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On veut du neuf ! Et du lisible, aussi...

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Spéciale Armelle Héliot dans la revue de presse ce soir. La papesse du théâtre au Figaro est parfois particulièrement enthousiaste, comme en fin de semaine dernière, quand elle écrivait : “La fin de l’été est un moment exaltant, au théâtre : début de saison, attente fébrile des levers de « torchon », retrouvailles et découvertes. Que l’on soit artiste ou spectateur, les envies de neuf, de frais, de créations, sont dans l’air. Une évidence s’impose , pour Armelle Héliot : c’est du côté du théâtre privé que l’art dramatique est le plus vivant, le plus dynamique et que l’on prend le plus de risques. D’abord, parce que l’économie de ces maisons, presque toutes parisiennes, est complexe et que directeurs et producteurs font preuve d’un vrai courage en montant des spectacles. Ensuite, parce que c’est au théâtre privé que les auteurs nouveaux sont présents. A l’exception, bien sûr, du Rond-Point où le foisonnement contemporain est une règle très bien tenue par Jean-Michel Ribes depuis plus de dix ans avec, de plus, un sens du chatoiement des écritures très intelligent. Mais le Rond-Point mis à part ? A la Colline, on va découvrir La Petite, d’Anna Nozière, mais c’est un classique de Pirandello qui fait l’ouverture (les Six personnages en quête d’auteur , dont nous venons de parler). On y verra d’autres contemporains dans les mois qui suivront. A l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Luc Bondy crée la nouvelle pièce de Peter Handke puis passe à Pinter tandis que Claude Régy monte Tarjei Vesaas. A Nanterre, on verra Wenzel et Noren, on reverra Alaa el-Aswany, mais c’est par Britannicus que commence la saison tandis qu’au Français – mais quoi de plus logique ! – Molière et son Dom Juan sont inscrits en première ligne comme Marivaux au TGP de Saint-Denis. On pourrait discuter sans fin. Il est cependant clair, assène la critique dramatique du Figaro , que les jeunes auteurs contemporains, comme le furent en leur temps Beckett, Ionesco, Anouilh ou Duras, sont du côté du privé.” Et Armelle Héliot de dresser la liste des Beckett, Ionesco, Anouilh ou Duras d’aujourd’hui : “Ainsi, Marc Fayet et Le Scoop au Tristan-Bernard, Amanda Sthers et Le Lien aux Mathurins, Callas de Jean-Yves Picq à la Manufacture des Abbesses, Julie des Batignolles de Pascal Laurent, au La Bruyère, Le Bonheur d’Eric Assous et A la française d’Edouard Baer à Marigny, Le Père de Florian Zeller à Hébertot, Comme s’il en pleuvait de Sébastien Thiéry à l’Edouard VII, Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes au Studio des Champs-Elysées, Un drôle de père de Bernard Slade au Montparnasse, Les Menteurs d’Anthony Neilson à la Porte-Saint-Martin, L’Etudiante et Monsieur Henri d’Ivan Calberac au Petit Théâtre de Paris. Autant de pièces , assure Armelle Héliot, que nous avons lues, sinon encore vues, et dont la plupart sont très bonnes !” On ne demande qu’à la croire.

Avec la cohérence intellectuelle qui l’honore, Armelle Héliot avait déjà, dans son papier de bilan d’Avignon, déploré le faible nombre de premières dans le festival. “Rien n’est plus difficile que le spectacle vivant , rappelait-elle alors. On reprend une toile, on conçoit un nouveau montage pour un film, on peut avoir des repentirs. Au théâtre, seul le public peut donner une réponse à la question de la validité d’un geste artistique. Thomas Ostermeier, qui a signé sa version de Ein Volksfeind ( Un ennemi du peuple) de Henrik Ibsen, l’un des spectacles les plus passionnants du festival (pour Armelle Héliot, nous verrons tout à l’heure si nos critiques la rejoignent sur ce point), [Thomas Ostermeier, donc] était liquéfié quelques heures avant la première. La première « mondiale », si l’on ose dire, car lui, il a créé ce spectacle pour Avignon et ne le reprendra qu’à l’automne, à Berlin, puis en tournée ! Ce frémissement des premières, on l’a peu éprouvé cet été à Avignon , déplore la critique du Figaro . L’obligation faite aux directeurs, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, de croiser des financements, de monter des coproductions internationales, conduit Avignon à ne plus être un véritable festival de création. The Master and Margarita ( Le Maître et Marguerite), de Boulgakov, dans la mise en scène de l’artiste associé, le Britannique Simon McBurney, donné en ouverture dans la Cour d’honneur du Palais des papes, le 8 juillet dernier, a commencé ses périples en décembre 2011 à Luxembourg, avant Londres, Madrid, Vienne, Amsterdam. Bien sûr, c’est pour la Cour et son mur de légende que le grand voyant qu’est McBurney a travaillé. N’empêche. Les critiques ont été publiées dans tous les hebdomadaires avant le début du festival… Cela enlève quelque chose à la fièvre des appareillages.”

Autre souci, relevé par Armelle Héliot dans un encadré, de cette part très importante de coproductions étrangères, européennes en particulier : cela “suppose des spectacles joués en anglais, en allemand, en espagnol, avec une part relativement faible des artistes de langue française. Une dizaine à peu près et le double en langues étrangères. Rien de déroutant pour les amateurs de théâtre, qui ont toujours été curieux des dramaturgies lointaines. Mais un exercice parfois épuisant pour les spectateurs. Romeo Castellucci, qui sait que comprendre les mots est essentiel, intègre complètement les surtitres, très lisibles. Thomas Ostermeier, lui aussi, fait preuve d’un grand souci de lisibilité. Ses comédiens maîtrisent le français au moment du débat et le public se sent d’autant mieux concerné. Chez Steven Cohen, également, on peut suivre sans perdre le mouvement de l’action. Mais la plupart des artistes rejettent les surtitrages sur les côtés. Vous regardez les comédiens ou vous lisez, vous ne pouvez faire les deux à la fois. Vincent Baudriller a tenté en vain de convaincre Simon McBurney de recentrer les surtitrages dans la Cour d’honneur. Quant au très difficile texte de W. G. Sebald et l’adaptation de Katie Mitchell des Anneaux de Saturne, il était traduit de côté et projeté sur un mur irrégulier. Les gens de théâtre devraient appliquer les règles du cinéma : jamais plus de deux lignes à la fois, autrement, même l’esprit le plus vif perd le fil…”

Et Dieu sait pourtant si Armelle Héliot a l’esprit vif !

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