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Une boule de feu avec des douceurs de cendre

5 min

La revue de presse culturelle vous présente ce soir le match du siècle passé : Bruce Lee contre Marguerite Duras, autour de la question « comment jouer ? ». Comment jouer Bruce Lee ?, c’est la question que se pose la troupe de Kung Fu , une pièce de David Henry Hwang montée par la Signature Theater Company à New York, et aux répétitions de laquelle a assisté le New York Times (histoire d’anticiper un peu votre prochain séjour newyorkais, Arnaud Laporte). Dans son article, Steven McElroy raconte “les difficultés qu’il y a à donner l’impression au public que les combats sur scène sont réels tout en restant sans danger pour les acteurs. Des heures de répétition sont nécessaires pour allier sécurité et vraisemblance. Kung Fu, qui retrace la vie de Bruce Lee de l’âge de 18 ans jusqu’à quelques années avant sa mort, à 32 ans, repose sur les compétences de Cole Horibe dans le rôle principal. Cole Horibe est connu du public américain pour avoir participé à la compétition télévisée So You Think You Can Dance (qu’on traduira d’un « Alors comme ça tu crois que tu sais danser ? ») ; il a participé à la saison 9 de l’émission, et est devenu célèbre pour son style « fusion d’arts martiaux ». Horibe, 28 ans, né à Hawaï, a commencé très jeune à apprendre les arts martiaux. Les mouvements du spectacle, très rapides et assez réalistes, sont le résultat d’un ajustement considérable pour un type qui a été entrainé à frapper, pas à faire semblant. « Il faut que je me martèle sans arrêt pendant les scènes de combat : “Dis-toi que c’est de la danse”, explique-t-il. L’idée de mon père, quand il nous a mis aux arts martiaux, c’était qu’on apprenne à se défendre, et il nous disait toujours : “Imagine qu’il y a quelqu’un en face” . Quand je fais ces combats, mon impulsion est de vraiment frapper à travers la cible, et plein de fois, j’emploie trop de force et je dois me dire : “Calme-toi, pense que c’est de la danse.” » Au départ, David Henry Hwang espérait raconter la vie de Bruce Lee en comédie musicale, mais le projet s’est effondré. Kung Fu comporte cependant encore une douzaine de scènes de combats, et de la danse qui, quoique non violente, est clairement empreinte de ce que la chorégraphe, Sonya Tayeh, appelle des « mouvements combatifs ». « Le concept du spectacle s’est fondé sur la façon dont Bruce Lee pensait le mouvement : il a pris des choses d’un peu partout, explique Leigh Silverman, le metteur en scène. Il a pris de la science, de la boxe, de la philosophie, du karaté, il a pris de partout et il a malaxé tout ça pour en faire son propre style. »

Comment s’est créé le style Duras, et surtout comment le restituer sur scène ? A l’occasion de la profusion actuelle, pour son centenaire, de spectacles durassiens, Armelle Héliot a exhumé pour Le Figaro une émission d’Antenne 2 de 1983, Plaisir du théâtre . Au Théâtre du Rond-Point, Duras “mène elle-même l’entretien avec ses comédiennes, Madeleine Renaud et Bulle Ogier, qui répètent Savannah Bay. Un moment, l’écrivain des Petits Chevaux de Tarquinia fait observer, avec le plus grand sérieux : « Ah ! N’est-ce pas que je suis géniale. » Silence. Madeleine Renaud la regarde de son œil de petite fille qui en sait long : « Tu as de la chance, Marguerite, de te trouver géniale… Tu le penses vraiment ? » […] Madeleine Renaud, qui aimait tromper son monde en prétendant ne rien comprendre à ce que lui faisait dire Beckett dans Oh les beaux jours, prenait l’écrivain des Viaducs de Seine-Et-Oise avec une distance amusée, tout en lui reconnaissant un « sens de la fluctuation du temps et de la confusion des mémoires, soutenu par une sensibilité particulière à faire entendre la voix des femmes ». Duras a aimé écrire pour les femmes et les comédiennes ont aimé, aiment jouer Duras. Mais , note la critique du Figaro , chacune entretient avec la femme, son style, son univers, des relations différentes. […] Du côté de la saine méfiance est Anne Consigny. Elle joue actuellement la jeune fille de Savannah Bay au côté d’Emmanuelle Riva. Elle ne craint pas de juger Duras « dangereuse » : « On a tellement de respect pour elle. Et trop de respect, cela devient ennuyeux. » C’est pourquoi elle tenait tant à l’autorité de Didier Bezace et souhaitait effacer un souvenir rugueux. Elle avait rencontré l’écrivain il y a des années : « Une femme autoritaire et sans empathie féminine aucune. » […] Du côté de la réserve pleine d’esprit, sinon d’espièglerie, est Emmanuelle Riva. Elle ne saurait être impressionnée par Duras. Elle a trop bien connu Marguerite. Elle a connu la scénariste dès 1958, au moment d’ Hiroshima mon amour. « Nous allions à Neauphle, elle était une boule de feu avec des douceurs de cendre. Le film, il y avait à peine d’argent pour le tourner. Resnais était parti avant moi, pour rencontrer Eiji Okada qui avait une troupe de théâtre et enseignait avec sa femme. Marguerite correspondait de manière très active avec Resnais. Elle enregistrait des cassettes, les lui envoyait. Elle s’est tellement projetée dans Hiroshima , qu’elle disait que c’était “son” film, qu’elle l’avait tourné… » Jouer Savannah lui plaît. « Je dois reconnaître que j’ai le sentiment d’avoir eu des rendez-vous. Les rôles sont venus à point nommé : Hiroshima , Amour de Haneke, et Savannah . C’est une chance, une grande chance. » Elle est aussi émue qu’émouvante sur le plateau , salue Armelle Héliot. « Marguerite Duras avait une manière de se prendre au sérieux qui pouvait en imposer, intimider. Moi, disons que j’en souriais… »

De l'art de retenir ses coups...

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