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Un Monumenta en 2013 ?

8 min

Y aura-t-il un Monumenta en 2013 ? La semaine dernière, une dépêche AFP, reprise par plusieurs journaux, annonce que l’exposition, qui voit chaque année un grand artiste contemporain investir la nef du Grand Palais à Paris, “risque fort d’être ajournée en 2013 pour des raisons budgétaires” . “Monumentale erreur ? , s’interroge Valérie Duponchelle dans Le Figaro . En juillet encore, la toute nouvelle ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, recevait en privé Ilia Iossifovitch Kabakov, artiste conceptuel russe dont l’œuvre ne cesse de manier l’utopie et d’interroger le potentiel autoritaire du pouvoir. Elle lui confirmait avec enthousiasme l’invitation de la France pour Monumenta 2013. Né en 1933 à Dnipropetrovsk en Ukraine, Kabakov est vénéré des institutions internationales, classé par ArtNews comme un des « dix plus grands artistes vivants » en 2000. Il s’est déjà mis au travail dans son studio de Long Island où cet exilé vit depuis les années 1980. Personne, pour l’heure, ne l’a officiellement dissuadé de continuer. Est-ce encore possible de tout arrêter quand on sait l’énorme implication que nécessite pareil projet ? La commande d’une œuvre in situ pour Monumenta se fait deux ans à l’avance, vu l’étendue du pari sculptural (un volume de 14 000 mètres carrés pour un seul artiste) et des moyens engagés. De bonnes sources, ce Monumenta 2012 était chiffré autour de 5 millions d’euros. La participation de l’Etat qui couvre les frais d’installation et de fonctionnement s’élève habituellement autour de la moitié. La production de la pièce incombe à l’artiste, à son ou ses galeristes, à ses sponsors et mécènes. En fait, cette règle, nous dit-on en off, croit savoir la très informée journaliste du Figaro , ne s’est appliquée qu’aux artistes étrangers, Boltanski et Buren y ont échappé.

Cher, trop cher ? , s’interroge-t-elle encore. Monumenta n’a jamais communiqué sur ses recettes de billetterie. Mais, à titre de comparaison, Le Voyage à Nantes qui a enchanté la ville du premier ministre, cet été, a officiellement coûté 8 millions d’euros, plus 8 millions d’euros pour l’opération Estuaire. La ville misait ainsi sur la culture, sur au moins 300 000 visiteurs en deux mois et des retombées économiques supérieures aux coûts. En ces temps d’austérité budgétaire, on peut comprendre que toute facture impliquant l’argent public soit dûment soupesée. Le succès spectaculaire des précédents Monumenta plaide pour la survie d’un projet original qui a su allier grand public et qualité artistique, argent public et argent privé, monde des galeries, sens des affaires et arcanes du pouvoir. Cette synergie nouvelle entre camps jadis ennemis a permis d’avoir à Paris des événements sans précédent : une exposition magistrale d’Anselm Kiefer, une composition en acier Corten de Richard Serra, une évocation hivernale de la Shoah par Boltanski qui a bouleversé un public international, un géant rouge sang d’Anish Kapoor qui a bluffé jusqu’aux Anglais. Tous les acteurs de Monumenta 2013 sont déjà engagés dans ce processus aussi laborieux que vital pour l’avenir des projets culturels en France. L’édition prévue sera-t-elle sauvée in extremis par une plus grande, voire une totale participation financière privée ? C’est encore possible, dit-on, dans les rangs de cette entreprise mixte française. L’engouement a poussé le Grand Palais à multiplier les nocturnes pendant le Monumenta de Buren qui a attiré 259 000 visiteurs en 5 semaines, presque autant que Kapoor. Tout reste farouchement officieux et les tractations top secrètes. En cette rentrée aigre, la question de l’argent devient chose politique. Qui paie, décide et porte les lauriers. En aparté, on souligne les dangers de l’idéologie socialiste en matière de mécénat, cet affreux capitaliste , s’indigne la journaliste du Figaro . De source proche du dossier, le financement n’est pas la seule motivation.

La réorganisation même de l’événement a commencé avant l’été. Le Cnap (Centre national des arts plastiques) n’est plus coproducteur de Monumenta qu’il a pourtant porté vers la réussite. Les équipes qui ont travaillé depuis des années sur ces projets sont écartées, y compris des derniers soubresauts. Toute décision, toute question passent désormais par la Rue de Valois, la direction générale de la création artistique ou le cabinet de la ministre. Et par la RMN-GP, nouvelle instance et « maître d’ouvrage délégué », d’où est sorti le signal d’alarme via son président Jean-Paul Cluzel. C’est encore de là qu’émanent les infos les plus pessimistes.”

« Pourquoi Aurélie Filippetti n’aime pas l’art contemporain… » Ce n’est pas le titre de l’article du Figaro , mais celui de l’éditorial de Fabrice Bousteau dans le numéro de septembre de Beaux Arts Magazine . Avant même l’annonce probable d’une baisse de 3% du budget de la Culture pour l’année prochaine, le directeur du magazine s’indignait du non-dégel des crédits des arts plastiques, contrairement à ceux accordés au spectacle vivant. Si ce non-dégel était confirmé, “cela serait , écrit-il, un signe que la ministre, contrairement à ses déclarations, entend mener comme ses prédécesseurs une politique culturelle guidée par des intérêts clientélistes et électoralistes. Car si chaque ministre privilégie le spectacle vivant, c’est parce que celui-ci, fortement syndiqué et bénéficiant du relai d’acteurs très médiatiques, a un pouvoir de nuisance et de mobilisation de l’opinion considérable, sans commune mesure avec celui des arts plastiques. […] Il s’agit ici non pas d’opposer spectacle vivant et arts plastiques, mais de souligner en ces temps de crise un traitement profondément inégalitaire des deux secteurs. D’autant que le montant des crédits accordés par le ministère de la Culture au spectacle vivant par rapport aux arts plastiques est déjà déséquilibré. Sur les 788 millions d’euros destinés aux aides à la création en 2012 par le ministère, 719 l’ont été au spectacle vivant (en augmentation par rapport à 2011) et 69 aux arts plastiques (en diminution), soit moins de 10% du total ! Ce déséquilibre s’explique par des raisons historiques : Malraux a construit le ministère de la Culture autour du spectacle vivant. Aujourd’hui, les arts plastiques, qui ont vu leurs missions, notamment en termes d’actions pédagogiques – y compris en direction des scolaires – se multiplier et les coûts de production des œuvres exploser, sont dans une situation insoutenable. Plus globalement, avec les FRAC nouvelle génération, l’évolution des centres d’art et des pratiques artistiques, un audit du secteur doit être mené pour définir une nouvelle politique et des réformes en profondeur. Madame la Ministre, interpelle Fabrice Bousteau, en avez-vous le désir et la volonté ?”

C’est décidément la fête à Filippetti, en ce moment…

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