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Un Théâtre (pas si) éphémère

5 min

“On connaît enfin le nom du successeur de Jean-Marie Besset à la direction du Théâtre des Treize Vents à Montpellier . Il s’agit de l’auteur et metteur en scène hispano-argentin Rodrigo Garcia, soit le premier étranger nommé à la tête d’un CDN , note Le Figaro , qui y voit un choix osé” , tout comme Le Monde , tant “l’auteur-metteur en scène, âgé de 49 ans, est souvent considéré comme un trublion, voire un provocateur, avec son théâtre proche de la performance et des arts plastiques, qui travaille la matière même de la violence et de la perte de sens de notre époque. Ce choix , parie le quotidien, ne manquera pas de susciter le débat, voire la polémique, sur la place du répertoire et du théâtre traditionnel face aux nouvelles formes plus performatives et plastiques. Il y a en effet un monde entre le théâtre de Besset, marqué par un académisme certain, et celui, furieux et poétique, déployé par Garcia dans ses pièces.” Quoi qu’il en soit, “avec cette nomination, le ministère de la culture arrive presque au bout du vaste mercato qui a vu, en quelques mois, le renouvellement d’une grosse dizaine de directeurs d’institutions.”

Et va donc pouvoir se pencher sur un dossier bien encombrant, le Théâtre (pas si) éphémère de la Comédie-Française. “Planté le 11 janvier 2012 entre la cour d’honneur et les jardins du Palais-Royal , rappelle Laurent Carpentier dans Le Monde, le Théâtre éphémère devait permettre, le temps d’une saison, à la Comédie-Française de réaménager sa salle Richelieu, puis être revendu à une municipalité en mal de structure scénique. Las, un an après la dernière représentation, en janvier 2013, la salle construite pour un peu plus de 4 millions d’euros est toujours là, désertée. L’avenir du bâtiment commence sérieusement à inquiéter ses prestigieux voisins : les commerces de luxe des arcades, le Conseil d’Etat, le Conseil constitutionnel, le ministère de la Culture lui-même, ou Daniel Buren dont les fameuses colonnes sont depuis deux ans enserrées par le bâtiment dans la cour d’honneur. […] Le calcul de départ était simple : il faut compter jusqu’à 15 millions d’euros pour la construction ex nihilo d’un théâtre. Et il ne manque pas de ville en France en mal de salle moderne digne de ce nom. […] Longtemps, Dijon fut pressentie. François Chattot, qui y dirigeait le théâtre, est un « ami », confie Muriel Mayette, l’administratrice générale du Français. Et ce centre dramatique national réside dans une église. Le maire socialiste, François Rebsamen, est venu. Tout semblait sur des rails. Et puis, rien. François Chattot a été remplacé par Benoît Lambert en janvier et la ville a renoncé. Pas étonnant , estime Le Monde : comme l’explique Christophe Degruelle, maire adjoint à la culture et président de l’agglomération de Blois qui s’est ensuite intéressée au dossier : « Au départ, c’est un truc très séduisant, avec un coût objectif nettement inférieur au coût d’un théâtre à construire. En fait, c’est beaucoup plus compliqué que ça. […] Ce n’est pas le genre de chose que vous posez dans un parking, sourit Christophe Degruelle. Il faut un plan d’urbanisme, prendre en compte l’assiette foncière, créer des bureaux, des salles de répétition… Parce que le Théâtre éphémère a été conçu comme une annexe de la Comédie-Française, les comédiens y accédaient par les sous-sols. Et il a été pensé exclusivement pour le théâtre. Pour la danse, il fallait agrandir le plateau de trois mètres… » Résultat : 12,5 millions d’euros d’investissement à prévoir, hors acquisition, soit en tout une opération à 14 millions d’euros. « A ce prix-là, on a pensé qu’il valait mieux le construire nous-mêmes, sourit l’édile. A l’intérieur, le théâtre est superbe, mais à l’extérieur, il n’a d’intérêt que parce qu’il est au Palais-Royal. Il a été pensé pour ce site. Vous le posez ailleurs, il perd tout. » A ce prix-là, surtout, la décision est lourde pour une ville en pré-campagne électorale. L’opposition ne se gênera pas pour vous taxer de précipitation, de gabegie ou vous accuser de vouloir jouer un coup électoral en faveur des élites, alors que la crise frappe. De quoi rendre frileux les plus chauds défenseurs de la culture. Le fait est que, tout éphémère qu’il soit, le bâtiment a pris racine. A la Comédie-Française, on se dit confiant. « D’ici au 15 décembre, au plus tard fin décembre, le sujet sera réglé. » Sauf que les quatre candidats a priori en lice ont le dossier en main depuis le printemps et que rien n’est encore signé. Négociations oblige, on garde leurs noms confidentiels. Le terrain, on le comprend, est miné. Tout juste s’accorde-t-on à évoquer deux villes françaises, une ville d’un pays limitrophe et un pays étranger. […] En attendant, l’impatience monte. Aurélie Filippetti a donné un ultimatum : tout doit disparaître avant avril 2014. « Le jardin doit retrouver sa plénitude après tout, la ministre est autant ministre de la Comédie-Française que du patrimoine », souligne un conseiller. Avril, le délai n’est pas évident à tenir. Le démontage de la structure prendra à lui seul un minimum de trois mois. « Si certains n’avaient pas dit à tout le monde, l’an passé, que le marché était conclu avec Dijon, on n’en serait pas là aujourd’hui », soupire un négociateur. Erreur d’anticipation. Reste qu’il faut trouver une solution et vite. Brader ? Difficile de faire mieux. Aider les villes candidates en leur offrant un concours financier ? C’est ce qui était prévu, mais la crise est passée par là et les vaches maigres du ministère de la Culture, avec une réduction de 2,5% du budget, sont contraintes de regarder passer les trains. On pourrait évidemment décider tout simplement de démonter le Théâtre éphémère et de le stocker en attendant des jours meilleurs. « Ce serait la pire des solutions, explique-t-on au ministère. Si vous voulez vendre une armoire et que vous la démontez et la rangez à la cave, vous aurez plus de mal à la vendre, vous finirez par l’oublier, et un jour vous vous rendrez compte qu’elle a été mangée par les vers… » Appel à candidatures pour Noël, offrez-vous un théâtre.”

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