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Verdi-Wagner, la guerre est déclarée

6 min

“Officiellement, le double bicentenaire Verdi-Wagner battra son plein en 2013. Mais de nombreux opéras ont déjà profité de l’ouverture de la saison lyrique pour déployer l’artillerie lourde , constate Thierry Hillériteau dans Le Figaro . A New York, en attendant de nouvelles productions du Bal masqué, de Rigoletto et de Parsifal, le Metropolitan a repris Le Trouvère mis en scène par David McVicar ou Otello avec Renée Fleming. A la Scala, à Milan, après une nouvelle production de Siegfried par Barenboïm en octobre, Gustavo Dudamel dirigeait [le mois dernier] Rigoletto avec Vittorio Grigolo. Quant à la Fenice de Venise, elle [programmait] en alternance, jusqu’au 1er décembre, Otello et Tristan und Isolde, dirigés par le même chef : Myung-Whun Chung. Contraints d’anticiper sur leurs programmes, les directeurs de salle se livrent depuis trois ans une guerre sans merci autour de ces deux compositeurs. Il y a de quoi : figures phares du lyrique, elles ont, pour peu qu’on leur accole les interprètes adéquats, de quoi faire courir les mélomanes du monde entier. A Venise, où Wagner donna son dernier concert, le 24 décembre 1882, « ce double anniversaire nous a permis de toucher un public allemand, belge ou français très différent du public habituel », témoigne ainsi Cristiano Chariot, surintendant de la Fenice. L’institution en a même profité pour créer, l’an passé, une antenne de son Cercle des mécènes en Allemagne, surfant sur les liens entre Wagner et la Sérénissime. Giuseppe Verdi n’est pas en reste. Si l’on s’en réfère à la bible du mélomane – le guide Musique et Opéra autour du monde, édité par Le Fil d’Ariane –, l’Italien sera joué 1 403 fois en 2013, sur les principales scènes de la planète. Un chiffre qui donne le tournis. Surtout lorsque l’on sait que la plupart des salles n’ont pas encore dévoilé leurs saisons 2013-2014. Du Festival d’Aix-en-Provence aux arènes de Vérone, de l’Opéra de Pékin à Buenos Aires, en Argentine, on donnera en moyenne un ouvrage de Verdi toutes les six heures ! Son cousin germain Richard Wagner, lui, arrive loin derrière, avec « seulement » 920 événements recensés, dont une large part d’opéras en version de concert. « Ce résultat n’a rien de surprenant, compte tenu du coût des productions wagnériennes, commente Cristiano Chariot. Un Tristan sera toujours plus cher qu’un Barbier de Séville . »

Pour éviter de plomber leur budget, les grandes maisons qui programment une Tétralogie complète en 2013 ont d’ailleurs pris soin de monter leur nouvelle production bien avant la date fatidique de ce double anniversaire. C’est le cas à Paris. Le Ring du metteur en scène Gunter Krämer sera donné dans son intégralité sur une semaine en juin, après avoir été créé sur deux saisons entre 2010 et 2012. « C’est un projet de longue haleine élaboré avec Philippe Jordan, notre directeur musical, depuis ma nomination », rappelle Nicolas Joel, directeur de l’Opéra de Paris. Il en est de même au Metropolitan Opera, à New York, où la Tétralogie mise en scène par Robert Lepage – production la plus chère de l’histoire de l’opéra (nous en parlions il y a deux semaines dans La Dispute) – a été créée l’an passé, ou à la Scala, qui accueillera sur quinze jours sa première Tétralogie par un même metteur en scène : Guy Cassiers. Côté interprètes, « il nous a fallu réserver tous les chanteurs plus de deux ans à l’avance », souligne Cristiano Chariot. L’homme a commencé à travailler sur le planning des répétitions dès décembre 2010. « La concurrence était rude, reconnaît-il. Pour une salle comme la nôtre, ce sera surtout l’occasion de programmer de jeunes chanteurs, verdiens notamment. » Car les grandes stars du chant wagnérien ou de l’opéra verdien ont été sollicitées de longue date par les grandes maisons.

Le ténor Placido Domingo sera parmi ceux qui tourneront le plus. Avec ses deux casquettes (chef et chanteur), il se produira une cinquantaine de fois entre janvier et août 2013 : après avoir chanté Turandot au Met et Nabucco à Covent Garden, il dirigera Rigoletto aux arènes de Vérone. Le ténor allemand Jonas Kaufmann sera lui aussi sur tous les fronts : aussi bon wagnérien que verdien, il sera Parsifal à New York et Don Carlo à Londres. Leo Nucci, avec plus de 450 Rigoletto à son actif, ne chantera que du Verdi. Quant à la France, elle devrait voir la consécration du jeune wagnérien Torsten Kerl : après ses prouesses vocales dans le rare Rienzi, au Capitole de Toulouse, il sera la star du Ring à Bastille. Les maisons de disque suivent le mouvement. Là encore, la concurrence est féroce. « Celui qui tire le premier emporte souvent la mise, explique Isabelle Marnier, directrice marketing chez Universal France. Ce type d’anniversaire se prépare donc au moins un an à l’avance. » D’autant que les enregistrements tombent dans le domaine public après cinquante ans. De nombreux fonds de catalogue peuvent donc faire l’objet de compilations par des labels concurrents. « Pour Universal, qui compte des labels d’exception tels que Deutsche Grammophon ou Decca, il était essentiel de se démarquer en proposant des intégrales accessibles à tous, mais aussi des rééditions événement ou des nouveautés. » La maison de disques vient de sortir une édition collector du légendaire Ring dirigé par Georg Solti. Agrémenté de reproductions de partitions annotées et de photos, le bel objet est vendu 250 euros. Début 2013 on verra la parution d’un nouvel album Wagner de Jonas Kaufmann (son dernier avant son départ pour Sony), ou encore du Requiem de Verdi par Daniel Barenboïm. Dans ce contexte, enfin, difficile pour les orchestres symphoniques de se frayer un chemin dans l’anniversaire Verdi-Wagner. « Vu l’agenda surchargé des chanteurs, reconnaît Didier de Cottignies, directeur artistique de l’Orchestre de Paris, il n’était même pas envisageable de faire un Wagner en version de concert… Sauf en rognant sur la qualité. » L’homme est bien allé regarder du côté des œuvres symphoniques du compositeur allemand. « Mais ce sont pour l’essentiel des saucissons pas possibles ! », juge-t-il. Il se contentera donc de débuter l’année 2013 avec l’ouverture de La Force du destin, de Verdi, et de clore la saison avec un patchwork de ses grands chœurs. Un inédit du père de La Traviata pourrait aussi se glisser dans son début de saison 2013-2014. Mais il préfère surtout se concentrer sur les anniversaires laissés de côté par les grandes maisons lyriques : notamment Poulenc… et Benjamin Britten.”

Ce qui n’est pas rien non plus, vous me l’accorderez…

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