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Un CNM pour quoi faire ?

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Le 3 octobre 2011, comme l’a raconté Jamal Henni dans La Tribune , “Nicolas Sarkozy recevait à déjeuner des représentants de la musique, dont des chanteurs comme Alain Chamfort ou Arthur H. Le président de la République leur a donné satisfaction : il a dit vouloir créer un Centre national de la musique (CNM), promettant une annonce d’ici à un mois.“ Il leur aura fallu en attendre presque quatre, en fait, puisque c’est le 28 janvier, au Midem à Cannes, que le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a annoncé la signature d’un “accord-cadre engageant le gouvernement et la quasi-intégralité de la filière musicale française, que ce soit au niveau de la musique enregistrée, du spectacle vivant, des structures dédiées à l’exportation ou encore des sociétés représentantes des ayants droit (auteurs, producteurs). Le CNM, explique Grégoire Poussièlgue dans Les Echos , rassemblera sous son aile, au sein d’une seule et unique structure, les principaux établissements publics finançant la musique, à savoir le Centre national des variétés et du jazz (le CNV), le Bureau export, francophonie diffusion, l’Observatoire de la Cité de la musique ou encore le Fonds pour la création musicale (le FCM). Son budget sera compris entre 110 et 135 millions d’euros et proviendra principalement (entre 70 et 95 millions) d’une taxe prélevée sur les fournisseurs d’accès à Internet. Histoire de ménager ces derniers, il est spécifié que le CNM sera financé à « pression fiscale constante » sur les opérateurs. L’argent proviendra d’une partie de la taxe sur les services de télévision qu’ils paient déjà directement au CNC, le Centre national du cinéma. […] Même s’il arrive tard et faisait au départ l’objet d’une suspicion généralisée au sein du ministère de la Culture, le CNM suscite l’adhésion d’une filière musicale prompte à se diviser , estime le journaliste des Echos . Il devrait contribuer, espèrent ses partisans, à sauver une production francophone qui, année après année, va de mal en pis. Si rien n’avait été fait, la production française allait dans le mur à l’horizon 2015 ou 2016 », estime Jérôme Roger, le directeur de l’UPFI, qui regroupe les producteurs français indépendants.“

L’adhésion de la filière ? Pas si sûr, nuance Odile de Plas dans Télérama , qui relève quelques fausses notes dans l’harmonie apparente. “Sur la photo officielle, les quarante et un signataires (labels, éditeurs et producteurs de spectacles) sourient, même si, en coulisses, chacun négocie son périmètre, s’assurant de recevoir autant qu’il donne dans ce grand pot commun, conçu sur le modèle du CNC. Si les microlabels se réjouissent d’être enfin pris en compte, des frictions se font déjà sentir entre les producteurs de disques (Snep) et ceux de concerts (Prodiss). Le principal mécontent, dans cette affaire, c’est le spectacle vivant. A priori peu concerné par cet accord, le Syndeac (qui représente les scènes nationales de danse et de théâtre) redoute que le CNM ne préfigure le démantèlement progressif du ministère de la Culture et son remplacement par des agences, comme en Grande-Bretagne. Un modèle anglo-saxon pour défendre la création française, quel mauvais esprit !“ , conclut la journaliste de Télérama .

Par ailleurs, le CNM fait l’objet d’une mobilisation d’artistes sous la forme d’une pétition, comme l’a raconté Ingrid Merckx dans Politis . “Baptisée « Appel des 333 », elle compte parmi ses signataires de nombreux musiciens, dont des grands noms du jazz : Lubat, Romano, Sclavis, Texier, Delbecq, Portal… « La musique n’est pas une marchandise », clament-ils, reprenant un slogan bien connu mais qui, en la matière, n’aura jamais été autant d’actualité. Le disque perd des parts de marché, et ce sont les « investisseurs » qu’on veut sauver. Quid des musiciens ? « La plupart des musiciens se moquent d’Hadopi et de tous ces rapports, rappelle Fabien Barontini, directeur du festival Sons d’hiver. Ce qui les intéresse, c’est la scène, où ils vont pouvoir jouer. Elle constitue l’essentiel de leurs revenus. » C’est dans le prolongement d’Hadopi que s’inscrit le projet du CNM, analyse la journaliste de Politis , un CNM assis sur un rapport « Création musicale et diversité à l’ère numérique » paru en septembre 2011, pour soutenir une « filière musicale » aujourd’hui « en crise », mais qui a exclu la question des publics dans sa réflexion et rayé l’art de son vocabulaire. Témoin : « Les ventes de musique enregistrée ont été divisées par deux entre 2002 et 2010, l’essor du marché numérique n’ayant que très partiellement compensé l’effondrement du marché physique. » Tout le monde serait « touché », mais, du fait de la « croissance » du spectacle vivant, les plus frappés seraient les « producteurs phonographiques ». La filière musicale serait « moins aidée que d’autres secteurs de la création culturelle tels que le cinéma, l’audiovisuel ou le livre. […] Le producteur phonographique assume la quasi-totalité du risque de son projet, alors que dans le cinéma le producteur délégué n’assume, en moyenne, qu’un quart de ce risque », assène ce rapport, qui en déduit qu’il faut donc « limiter les risques pour le producteur ». La solution miracle ? La création d’un CNM, qui constitue « un centre puissant d’expertise et de ressources au service de l’ensemble de la filière, en fusionnant les multiples acteurs qui interviennent aujourd’hui dans ce domaine et en renforçant leurs moyens d’action. » Il est précisé plus loin que « la simplification des guichets d’aide justifierait sur le principe que les sociétés civiles délèguent au CNM l’intégralité des sommes qu’elles consacrent à l’action culturelle et artistique ». Point qui soulève l’hostilité des sociétés de perception et de répartition des droits des auteurs compositeurs et des artistes interprètes, d’autant qu’elles n’ont pas été consultées, contrairement aux représentants des majors et gros entrepreneurs de spectacles. Selon les signataires de la pétition, ce sont ces derniers qui « seront les bénéficiaires de cet organisme, dont le conseil d’administration aura un président nommé par l’Etat, une majorité de membres représentant l’Etat, et puis quelques personnalités désignées (par qui ?). » Ce projet signe « la mainmise du marché sur la musique avec le concours du ministère », résument-ils. Lequel est menacé par cette institution qui porte en elle le principe d’une « privatisation des politiques culturelles ». […] La sémantique même est révélatrice d’un glissement. Définir la musique comme une « filière », comme le « soja transgénique ou le poulet élevé en batterie », cingle la pétition, entérine les noces de l’art et du marché.“

Les 333 signataires de cette pétition contre le CNM pourraient paraphraser la phrase célèbre de Malraux, parlant du cinéma : « La musique est un art. Par ailleurs, c’est une industrie »

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