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Addio Noiret, l'hommage de la presse italienne; la mort de l'ancien espion russe et les difficiels relations UE-Russie

5 min

Un noeud papillon, un costume croisé ou de tweed, un feutre qu'il n'hésite pas à lever en un salut légèrement ironique, le cigare jamais bien loin et le sourire qui affleure dans des yeux qui vous regardent en face... Philippe Noiret vous observe ce matin depuis les pages de vos quotidiens, d'un air qui oscille entre la complicité et l'étonnement souriant... Et les clichés qui abondent sont en même temps tous les mêmes de la France à l'Italie, une image d'élégance très maîtrisée. C'est la mort d'un gentleman note d'ailleurs Le Figaro. Et c'est cette image là que la presse a visiblement choisi de retenir. Campant "sa silhouette de chanoine onctueux définitivement repérable", Gérard Lefort dans Libération conlut ainsi son hommage "Philippe Noiret aimait les chevaux, les belles chaussures, les vestes en tweed, les cigares et le cinéma. Le cinéma français." Il n'est pas sûr que la presse italienne souscrive à ce dernier trait. Elle honore elle aussi largement ce matin ce "monument du cinéma d'auteur", comme le titre la Repubblica. L'acteur français tant aimé de la comédie italienne, ajoute La Stampa, qui rappelle que cela faisait des années qu'il luttait contre la maladie et, comme ses confrères, donne largement la parole à Mario Monicelli, le réalisateur de "Mes chers amis" ou encore de "Pourvu que ce soit une fille". "Il appartenait à une race d'acteurs en voie d'extinction, explique Monicelli, un acteur de la vieille école, passé par les planches. Il incarnait ses personnages avec une grande désinvolture et beaucoup de vérité. "Addio, Noiret", titre Le Corriere della Sera, Addio à celui qui fut "l'âme ftrançaise de la comédie italienne". "Le plus nordique et réservé des grands interprètes français, poursuit le quotidien, qui n'a jamais vraiment compris les raisons pour lesquelles les Italiens l'ont tant aimé". Mais s'ils l'ont tant aimé, c'est peut-être, comme le rapporte Giuliano Montaldo dans le Corriere della Sera, parce qu'"il était un homme d'une grande humanité, un grand monsieur, si cette expression a encore un sens, dans le travail, comme en amitié". Il n'était pas seulment un grand acteur, ajoute Ornella Muti, mais aussi une personne très particulière, une qualité qu'en Italie nous avons la chance de savoir reconnaître et apprécier". Et Ornella Muti de saluer "la grande classe, l'éducation, la générosité de Philippe Noiret dans un monde où chacun ne pense qu'à soi". Cela sonne comme une réplique de cinéma... "Ces salauds m'ont eu... Mais ils ne nous auront pas tous...Je veux survivre juste pour leur montrer". Et puis il meurt. Ce n'est pas du cinéma, c'est, si l'on en croit le Times de Londres, l'une des dernières phrases qu'ait prononcée Alexandre Litvinenko sur son lit d'hôpital. Le Times qui a donc pu interviewer l'ancien espion quelques heures à peine avant son décès. "Trop faible pour bouger, écrit le quotidien, et visiblement en grande souffrance. Il savait qu'il pourrait perdre le combat contre les agents chimiques qui le détruisaient de l'intérieur mais il a dit que la campagne pour la vérité se poursuivrait avec ou sans lui". Son ami le cinéaste Andrei Nekrasov, qui raconte ses derniers instants, dénonce dans le Times "un meurtre sadique, lent, perpétré par quelqu'un d'incroyablement cruel et sans coeur". Oui mais qui? La question demeure ce matin dans la presse britannique tout d'ailleurs comme la nature du poison qui reste mystérieuse. Le Times rappelle à quel point Litvinenko qui travaillait sur l'assassinat de la journaliste d'opposition Anna Politkovskaïa, dénonçait lui aussi depuis longtemps les crimes de Vladimir Poutine. "Une persone de la stature de Politkovskaïa ne pouvait être atteinte sans l'accord du président lui-même, déclarait-il ainsi le mois dernier à des journalistes de Londres. C'est le Financial Times qui le rapporte ce matin et ajoute: "Quel que soit le responsable, cette mort souligne à quel point les exécutions à la russe ont été importées en Grande-Bretagne avec l'importante communauté russe en exil à Londres". Litvinenko a donc perdu la bataille titre de son côté l'Independent. Et cette affaire arrive alors que l'Union européenne retrouve Moscou pour un sommet qui s'annonce délicat ce vendredi. Nous en parlerons dans un instant. Mais c'est à une autre rencontre que le Guardian a choisi de s'intéresser. Le sommet de l'OTAN la semaine prochaine à Riga. Et le quotidien travailliste estime que le dossier moscovite embarrasse les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avant cette rencontre lettone. Les services de renseignement extérieurs russes ont en effet déclassifié hier des documents selon lesquels la Grande-Bretagne et les Etats-Unis auraient approuvé l'occupation soviétique des pays baltes avant l'attaque des nazis contre l'union soviétique. Selon le général Sotskov qui commente pour le Guardian ces 400 pages de documents déclassifiés, le dossier prouve que Londres et Washington avaient parfaitement compris que les pays Baltes devaient être une zone tampon face à l'invasion perçue comme inévitable des nazis lorsqu'ils briseraient leur pacte de non agression avec Moscou. Même si les déclarations publiques disaient tout l'inverse, Churchill ajoute le génréal russe, avait réalisé que c'était la seule solution possible popur briser l'avancée des troupes allemandes. Cette affaire occupe grandement les media russes, bien plus signalons-le au passage que la mort de Litvinenko. La Russie y fait valoir qu'elle a sauvé les Etats baltes du nazisme. Ces derniers répliquent, ajoute le Guardian, qu'ils ont été occupés illégalement et assimilés de force à l'union soviétique. Il n'y a rien d'innoncent, note le Guradian, à ce que ces documents sortent aujourd'hui. Il est évident que le Kremlin souhaite semer les germes de la division entre l'Europe de l'Ouest et les états baltes avec lesquels il entretient des relations plus que tendues et alors que la décision de l'Estonie de mettre à bas un monument à la gloire de l'armée soviétique alimente la fureur de Moscou. La Guardian prend d'ailleurs soin de souligner que la déclassification des documenst donne une vision très partielle sinon partiale de l'attitude de Churchill. Le quotidien rappelle qu'il avait exigé qu'aucun changement territorial n'intervienne sans l'accord libre et entier des différentes parties et qu'il n'a d'ailleurs jamais reconnu l'annexion des pays Baltes. La Russie plus que jamais au coeur des problèmes stratégiques européens. Vous savez que les dirigeants de l'Union retrouvent ce vendredi Vladimir Poutine pour parler notamment d'énergie et de menace d'embargo sur la viande européenne. Un sommet terni, là, par le refus de la Pologne de lancer les négociations sur l'accord de partenariat euro-russe en raison de cet embargo qui la frappe. Un veto polonais qui embarrasse l'union mais que l'on défend à Varsovie comme une question d'honneur. Dans Rzeczpospolita, Vladimir Boukovski estime ainsi que Moscou n'est pas capable de traiter Varsovie sur un pied d'égalité avec Paris parce que, dit-il, "dans la tradition russe d'exercice du pouvoir le compromis accepté de plein gré n'existe pas. Si les Russes cèdent parfois, ce n'est pas parce qu'ils veulent aboutir à un accord, c'est parce qu'ils se sentent faibles". "En Occident on est persuadé à tort que les négociations avec la Russie sont possibles, ajoute Vladimir Boukovski, qui fustige la façon dont l'UE s'écrase devant la dictature renaissante en Russie". Le quotidien allemand Handelsblatt, qui note que la Russie est redevenue une grande puissance, estime lui en effet qu'il faut une attitude équilibrée faite de critique et de coopération avec la Russie, notant qu'elle joue de plus en plus la carte de la Chine contre l'Occident. Nous avions entamé cette revue de presse par les clichés rendant hommage à Phlippe Noiret, concluons- la avec d'autres clichés à la Une du Manifesto en Italie et du Herald Tribune. Le Herald Tribune publie en Une trois photos, la première montre un jeune Irakien le visage et le corps tordus par la douleur. Il vient d'apprendre la mort d'un proche lors d'un raid américain sur Sadr City, le second c'est le visage désespéré d'une femme qui attend le corps de son fils tué à Bakouba, la troisième photo c'est un gros plan sur le visage d'un homme qui pleure. Son fils a été tué lui aussi à Baqouba. Il Manifesto lui titre au-dessus d'un cliché de guerre en Irak, 1303ème jour de paix.

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