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2013 : le bilan.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Une fois n’est pas coutume, tous les commentateurs de la presse s’évertuent depuis quelques jours à dresser le bilan d’une année trouble, à commencer par la crise de l’euro. Alors au rang des plus optimistes, tout d’abord, le journal britannique THE TIMES cité Eurotopics, estime que cette année encore, citoyens et politiques ont fait mentir les Cassandre. Les eurosceptiques, qui avaient prévu une sortie de la Grèce de la zone euro, mais aussi la déconfiture de l'union monétaire ont été confondus, dit-il, car tous ont sous-estimé la volonté des Etats membres à rester dans la zone euro. Et le journal conservateur de rappeler, notamment, que même en Grèce, une majorité d’électeurs a maintenu son soutien à la monnaie unique.

Et pourtant, on ne peut pas dire que les Grecs, justement, se sentent particulièrement soulagés en cette fin d’année, menacés qu’ils sont aujourd’hui par une nouvelle crise, ressemblant fort à celle des subprimes aux Etats-Unis. Selon le portail d’information MYEUROP, la troïka demanderait en effet que soient levées les dernières protections qui préservent la propriété des ménages qui ne peuvent plus rembourser leurs crédits immobiliers. En clair, jusqu’à aujourd’hui, une loi permettait à toute personne, même surendettée, de ne pas voir son habitation principale saisie. Or demain, 1er janvier, une nouvelle loi annulant cette protection doit entrer en vigueur. Et elle fait d’ores et déjà trembler le pays.

Avenir incertain également au Portugal. Même si le pays entend quitter le fonds de secours de l'euro à l'été 2014, le terrain reste miné, prévient le JORNAL DE NEGOCIOS. Certes, nous rêvons de nous débarrasser de la troïka, dit-il, rembourser nos dettes, combler notre déficit et qu'ainsi Merkel remercie nos efforts et notre foi. Reste à savoir si notre modèle de sauvetage profitera à tous et non à une poignée de fortunés seulement.

A ce titre d’ailleurs, l’exemple de l’Irlande devenu cette année, le premier pays à quitter le programme de sauvetage de l’euro n’a pas vraiment de quoi rassurer, car la crise, prévient THE IRISH INDEPENDENT est loin d’être dépassée et notamment, parce que les banques qui étaient à l’origine de l’effondrement n’ont toujours pas totalement recouvré la santé. Le taux de chômage est encore trop élevé et la viabilité de la dette publique demeure fragile. En d’autres termes, poursuit son confrère d’Amsterdam DE VOLKSKRANT, il n’y pas lieu de voir dans cette sortie la consécration de ceux qui, un beau jour, ont inventé l’austérité.

La Croatie l’a d’ailleurs appris à ses dépends. Même si 2013 restera dans les mémoires, comme l'année de l'intégration à l'Union Européenne, il n'y a pas pour autant de quoi se féliciter, regrette notamment le journal de Zagreb JUTARNJI LIST, avant de dresser la longue liste des réjouissances : sixième année de crise, note souveraine au plus bas, une dette publique qui dépasse la barre des 60% du PIB et l'UE qui engage d’ores et déjà une procédure pour déficit contre nous.

Et c’est vrai qu’ici comme ailleurs, pas grand-chose ne croît, si ce n'est le chômage, la méfiance et la colère. Voilà d'ailleurs, peut-être, l'un des seuls motifs de satisfaction finalement de cette année 2013 : quand les citoyens redécouvrent la résistance. En Bulgarie, tout d'abord, 2013 entrera dans les annales comme l'année marquée par le plus grand nombre de manifestations depuis l'effondrement du communisme, écrit l'antenne bulgare de la radio allemande DEUTSCHE WELLE. En Roumanie également, les mouvements de contestation qui ont visé successivement un projet de mine d'or puis le gaz de schiste, constituent pour le journal en ligne de Bucarest GÂNDUL, la grande avancée de cette année. Enfin en Ukraine, évidemment, là encore, 2013 aura ravivé une flamme que l'on croyait depuis longtemps éteinte : celle de la contestation.

Voilà qui nous conduit tout naturellement, cette fois-ci, à l'homme de l'année. Car si la Russie avait un pendant au magazine américain TIME, celui-ci aurait sans aucun doute élu homme de l'année non pas le pape, mais Vladimir Poutine. L'année qui s'achève, constate le journal suisse CORRIERE DEL TICINO a renforcé encore le pouvoir du président russe et fait de lui le protagoniste d'évènements importants. De la Syrie à l'Ukraine en passant par l'asile de Snowden et la grâce de Khodorkovski, il ressort en dirigeant tantôt controversé, tantôt magnanime.

A l'inverse, remarque pour sa part l'hebdomadaire belge KNACK, l'année 2013 aura été un désastre, dit-il, pour le président américain Barack Obama. Le blocage notamment du budget américain est, selon lui, l'exemple le plus symptomatique de cet échec, auquel on pourrait également ajouter la perte d'influence des Etats-Unis sur le cours de l'histoire au Moyen-Orient.

S'agissant justement du Moyen Orient, un journaliste de la BBC a lui dressé une liste des tristes évènements que nous n'attendions pas, de la défaite cuisante des Frères musulmans sortis pourtant victorieux des premières élections libres organisées en Tunisie puis en Egypte, à la tragédie syrienne évidemment, en passant par la victoire des régimes monarchiques du Golfe et celle de l'Iran. Bref, la fin de l'utopie du printemps arabe, qui s'achève ce mois-ci par l'échec de l'expérience de l'islam modéré en Turquie.

Enfin signe des temps, sans doute, le quotidien d'Amsterdam TROUW nous rappelle pour sa part que le terme de "selfie" a été élu mot anglais de l'année 2013 par les prestigieux Dictionnaires Oxford. Par selfie, on entend un autoportrait tiré via un smartphone ou un appareil photo numérique. Dans un selfie, le moi occupe le devant de la scène, une mise en scène autocentrée destinée à être partagée sur les réseaux sociaux. Ou quand l'année 2013 se résume à une simple ego sphère décomplexée.

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