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AIG, géant de papier ?

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Deux dates, deux périodes, deux séquences de l'histoire récente reviennent ce matin dans un nombre incalculable de journaux : l'année 1996 et la récente guerre d'Irak...soit le pire niveau, respectivement, des bourses américaine et britannique dans notre passé proche...hier Londres, puis New York, l'ont atteint et selon l'habituelle loi des séries, les places financières asiatiques ce matin continuent de baisser... La faute - en majeure partie - aux résultats dévoilés hier par les deux supposés mastodontes que sont la banque anglaise HSBC et l'assureur américain AIG..."Que va t-il rester d'AIG ?" demande d'ailleurs Diane Brady, éditorialiste pour Business News...Elle explique, "pour le contribuable américain moyen, tout ça doit sonner un peu faux. Après avoir pompé 150 milliards de dollars à l'Etat, la société publie une perte de 62 milliards au quatrième trimestre 2008, soit la plus importante de l'histoire des entreprises aux USA...et maintenant le groupe va pouvoir obtenir ENCORE 30 milliards d'argent frais de la part de Washington..." Rien ne va donc décidément plus au jeu de roulette de la finance internationale...et s'il reste des incrédules, lorsque le journal allemand Die Welt cite le directeur général d'AIG, Edward Liddy, trouvant - formule délicieuse et presque désarmante de franchise - le marché actuel je cite "assez désastreux", c'est le célèbre milliardaire Warren Buffet, s'exprimant en tant qu'expert ES investissements juteux, qui déplore une économie "en lambeaux"...une déclaration qui a d'ailleurs elle-même, ironie toujours, fait plonger un peu davantage la bourse new-yorkaise... "Wall Street chute", "la finance mondiale vire au rouge vif" et "HSBC suffoque" nous dit ce matin le quotidien belge Le Soir, que la crise semble rendre plus poétique...et le journal de lister volontairement plusieurs bourses dont on parle peu, et qui ont elles aussi chuté hier, comme Toronto -5% ou Buenos Aires -7%, de manière à embrasser mieux l'ampleur de cette contagion planétaire..."El Mundo", en Espagne, assène même le coup de grâce à l'économie de l'oncle Sam en rappelant ceci : "si ça ne suffisait pas, les investisseurs ont appris comme un retour de flamme l'évolution trimestrielle du PIB nord-américain, qui a diminué de 6,2% soit la pire chute depuis 1982"... Cependant, les journaux du monde évoquent moins ce matin cette nouvelle dégringolade boursière que l'épisode AIG, et ce nouveau prêt concédé par l'état fédéral... Après tout, comme le rappelle El Pais, "la société assure près de 100.000 entités et donc possède, de près ou de loin, des relations avec 100 millions d'etats-uniens", ce qui représente un tiers de la population du pays... En parallèle du récit des malheurs du géant (de papier) de l'assurance, des critiques commencent à fuser...Andrew Clark du Guardian rappelle opportunément le scandale de fin 2008, lorsque la société avait dépensé 440.000 dollars pour un séminaire californien, juste après une injection d'argent public...L'article cite plus loin un analyste, qui met avant la "cupidité" d'AIG, estimant "que si certaines de ses branches avait été placées à temps en situation de faillite, ce désastre aurait pu être évité..." Le Guardian toujours qui fait d'ailleurs très fort ce matin, avec une double page : la première sur HSBC, la deuxième sur AIG avec une photo centrale baroque, vertigineuse et anxiogène : on y voit deux immeubles de Wall Street pris d'en bas, infinis, comme un gouffre à l'envers, au milieu duquel flotte un drapeau d'AIG, évidemment... Une page plus loin, l'éditorialiste Nils Pratley nous explique qu'avec ses déboires, la banque britannique HSBC a finalement "rejoint la communauté des simples mortels"...et là encore s'exprime un scepticisme face à la démarche de crédit, l'auteur nous disant "il serait preferable que la banque lève des fonds selon des moyens traditionnels, plutôt que d'exploiter les différents gouvernements"... Autre analyse, celle du New York Times... le quotidien explique "que les officiels américains n'avaient guère d'autre choix, tant les activités d'AIG s'imbriquent dans le système bancaire mondial"..."mais que la démarche est risquée pour les contribuables, ce sauvetage intervenant au lendemain des coups de pouce accordés à coup d'autres milliards à Citigroup, ou Bank of America"... "Washington met en avant", précise The Independent, "les risques systémiques d'une faillite d'AIG, et de l'effet domino potentiel sur les institutions financières dans le monde". "Mais encore plus grands sont les risques causés par un gouvernement qui balance systématiquement, et à plusieurs reprises, de l'argent à des sociétés dont les problèmes sont la conséquence d'années de gloutonnerie et de prises de risques inconscientes"...le quotidien rappelle qu'au total "les contribuables auront versé plus de 150 milliards de dollars pour l'assureur, soit le triple par exemple de la somme donnée à Citigroup"... Encore plus mordant, le ton de Lauren Laughlin, éditorialiste pour the Telegraph, "évidemment la loi ne donne pas de solution idéale pour sauver cette immense institution en détresse...mais les contribuables ont été laissés pour compte, ces derniers mois, par des efforts inadaptés à contenir le trou noir d'AIG qui grossit à leurs dépends"... Bref, vous l'aurez compris, la crise se poursuit, le paysage financier semble chaque jour plus dégradé, et les journalistes ou experts continuent de s'en donner à coeur joie...jusqu'à quand ? jusqu'où peut aller le pire ? Dans son editorial de la Vanguardia sobrement intitulé "pire qu'en 29", José Manuel Garayoa rappelle que lors du krach, 80 ans plus tôt, "Wall Street avait inversé la tendance après avoir perdu la moitié de sa valeur pendant 10 mois...mais pas cette fois, pas cette année"...Bonne journée...

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