’est assez exigeant, il faut apprendre à ne rien faire. Il ne faut parler à personne.

Il ne faut même pas la présence d’un autre être humain. Et ne faire presqu’aucun geste. » L’ascèse, un sésame pour ouvrir les portes de l’Académie Goncourt ? La méthode intéressera peut-être l’auteur Caryl Ferey qui défie les jurés du fameux prix littéraire de le décerner à un polar. Un entretien à lire dans le Figaro littéraire qui nous apprend une bonne nouvelle : le polar français va mieux ! L’ère des nordiques, commencée avec Henning Mankell, touche à sa fin. Et ce sont les français qui sont en passe de prendre le pouvoir. Un comble : ce sont nos ennemis de la presse anglaise qui le disent », peut-on lire sous la plume de Bruno Corty. Et Caryl Ferey de réagir : « je trouve ça assez paradoxal qu’il faille attendre les déclarations de la presse étrangère pour s’en convaincre. Il faut mettre fin à cette forme de snobisme qui consiste à trouver toutes les qualités aux romans anglo-saxons et tous les défauts à leurs homologues français. Lorsqu’Antoine Chainas publie Versus, on l’accuse d’écrire des histoires trash. Lorsque Mo Hayder le fait- et chez elle ce n’est plus trash mais malsain- on ne s’étonne pas. Et le journaliste d’avancer une hypothèse : L’essor du polar français s’explique peut-être par l’arrivée des séries télé policières américaines dont bon nombre sont scénarisées par des auteurs de polar. Comme Sur écoute ( The Wire), la plus fameuse d’entre elles, qui réunit au générique les Georges Pelecanos, Richard Price, Denis Lehane.(…) Les auteurs français y ont découvert un mode d’écriture différent, sans doute visuel, une façon nouvelle de découper leurs récits ». Enfin, ajoute Bruno Corty, s’il fallait une preuve de la belle santé du polar français, il suffirait de regarder les récents choix des jurys littéraires, notamment le dernier Goncourt décerné à Pierre Lemaitre. Commentaire de Caryl Ferey: Peut-être que les jurés se sont rendus compte trop tard qu’il avait été un auteur de polar! Leur courage m’épatera le jour où ils seront capables de couronner un auteur de polar et pas un ex auteur comme Lemaitre ou Vautrin par le passé.

Ce jour-là, ils auront compris que le polar n’est pas un genre mineur mais qu’un roman est bon ou pas, quelque soit la couleur de sa couverture! »

L'équipe
À venir dans ... secondes ...par......