LE DIRECT

Vieux tontons, joyeusement flingueurs

5 min

“La durée de la protection des droits d’auteur pourrait être prolongée de vingt ans , a-t-on lu dans La Croix. Les députés ont approuvé à l’unanimité cette prolongation, de cinquante à soixante-dix ans, pour les interprètes et producteurs d’enregistrements musicaux. Le projet de loi doit cependant être encore examiné par le Sénat. La règle actuelle, en effet, ne permet pas à ceux qui ont commencé leur carrière jeunes de jouir de leurs droits toute leur vie.” Une mesure qui ne pourra que réjouir quelques vieux briscards de la chanson, toujours en activité, comme Johnny Hallyday, dont le nouveau disque, le bien nommé Rester vivant , réalise selon Le Parisien “le meilleur démarrage de l’année. Son 49e album s’est vendu en première semaine à 131 849 exemplaires, dont 127 000 CD et vinyles, loin devant les Enfoirés (98 728) fin mars et Pink Floyd la semaine dernière (68 000). Pour Hallyday, c’est encore mieux que le précédent, L’Attente, qui s’était déjà écoulé à 116 201 copies en première semaine, en novembre 2012, et avait fini sa course autour de 600 000 ventes.” Il faut dire que le vieux chanteur a payé de sa personne pour faire la promotion de son album : rares sont les journaux qui n’ont eu leur interview de l’idole des ex-jeunes, à peine une semaine après une première salve visant à promouvoir la série de concerts avec ses vieux copains Eddy Mitchell et Jacques Dutronc, « les deux alcooliques » comme il les appelle, rencontrés, c’est raconté à longueur de pages, quand ils étaient tout minots place de la Trinité à Paris. Parmi un ensemble de propos convenus, le « survivant » , “converti à la cigarette électronique sur les conseils de Louis Bertignac” et carburant au Coca Light, comme l’ont observé l’ensemble de ses interlocuteurs, se réserve tout de même quelques piques. A Olivier Nuc, du Figaro , il explique son changement de major (il est maintenant chez Warner) : « J’ai quitté Universal Music parce qu’il fallait vendre, faire des tubes avant tout , raconte-t-il. J’ai parfois capitulé, c’est vrai, et accepté de chanter des morceaux qui ne me plaisaient pas. Un jour, Pascal Nègre m’a proposé d’enregistrer un album de reprises de Charles Trenet. Je trouvais ça ridicule. Vous savez, les producteurs, dans leurs bureaux, avec leur gros bide, sont des marchands de tapis. Ce n’est pas ça la musique. » Le rock’n’roll ? « Pour moi, le vrai rock’n’roll est mort en 1965. Aujourd’hui, on accole le mot à trop de choses qui ne sont pas finalement le rock’n’roll. C’est devenu un mot, ce n’est plus une musique, un genre musical » , déclare-t-il à Victor Hache, dans L’Humanité , l’occasion pour celui qui s’est produit trois fois à la Fête du journal communiste, en 1966, 1985 et 1991 de rappeler qu’il « aimait beaucoup Georges Marchais ». « J’ai même été assez ami avec lui » , confie-t-il. Et qu’est-ce qu’il écoute, en ce moment, notre Johnny national ? Bob Dylan. « Le poète rebelle, anarchiste et silencieux. C’est l’un des rares que j’écoute encore, avec Johnny Cash et Elvis Presley , révèle-t-il à Gilles Médioni dans L’Express. Je l’ai hébergé lorsqu’il se produisait à l’Olympia : il s’ennuyait à l’hôtel George-V et était obsédé par Françoise Hardy. Dylan a vécu chez moi quinze jours, durant lesquels je n’ai jamais entendu le son de sa voix. Il passait son temps à écouter ses disques. Un jour, il a disparu et je ne l’ai jamais revu. A l’époque, les artistes étaient accessibles : après les concerts, tout le monde allait au resto ou en boîte. Aujourd’hui, ils vivent comme des petits vieux et rentrent directement se coucher. » Et qu’est-ce qu’il chante, quand il est en famille ? Du Rihanna, dévoile-t-il, toujours à L’Express. « J’ai dû apprendre Diamonds et tout son répertoire par cœur pour le chanter avec ma fille Joy, qui l’adore. Son tube Stay m’a donné l’idée de ce morceau, Seul, qui est un peu dans la même veine. Les concerts de Rihanna sont très pros, et elle a un charme dingue. » Mais bon, soyons juste, il n’y a pas eu que du Johnny ces derniers jours dans la presse française, qui a aussi consacré une grande place à deux ex-jeunes, qui enregistraient pour la première fois un album ensemble, et ont beaucoup donné dans l’interview en duo : Alain Souchon et Laurent Voulzy, nos Lennon-McCartney à nous, nos Simon and Garfunkel. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les commentateurs et interviewers, ce qui embarrasse un rien nos gloires nationales. « Vous nous comparez à des géants alors que nous ne sommes que des lilliputiens puisqu’on est français , répond ainsi Alain Souchon au même Victor Hache de L’Humanité. Ce sont des gens qui ont inondé la planète avec leur musique. J’ai été influencé bien sûr par la musique anglo-saxonne. Mais au départ les chansons françaises m’ont bouleversé, de Gainsbourg, Brassens. Je trouvais même que c’était supérieur à la musique anglo-saxonne qui était belle et donnait souvent envie de bouger. S’il n’y a pas de paroles, je m’ennuie. Il faut que je comprenne. » Quand Libération (qui a dépêché pas moins de trois journalistes, dont le directeur du journal Laurent Joffrin, pour les interviewer) les lance sur la même comparaison, Souchon répond à nouveau : « C’est sans doute un peu exagéré, ne serait-ce qu’en raison de la différence d’échelle du succès. Disons que nous sommes un couple d’artistes qui fait des chansons ensembles, comme aussi Elton John et Bernie Taupin. » « Après , poursuit Laurent Voulzy, j’avoue qu’au lycée j’étais bassiste, et que McCartney était mon idole, y compris dans sa façon de chanter. Mais Alain me fait plus penser à Ray Davies, des Kinks, dans son écriture critique de la société, qu’à Lennon… » « Qui était quand même un donneur de leçons et se la pétait à mort » , enfonce Alain Souchon. On peut être de vieux tontons, on n’en reste pas moins de joyeux flingueurs…

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......