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Un phare en voie d'extinction

5 min

“On dit Paris « Ville musée », et c'est sans doute aussi bien comme cela , approuve Claire Bommelaer dans Le Figaro. Tour à tour, les chiffres annuels de fréquentation des musées situés dans la capitale tombent : ils donnent parfois le tournis. En 2014, 9,3 millions de personnes, dont 70 % d'étrangers, ont visité le Louvre – ce qui en fait l'établissement le plus fréquenté au monde. Ils étaient 4,3 millions à Orsay et à l'Orangerie, 1,8 million dans les galeries du Grand Palais, près de 1,5 million au Quai Branly, un million à l'Institut du monde arabe (IMA) et près d'un million au Petit Palais (soit 90 % d'augmentation en un an !). […] Les bons chiffres du tourisme – la France est la destination la plus prisée au monde, avec 83 millions de touristes par an – expliquent pour partie la tendance. On compte par ailleurs près de 3 000 musées sur le territoire, petit, grand, public, associatif ou privé, ce qui est déjà une performance. Mais la mécanique des chiffres n'explique pas tout. En 2014, les musées ont rivalisé de grandes expositions attractives, susceptibles de renouveler l'intérêt du public – notamment des Français, qui ont déjà vu et revu les collections permanentes. […] Les plus grands établissements sont rassemblés en Île-de-France et on sait qu'une poignée d'entre eux attirent plus de la moitié des visiteurs. Mais 2014 n'a pas été un mauvais cru pour le reste du territoire. En dehors de Paris, c'est l'effet nouveauté qui a créé l'enthousiasme. Ouvert en juin 2013, le MuCEM à Marseille s'est installé dans le paysage, en attirant 500 000 personnes en 2014. Celui qui est consacré au peintre Soulages, à Rodez, fait état de 200 000 visiteurs. Quant au tout nouveau Musée des Confluences à Lyon, il a déjà séduit 50 000 curieux en deux semaines. Revanche positive de la province sur Paris ?” , s’interroge Le Figaro. Peut-être en effet, mais pas partout… Il est un musée pour qui “la poussière et les mousses vertes qui s’accrochent à la membrane de son imposante toiture agissent comme un révélateur , écrit Nicolas Bastuck dans M le Magazine du Monde : le Centre Pompidou-Metz, qui fêtera en juin son quatrième anniversaire, traverse une mauvaise passe. Après des débuts ­tonitruants, sa fréquentation baisse irrésistiblement. Saluée par la presse du monde entier, l’exposition ­inaugurale Chefs-d’œuvre ? avait attiré 800 000 personnes la première année. Le Centre en avait encore accueilli 550 000 ­l’année suivante, puis 475 000 en 2013, pour clore 2014 sur le bilan de 335 000 visiteurs. Alors qu’un nouveau conservateur vient d’en prendre la tête – Emma Lavigne a succédé début décembre à Laurent Le Bon, parti ­diriger le Musée Picasso à Paris –, ­l’antenne messine du Musée national d’art moderne s’interroge aujourd’hui sur son modèle et se débat dans des ­problèmes ­financiers ­insolubles, sur fond de querelles politiques tenaces. Le Centre Pompidou lorrain a commencé la nouvelle année dans le brouillard. Financé à 90 % par les collectivités locales, l’établissement n’a toujours pas voté son budget 2015. Le 10 décembre dernier, son conseil d’administration a jugé plus sage d’en reporter l’adoption, considérant que le niveau des recettes attendues, en baisse de 20 %, compromettait gravement son équilibre. Il manque à ce jour 2,5 millions d’euros pour atteindre l’enveloppe de 13 millions d’euros dont la direction estime avoir besoin pour assurer une programmation digne de ce nom. A ce jour, 10,5 millions sont inscrits à son budget de fonctionnement. « Insuffisant pour développer notre projet artistique », prévient Emma Lavigne, qui ambitionne de présenter cette année une rétrospective de l’œuvre de Tania Mouraud, une monographie consacrée à Michel Leiris et une troisième exposition construite sur la thématique de la télépathie, Aura, aujourd’hui compromise. Le Centre ne présente pas d’exposition permanente et a besoin de se renouveler chaque année. C’est ce qui fait son originalité mais aussi sa fragilité. Une exposition temporaire annulée et c’est le vide dans les galeries… « Il y a des prêts qu’on négocie depuis deux ans. Si nous voulons conserver une légitimité sur la scène internationale, il faut pouvoir avancer. On est dans l’urgence », s’est émue récemment Emma Lavigne dans une interview au Républicain lorrain. […] Animée de la foi du charbonnier, la nouvelle directrice, qui s’était fait remarquer en signant l’exposition inaugurale du Centre Pompidou mobile, a vite déchanté. Depuis son arrivée en Lorraine, elle passe le plus clair de son temps à parler gros sous. Et regarde avec impuissance et incrédulité les politiques locaux se renvoyer la patate chaude. […] Un nouveau tour de table doit intervenir courant janvier. En attendant, la direction a pris le taureau par les cornes en rabotant certains budgets comme la sécurité ou le nettoyage du bâtiment. Alors que le mécénat lui apporte bon an, mal an un million d’euros par an, le musée réfléchit aussi à une nouvelle politique tarifaire. L’entrée est actuellement gratuite pour les moins de 26 ans et la recette de sa billetterie peine à dépasser le million d’euros. « Il faut faire plus de marketing. Le contribuable ne veut plus payer, les usagers doivent prendre le relais », exhorte Patrick Weiten, président (UDI) du conseil général de Moselle. « Le Centre Pompidou devait être un phare pour la Lorraine mais aujourd’hui, personne ne veut payer ses factures d’électricité », ironise l’élu messin (divers droite) Emmanuel Lebeau . De sa retraite, l’ancien maire de Metz Jean-Marie Rausch, à l’origine du projet, appelle chacun à « ne pas hypothéquer l’image ­internationale que le Centre a su conquérir en très peu de temps ».” Et risque de perdre tout aussi vite…

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