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Une insurrection artistique à inventer

6 min

C’est une photo publiée hier dans Le Journal du Dimanche . On y voitune dame d’un certain âge. Elle est assise dans le public, elle se retourne les yeux écarquillés, et que voit-elle ? Mais oui, c’est bien François Hollande ! “François Hollande a joué les invités surprise vendredi soir au Théâtre de l’Atelier, à Paris, en assistant à la représentation d’ Hôtel Europe, accompagné de sa nouvelle conseillère à la culture, Audrey Azoulay. Il a ensuite , nous dévoile le JDD, partagé un couscous avec Bernard-Henri Lévy avant de s’offrir un bain de foule place Charles-Dullin.” On ne pourra plus dire que le président de la République se désintéresse de la culture en général et du théâtre en particulier. Pour preuve, écrit René Solis dans Libération, “cette fois, ça y est : Stanislas Nordey est vraiment directeur du Théâtre national de Strasbourg. Sa nomination a été officialisée par un décret du président de la République, daté du 26 septembre, qui précise que Julie Brochen (directrice depuis 2008) a démissionné. L’annonce met fin à un mini-feuilleton tragicomique” déjà raconté ici. Un feuilleton qui ne semble pas près de se terminer, en revanche, c’est celui du conflit des intermittents. “C’est reparti , écrit encore René Solis dans Libération : manifestations à Paris et dans une quinzaine de villes, grèves dans des théâtres (Bastille, Colline, Monfort à Paris, mais aussi à Gennevilliers, à Aubervilliers…) L’entrée en vigueur, mercredi [dernier], de plusieurs dispositions de la nouvelle convention d’assurance chômage a suscité un regain de mobilisation du côté des intermittents du spectacle. Qui refusent toujours la convention Unédic du 22 mars 2014. […] Dans un communiqué publié le 25 septembre, le Comité de suivi de la réforme de l’intermittence, qui regroupe parlementaires et organisations professionnelles du secteur, estimait que « la concertation [confiée à trois personnalités par Manuel Valls pour remettre à plat tout le système] n’a toujours pas commencé ». […] Faute d’un accord, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a confirmé que le gouvernement n’excluait pas de recourir à la loi, tout en déclarant, dans un entretien publié dans Le Monde du 24 septembre vouloir « laisser toute sa chance à la négociation ». Jean-Patrick Gille, l’un des trois médiateurs, a annoncé quant à lui que la mission se donnait encore « tout le mois d’octobre » pour discuter mais que, faute de consensus, elle pourrait en effet proposer d’en passer par la loi. Le conflit des intermittents, qui avait empoisonné les derniers mois d’Aurélie Filippetti rue de Valois, plombe déjà les débuts de Fleur Pellerin, […] ce, alors même [qu’elle] peut s’estimer satisfaite des arbitrages budgétaires en faveur de son ministère , relève Libération. Si Aurélie Filippetti [qui, prise de remords, a déclaré samedi dans un entretien à Médiapart , que « la baisse du budget était inutile » ] avait dû avaler des coupes sombres dans ses budgets (-4% en 2013, -2% en 2014), celui de 2015, dévoilé mercredi [dernier], est en légère hausse ( 0,3%), conformément aux engagement de Valls avant l’été. Vivier de la contestation, le spectacle vivant maintient ses crédits, les théâtres nationaux – hors Opéra de Paris – durement visés ces dernières années, bénéficiant même de 1,4% de hausse.” Parmi les spectacles annulés mercredi, il y avait un de ceux dont on dispute ici ce soir, la première parisienne d’Idiot ! , de Vincent Macaigne. Clarisse Fabre a retracé dans Le Monde le récit de cette « annulation mouvementée » , qui a vu l’équipe du spectacle débattre, et rebattre les cartes, jusqu’à épuisement. “A midi , raconte-t-elle, c’était le flou total. A 17 heures, comédiens et techniciens optaient pour la grève. Mais à 17h30, la décision était remise en jeu… Vers 18h45, soit moins d’une heure avant le début de la représentation prévue à 19h30, l’équipe a renoncé : la pièce […] n’aura pas lieu. […] Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville, qui dirige aussi le Festival d’automne, a rarement passé une journée aussi longue. « Quand j’ai annoncé au public, vers 19h10, que la représentation était annulée, on a été applaudis », s’étonne-t-il encore. Preuve , analyse Le Monde , que ces spectateurs-là comprennent les enjeux, après des mois de mobilisation et de pédagogie sur la précarité des artistes et des techniciens du spectacle. […] Même s’il a été lui-même « intermittent pendant dix ans », Demarcy-Mota aurait souhaité que la première de Idiot !... ait lieu, moyennant une prise de parole, ou mieux, « une mise en scène de la contestation ». « Je ne dis pas qu’annuler n’est pas utile, mais ce n’est pas suffisant. Il faut inventer une insurrection artistique, pour emmener avec nous le public. Alors, il se passe quelque chose. En faisant grève, sans autre action, on bloque ce désir du spectateur d’aller au théâtre. Mais, au vu de la tension qui montait mercredi soir, on a décidé de ne pas jouer idiot ! », précise-t-il. Vincent Macaigne, lui non plus, n’était pas favorable à la grève. Ce n’est pas une posture facile à défendre pour ce jeune réalisateur de films et comédien, emblème d’un nouveau cinéma français, rebelle, sauvage et fauché. C’est un véritable dilemme, en fait, que Vincent Macaigne résume en ces termes : « Dans mon travail artistique, et dans Idiot !... particulièrement, il y a un message politique fort. La pièce parle de ce qu’on a eu, de ce que l’on a perdu, de la précarité, de ce monde que l’on veut transformer. Pour nous, jouer est une action politique », confie le metteur en scène. « On s’est alors posé la question : est-ce que notre message sera mieux entendu si on le livre sur scène ? Car on fait du théâtre pour être entendu, avec cette idée de la mission du service public. Ou bien, au contraire, on ne joue pas, parce que l’on estime que la grève est plus forte que notre parole sur scène. Et ça, c’est violent. Je suis très divisé avec ce choix », poursuit Vincent Macaigne , qui lâche : « Aujourd’hui, on a vieilli. » Quand [Clarisse Fabre] l’interroge sur le sens de cette phrase, il répond que plus rien ne sera pareil : « Ce soir, on a vacillé. Désormais, on travaille à oublier ce choix. Il faut désormais que l’on se concentre, que l’on se resserre. Si, jeudi 2 octobre, notre parole est grande devant les spectateurs, alors on aura bien vieilli. »

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