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Une femme conquérante face au Dude du Net

6 min

“A quoi va servir Fleur Pellerin ?” , se demandait samedi Michel Guerrin dans Le Monde , un peu plus d’un an après avoir publié, dans le même journal, une chronique sous le titre « A quoi sert Aurélie Filippetti ? » Fleur Pellerin “a un atout par rapport à la sortante , estime le chroniqueur : elle est complice du tandem exécutif, ce qui est central à ce poste. Sinon, comme la vingtaine de ministres de la culture depuis 1959 ont plus ou moins échoué ou sont restés transparents (grosso modo, hormis André Malraux et Jack Lang), on se demande comment cette personnalité techno, que rien ne semblait prédisposer à la culture, qui en est à son troisième poste ministériel en deux ans, n’a jamais affronté les urnes et n’aura pas d’argent, pourrait réussir. […] Jack Lang était le ministre des artistes. La nomination de Fleur Pellerin traduit un glissement d’intérêt du poste vers l’industrie culturelle, analyse Michel Guerrin. Son premier chantier ? Répondre à l’arrivée en France, le 15 septembre, de Netflix, numéro un de la vidéo en ligne, qui peut bousculer la télévision française. Plus largement, on attend d’elle qu’elle contre les géants américains du Net, accusés de vampiriser la création française sans la financer.” Dans Le Monde toujours, Aureliano Tonet peaufine le portrait de la nouvelle ministre. “Là où Mme Filippetti, normalienne altière et lyrique, jouait volontiers sur une corde malrassienne, écrit-il, Mme Pellerin semble suivre les traces pop et arc-en-ciel d’un Jack Lang, attentive à la jeunesse et à l’air du temps. Rouge à lèvres vif sur carré brun, germanophone, mère d’une petite fille, résidant à Montreuil, elle écoute Shaka Ponk, duétise sur les plateaux TV avec Nolwenn Leroy et confesse un penchant pour les séries américaines, de Homeland à Game of Thrones – se rêvant même en princesse Daenerys Targaryen, « une femme conquérante ».” La ministre aura donc sans doute été à la fois rassurée et déçue par la cérémonie des Emmy Awards, qui s’est déroulée à Los Angeles le lundi 25 août, la veille de sa nomination. Netflix n’a pas été récompensée pour House of Cards , mais HBO n’a pas non plus remporté la mise avec Games of Thrones , c’est encore une fois Breaking Bad , de la chaîne AMC, qui a tout raflé. Malgré ce funeste augure, la « femme conquérante » est adoubée par les organisations du cinéma, qui “saluent son arrivée au ministère de la Culture , comme l’a raconté Libération. Florence Gastaud, déléguée générale de l’ARP (Auteurs, Réalisateurs, Producteurs), estime que son passage à l’Economie numérique « fait qu’elle est un élément important pour enfin créer une relation entre la culture et le monde du numérique. Elle peut favoriser un dialogue entre Netflix et le cinéma français. » Même analyse chez Camille Neveux dans Le Journal du Dimanche. “L’ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti souhaitait une offensive européenne pour réguler le secteur et faire appliquer la législation du pays de destination [respect des délais de diffusion, paiement de taxes pour alimenter le fonds de soutien du Centre National du Cinéma, quota de 40% de films français dans son catalogue…]. Fleur Pellerin, qui lui succède, promet d’infléchir la méthode tout en restant fidèle à ce qu’elle avait entrepris à Bercy : un dialogue gagnant-gagnant entre la France et Netflix, sur la durée, pour stimuler l’écosystème. « Fleur Pellerin avait insufflé à Bruxelles un groupe sur la fiscalité des entreprises du numérique, son arrivée est une bonne nouvelle », rappelle Pascal Rogard, directeur général de la SACD.” Et ça donne quoi, le « dialogue gagnant-gagnant », vu par Netflix ? Richard Sénéjoux, dans Télérama , a rencontré Reed Hastings, le PDG de Netflix, qui, “avec son faux air de Jeff Bridges et sa décontraction, fait un peu penser au Dude, le héros du Big Lebowski des frères Coen.” Il lui demande si s’installer aux Pays-Bas n’est pas un moyen d’échapper à l’exception culturelle française, qui veut que chaque diffuseur présent dans l’Hexagone participe au financement de la création… Réponse du Dude : « Quand Fleur Pellerin [alors ministre déléguée à l’Economie numérique] est venue à Las Vegas pour le Consumer Electronics Show, en janvier dernier, on lui a bien fait comprendre que nous étions prêts à contribuer de deux manières : en produisant des contenus et en achetant des droits. Nous créerons de l’emploi. Les créateurs nous voient comme un atout qui fait monter les prix. […] Quand il y a des gros chèques à la clé, les artistes ont envie de créer des contenus ! Beaucoup voudront travailler avec nous. » Comme, révèle Caroline Sallé dans Le Figaro , “Dan Franck, à qui l’on doit notamment Carlos, la mini-série d’Olivier Assayas” , à l’écriture, et à la réalisation “Florent Emilio Siri ( Cloclo) et Samuel Benchetrit ( J’ai toujours rêvé d’être un gangster)” , qui vont s’atteler à la création de Marseille , la première série originale entièrement « made in France » de Netflix. Ce sera “une bataille de pouvoir, de corruption et de rédemption pour conquérir la mairie de Marseille. Un House of Cards à la française” , traduit Le Figaro. « Une série qui brouille la frontière entre cinéma et télévision » , promet Ted Sarandos, le directeur des contenus de Netflix.Et puis, assure encore Caroline Sallé dans Le Figaro, “en signe de bonne volonté, Netflix a assuré qu’il respecterait notre chronologie des médias, calendrier fixant les diffusions successives d’un film (en DVD, à la télévision…) après sa sortie en salle. Mais l’impact sera minime pour Netflix : son catalogue est composé aux deux tiers de séries, genre qui échappe à cette régulation.” Ce que corrobore dans Première François Grelet, qui a testé le Netflix américain, et n’y voit qu’un “simple service de complément . Au-delà de quelques séries (certes, plutôt bonnes) qu’elle produit et diffuse, Netflix ne fait pas la course à la nouveauté ni à l’exclusivité , constate-t-il. Une grande partie de son catalogue oscille entre le blockbuster 80s, la bonne série B et le film Z qui tache. Ni la Fnac ni Canal ne risquent donc de voir leurs clients filer, Netflix se destinant avant tout, pour le moment, au cinéphage boulimique qui ne crache pas sur un vieux Steve Martin ou sur un docu improbable avant d’aller se coucher. Pour moins de 10 euros, ce serait dommage de se priver.”

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