LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Vestiges, secrets et trous acoustiques

6 min

“Des pans de murs et une cour d’un théâtre, le Curtain, ouvert en 1577, ont été découverts sur un chantier immobilier dans le quartier de Shoreditch, dans l’est de Londres, sous trois mètres de terre , apprend-on dans La Croix . Ce théâtre accueillait, au XVIe siècle, la compagnie Lord Chamberlain’s Men, avec laquelle travailla Shakespeare. Ses pièces y furent un temps produites, avant l’ouverture du Globe Theatre, en 1599. « La qualité des vestiges est remarquable », déclare un des propriétaires du site, travaillant sur un projet qui « permettra au public d’avoir accès aux vestiges du théâtre » , précise Le Figaro , qui exhume un autre théâtre, beaucoup plus récent, mais tout aussi oublié. “C’est un petit bijou de style néobyzantin , écrit Thierry Hillériteau. Une mystérieuse salle de spectacle aux allures de « grotte sacrée », dont seuls les artistes symbolistes du début du XXe siècle avaient le secret. L’ancien théâtre de Martine de Béhague, dont on dit qu’elle fut la femme la plus riche d’Europe, est niché en plein cœur du VIIe arrondissement de Paris. A l’inverse du somptueux palais néoclassique auquel il est rattaché (qui abrite les bureaux de l’ambassadeur de Roumanie), il n’avait plus servi depuis les années 1930. En 2009, l’Institut culturel roumain a décidé de le rouvrir au public en y organisant un festival de musique : les Nuits baroques du Palais de Béhague, [qui s’est déroulé cette année du 9] au 12 juin. [On a pu] notamment y découvrir deux des plus brillants espoirs de la jeune scène roumaine : les cantatrices Ruxandra Donose et Teodora Gheorghiu. Mais, pour la plupart des spectateurs, ce festival [fut] surtout l’occasion de se laisser charmer par l’ambiance du lieu.

Inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, la « salle byzantine » du Palais de Béhague présente des caractéristiques architecturales et décoratives uniques en leur genre : formes asymétriques, colonnes de style corinthien, mosaïques importées de Ravenne, peintures murales imitant la feuille d’or, coupole à oculus surmontée d’une structure de type Eiffel… Derrière son cadre de scène défraîchi sommeille encore la « coupole de Fortuny » : un dôme de lumières rétractable, qui témoigne du rêve d’art total des scénographes de l’époque. « Une fois déployé, toutes les lumières convergeaient vers une plaque de métal sur laquelle était gravé un paysage », explique la directrice adjointe de l’Institut culturel roumain Simona Radulescu. Des formes diffuses et éthérées envahissaient alors la scène, comme dans un rêve.

Si la machine de Fortuny est inutilisable, Simona Radulescu espère la voir un jour rénovée. Tout comme l’orgue de scène situé côté cour, dont la console a disparu. D’une réalisation exemplaire de Charles Mutin (le successeur de Cavaillé-Coll), il n’a jamais été retouché. Du temps de Martine de Béhague, sa soufflerie était alimentée… par le système hydraulique de la capitale ! Gabriel Fauré aurait donné ici l’une des premières auditions de son célèbre Requiem. Isadora Duncan y dansa à plusieurs reprises. Reste que pour retrouver son lustre d’antan et pouvoir se doter d’une vraie programmation annuelle, le lieu a besoin d’un sérieux coup de pinceau… 5 millions d’euros : tel est le montant global des travaux chiffrés par l’ambassade. Une telle somme permettrait la restauration complète de l’intérieur du théâtre, mais aussi la restitution de sa fosse originelle (80 musiciens), de l’orgue et de la machinerie de Fortuny. L’Institut culturel roumain espère, par l’intermédiaire de son festival, capter l’attention de mécènes privés. Un juste retour des choses, pour celle qui fut en son temps l’une des plus grandes mécènes françaises.“

Le Figaro , toujours lui, s’est également intéressé aux travaux de restauration de la Comédie-Française. “On connaît les places d’opéra et de théâtre aveugles, on connaît moins les places « sourdes » , écrit ainsi Claire Bommelaer. Pourtant, bon nombre de vieux théâtres à l’italienne (en U et avec plusieurs balcons) en possèdent : une fois placé, on y entend mal. La prestigieuse Comédie-Française n’échappe pas à la règle, notamment pour les places d’orchestre et du premier balcon, soit… les plus chères. « La salle Richelieu a été construite entre 1786 et 1790 et on ne compte plus les rénovations depuis, qu’elles soient esthétiques ou de mise aux normes, explique Patrick Belaubre, secrétaire général de la Maison de Molière. Leur succession, ainsi que leur empilement, ont fini par créer des trous acoustiques. » Le son monte, mais il rebondit également. Il fonctionne comme une onde. Absorbé par le velours, le béton et les spectateurs, il est renvoyé par le bois, les dorures ou le parquet. Sur scène, les décors jouent également un rôle, en modifiant la trajectoire de la voix. Lorsque l’on va acheter ses billets, il est difficile dans ce cas de différencier scientifiquement les bonnes places des mauvaises. Depuis [quatre semaines], des travaux ont démarré pour travailler à la restauration acoustique du Français. Un des premiers objectifs sera de diminuer la présence de velours, de moquettes et de taffetas, matières introduites au XIXe siècle, afin de suivre la mode et de montrer un certain embourgeoisement de la salle. Il est impossible de renoncer complètement au velours rouge, qui fait le sel des vieux théâtres. Mais « le décor sera plus vif, moins cossu et moins velouté », explique-t-on à la Comédie-Française. Les loges des corbeilles ne seront plus en velours, la moquette de l’orchestre sera supprimée au profit de parquet. Une partie des murs sera peinte, l’autre reboisée, grâce à de fausses portes. « Il faut obtenir un équilibre des matières, de façon à ce que les voix rebondissent correctement », poursuit Patrick Belaubre. Un modèle numérique acoustique 3D a été réalisée pour aider à l’amélioration du son.

Quelque 1,4 million d’euros ont été dégagés pour ces travaux. Cette somme s’ajoutera aux 12,6 millions déjà mis sur la table par l’Etat pour la rénovation en profondeur de l’ensemble du théâtre. Mais la somme consacrée à l’acoustique sera entièrement financée par le mécénat (Caisse d’épargne Ile-de-France, Fondation du patrimoine et Natixis), ce qui est relativement nouveau pour cette vieille maison.“

On a les Martine de Béhague qu’on peut !

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......