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Une histoire de manipulation et de pouvoir

5 min

“Le cinéma palestinien peut-il être grand public ?” , se demande Frédéric Strauss dans Télérama . Et “répondre oui, c’est le défi de Hany Abu-Assad, 52 ans, qui a tourné en Cisjordanie un thriller politique, Omar (sorti en salles mercredi dernier), s’inscrivant pour lui dans la lignée de La Vie des autres comme des films de Costa Gavras. Ces références disent clairement une volonté de rupture avec la démarche des autres réalisateurs palestiniens d’aujourd’hui. « Ils défendent un cinéma exigeant et pas toujours facile, explique Hany Abu-Assad. Moi, j’ai voulu faire des films qui plaisent aussi à ma mère et à mes amis de Nazareth. Je veux opérer un virage vers un cinéma plus populaire, qui puisse bousculer les gens, les amener à se poser des questions. » Une mission entamée avec la coproduction européenne Paradise Now (2005), film à suspense sur les attentats suicides en Israël, et relancée avec Omar.

Cette fois, le financement vient d’investisseurs privés palestiniens à 95%, et le reste, de Dubaï. « C’est aussi la preuve que le cinéma palestinien peut être produit autrement, par des businessmen qui attendent des bénéfices, se réjouit le réalisateur. Mais, pour continuer à trouver des financements du côté palestinien, il faudra que je devienne un cinéaste d’envergure internationale. » En somme , conclut Frédéric Strauss, tourner à l’étranger sera la seule façon pour lui de devenir prophète du cinéma commercial en son pays.”

Mais le cinéma commercial n’est pas sans risque, comme l’a raconté François-Luc Doyez dans Libération . “Le film Grace de Monaco sera-t-il finalement mis en scène par Alan Smithee ? , s’interroge-t-il. Jusqu’au début des années 2000, les cinéastes hollywoodiens utilisaient ce nom d’emprunt pour signer un film qu’ils ne voulaient pas assumer. Olivier Dahan, qui a réalisé le biopic sur la princesse monégasque, pourrait bien reprendre le procédé : il envisagerait d’effacer son nom du générique du film. « Je peux aller jusque-là », a-t-il expliqué Libération ]. Depuis plusieurs mois, un conflit oppose le réalisateur de La Môme à l’omnipotent producteur américain Harvey Weinstein. Avec pour conséquence un report du film dans lequel Nicole Kidman joue le rôle-titre : Grace de Monaco devait être sur les écrans le 27 novembre, il n’arrivera finalement qu’au printemps prochain. Aucun motif n’avait été fourni pour expliquer cette sortie différée, mais il y a [trois] semaines, lors de son passage au festival du film de Zurich, Harvey Weinstein assurait que « le film n’était tout simplement pas prêt ». Selon Olivier Dahan, cette décision de report « n’est qu’une histoire d’argent, une question de stratégie de sortie, de millions de dollars, des choses comme ça. Ça n’a rien à voir avec le cinéma. Enfin, ça a tout à voir avec le cinéma en tant qu’industrie. Ils veulent un film commercial, c’est-à-dire au ras des pâquerettes, en enlevant tout ce qui dépasse, qui est trop abrupt, tout ce qui est cinéma, tout ce qui fait la vie. Il manque plein de choses. C’est un problème d’ego mal placé, une histoire de manipulation et de pouvoir. Le cinéma est très secondaire dans tout ça, d’où mon désintérêt qui commence à venir pour ce film ». Selon le réalisateur, The Weinstein Company aurait récupéré à son insu les rushs de tournage pour monter le long métrage eux-mêmes. Résultat : « Il y a deux versions du film pour l’instant, la mienne et la leur, que je trouve catastrophique. » Reste à savoir comment Harvey Weinstein, qui n’est que distributeur du film, a obtenu les rushs. Grace de Monaco est un film français, produit par Stone Angels, la société de Pierre-Ange Le Pogam, ancien cofondateur d’EuropaCorp – qui n’a pas souhaité répondre aux questions [de Libération ]. « Si j’avais fait un film hollywoodien, j’aurais su à quoi m’attendre, je sais comment ça se passe, raconte Dahan : au bout de trois versions, si ça ne convient pas, vous dégagez du banc de montage et c’est le producteur qui s’en charge. Mais là, c’est un film français. Donc, logiquement, il ne devrait pas y avoir ce genre de problème… » Autre exemple révélateur de la communication rompue entre le distributeur et le cinéaste, il n’a pas été proposé à ce dernier de valider la bande-annonce du film, postée sur le Net en septembre. « Je comprends que le distributeur s’y intéresse et fasse une bande-annonce, je ne peux pas tout faire, ce n’est pas le problème. Mais faire ensuite que le film ressemble à la bande-annonce, c’est autre chose. » Il ajoute : « J’avais envie de faire ce tour-là, d’essayer d’autres choses, je l’ai fait, j’assume. Mais cette situation, ça va deux minutes. Je n’ai pas signé un film de major, et je me retrouve dans des considérations marketing, et avec un scénario que je n’ai pas signé, en plus. » Mais Dahan n’entend pas abdiquer devant la version « weinsteinienne » de Grace de Monaco : « Ce n’est pas fini. Quand on affronte un distributeur américain, il y a peu de solutions. Soit on leur dit : “Démerdez-vous avec votre tas de merde”, soit on s’arcboute. »

Olivier Dahan pourra partager ses malheurs avec Bruce Willis, qui “il y a quelques semaines déclarait que les films d’action l’ennuyaient mais que les profits qu’il en tirait lui permettaient de se concentrer sur sa véritable passion, le cinéma d’auteur , apprend-on dans le bimestriel Snatch. Bel alibi. Dommage que la formule ne marche pas. Après qu’il ait réclamé plus que les trois millions de dollars proposés pour trois jours de tournage du nouvel épisode des Expendables, l’acteur s’est vu rabattre illico le caquet par Stallone, le producteur et acteur principal du film. Sly n’a pas raté son collègue : « Gourmand et paresseux… C’est définitivement une formule pour rater sa carrière ». Refoulé, le chauve a été remplacé dans la foulée par un autre senior, moins vorace que lui : Harrison Ford. Sans ce rôle et donc sans oseille, on ne verra donc pas Bruce Willis du côté du petit ciné inde. En même temps , conclut Snatch , était-ce crédible ? Franchement, Bruce…”

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