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Une politique qui maltraite la musique et les musiciens

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« Je ne peux cautionner, en acceptant ce prix, une politique qui maltraite la musique et les musiciens. » C’est par ces mots, adressés au ministre espagnol de l’Education, de la Culture et des Sports , et rapportés par François-Xavier Gomez dans Libération, que Jordi Savall a décliné le prix national de la Musique qui vient de lui être décerné. Le virtuose de la viole de gambe, 73 ans, renonce ainsi aux 30 000 euros qui accompagnent la récompense. En conférence de presse, le fondateur des ensembles baroques la Capella Reial, Hesperion XXI et le Concert des Nations a jugé tardif cet hommage, le premier qui lui est rendu en Espagne « après quarante ans de carrière ». Et souligné les faibles subventions accordées à ses projets, et l’indifférence des pouvoirs publics envers la préservation du patrimoine musical.” « Cela a été un vrai sacrifice , déclare Jordi Savall à la correspodante madrilène du Monde , Isabelle Piquer. L’Espagne vit une crise dramatique, mais la culture est quelque chose de fondamental. Il est temps de dire la vérité. Beaucoup de musiciens pensent la même chose mais on ne les écoute pas. C’était mon devoir. » “Après son annonce, Savall a reçu un coup de fil du secrétaire d’Etat à la culture, José Maria Lassalle, qui lui a dit comprendre son geste : « Il m’a assuré qu’il m’appellerait la prochaine fois qu’il passerait par Barcelone. Mais je ne vois pas ce qu’il peut faire. » Baroque toujours, et “coup dur pour Les Arts Florissants de William Christie , apprend-on dans Diapason : la ville de Caen, qui a changé de majorité au printemps dernier, a fait savoir qu’elle ne renouvellerait pas, à compter de 2015, la convention qui la liait depuis un quart de siècle à l’ensemble baroque. Ce qui représente un manque à gagner de quelque 330 000 euros par an. Quant à la région Basse-Normandie, elle pourrait elle aussi revoir sa participation (environ 370 000 euros annuels). Les Arts Flo (leur petit nom) vont-ils devoir se rabattre sur Paris, où ils ont leurs habitudes à l’Opéra-Comique et à la Philharmonie, qui les accueillera bientôt comme « ensemble associé » ?” Un peu plus au Nord, à Bruxelles, c’est la Monnaie qui vacille, comme le raconte dans La Croix la correspondante en Belgique du quotidien, Raphaëlle d’Yvoire. “Pour les Belges comme pour le monde des arts de la scène, « la Monnaie » de Bruxelles – « de Munt » en néerlandais – est une institution. Et plus encore : un lieu de recherche à la haute réputation d’excellence. […] Construite en 1819 au cœur de la ville, rénovée en 1855 après un incendie, théâtre de plusieurs épisodes de l’histoire de la Belgique, l’actuelle maison d’opéra est devenue un symbole du goût des Belges pour les libertés face aux régimes anciens et nouveaux. Et l’histoire de sa production artistique rime avec celle de la créativité théâtrale. « Depuis sa fondation, ce théâtre a toujours défendu les courants les plus contemporains des arts scéniques, en attachant une importance particulière aux créations et en accueillant les compositeurs d’avant-garde », précise Isabelle Pouget, auteur d’un récent ouvrage sur le sujet. Dotée de son orchestre, de ses chœurs et de ses ateliers, produisant nombre de ses créations propres, cette plus grande salle d’opéra de Belgique avec 1 152 places – mais petite maison comparée à ses concurrentes européennes – a même obtenu le très convoité titre de « meilleure maison d’opéra » en 2011 de la revue allemande spécialisée Opernwelt. Cette année-là, il est vrai, la Monnaie proposait un phénoménal Parsifal mis en scène par Romeo Castellucci, resté dans les annales. Rien n’est jamais acquis pourtant. Malgré ses titres de gloires, malgré un budget de 46 millions d’euros, « très modeste par rapport aux théâtres européens du même rang », selon Isabelle Pouget, et des dépenses artistiques couvertes principalement par ses recettes propres, billetterie en tête, le théâtre royal se trouve au bord de l’étouffement en raison de restrictions budgétaires drastiques. Et un bandeau noir, dénonçant un « black-out culturel » barre depuis plusieurs jours la page d’accueil de son site Internet. Le nouveau gouvernement fédéral du libéral Charles Michel, tout juste entré en fonction, vient en effet d’annoncer des économies draconiennes pour les administrations fédérales. Le secteur de la culture n’y échappe pas. Car si la Belgique a transféré la plupart des compétences culturelles aux communautés linguistiques, Bruxelles conserve trois grandes institutions fédérales : le Théâtre royal de la Monnaie, le Palais des beaux-arts de Bruxelles et l’Orchestre national de Belgique. Au 1er janvier 2015, chacune devra réduire de 4% ses dépenses en personnel et de 20 % ses frais de fonctionnement, avec une réduction supplémentaire à prévoir de 2 % chaque année jusqu’en 2019, fin de la législature. Pour la Monnaie, la pilule est très amère. Les subventions publiques, qui assurent 70 % des fonds et permettent de couvrir les frais fixes, fondent littéralement. Peter de Caluwe, l’actuel directeur général, a calculé que ce programme signifierait un manque à gagner de 6,5 millions d’euros pour les cinq prochaines années : « On risque de devoir arrêter une partie de nos activités. C’est toute notre programmation qu’il faut repenser », dénonce-t-il dans une carte blanche publiée par la presse belge. Déjà se pose la question de la fusion de son orchestre avec l’Orchestre national de Belgique. […] Sous la vaste fresque de 1855 restaurée en 2000 qui orne le plafond de la grande salle, intitulée La Belgique triomphante protégeant les Arts, le public a de quoi méditer sur la pérennité du symbole…”

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