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Alerte au chemisier piégé !

5 min

Par Eric Biegala

Si le but ultime d'Al Quaida est bien de terroriser l'Amérique... là on peut dire que c'est parfaitement réussi ! En quelques jours, depuis l'annonce de la fermeture préventive d'une vingtaine d'ambassades le week-end dernier toute l'Amérique bruisse de rumeurs, d'alertes, de contre-feux mais aussi de célébrations du désormais célèbre programme d'écoute PRISM qui aurait empêché... Qui aurait empêché quoi exactement ? Nul ne semble en mesure de le dire.La palme de l'histoire qui a fait le plus peur revient sans doute au site web de la chaine de télévision ABC News qui lundi soir, commet un long article expliquant que les fonctionnaires de sécurité américains redoutent un nouveau mode d'attaque, à base de vêtements explosifs, indétectables par les portiques de sécurité et qu'un kamikaze pourrait faire détonner n'importe où, de préférence au milieu d'une foule. "on craint qu'Al Quaida ne puisse utiliser une nouvelle génération d'explosifs liquides ; la tactique permettrait aux terroristes, explique le site d'ABC , de tremper un vêtement ordinaire dans ce liquide pour le transformer en explosif une fois sec" et le site en ligne - citant d'anonymes experts du gouvernement US - d'expliquer que la technique a été mise au point par le fameux Ibrahim Al Asiri, l'artificier en chef d'Al Quaida dans la Péninsule arabique, basée au Yemen : la branche la plus redoutée de l'administration américaine. Parce que c'est du Yemen qu'est parti semble-t-il l'alerte principale, le réseau d'espionnage américain y ayant intercepté une communication du chef d'Al-Quaida, Ayman Al-Zawahiri ordonnant à la branche yéménite de lancer une attaque importante ces jours-ci.Alors bien sûr, rappellent en coeur tous les médias américains, l'artificier Ibrahim Al-Asiri s'est fait connaitre pour l'ingéniosité de ses bombes et le correspondant "sécurité" de la BBC Franck Gardner d'énumérer : "l'une cachée dans les sous-vêtements d'un jeune Nigérian ; elle aurait du faire explosion dans un avion à l'atterissage sur Detroit en 2009 ; les passagers du vol ont empêché le kamikaze de faire détonner l'engin. L'autre suffisememnt petite pour être cachée dans l'aine ou peut-être même le rectum d'un autre kamikaze, le propre frère de l'artificier, qui effectivement s'est fait exploser devant le chef des services de renseignement saoudiens quelques mois plus tard. Mais la cible n'a été que légèrement blessée à la main..."Pour l'Occident, explique encore Franck Gardner, Al Quaida dans la Péinisule Arabique est dangeureuse 1/ localement pour les ambassades et les nationaux occidentaux vivant au Yemen 2/ Idéologiquement : c'est elle qui édite en ligne le "magazine terroriste" anglophone "Inspire" et 3/ elle est dangeureuse globalement par sa capacité à placer des bombes dans des avions". "Cela dit, tempère Foreign Policy , l'histoire du "chemisier explosif", c'est quand même un peu n'importe quoi... d'abord rappelle le magazine, pour ingénieuses qu'elles soient les bombes imaginées par Al-Asiri n'ont pas eu l'effet escompté : la première, dans l'avion de Detroit n'a pas fonctionné, quant à la seconde elle n'a fait que tuer le kamikaze qui la portait... et Foreign Policy de convoquer un expert en explosifs pour expliquer qu'un vêtement trempé dans un explosif c'est en effet plausible : "le coton c'est du carbone et si on y ajoute un combustible, ça peut exploser", explique l'expert... "mais dès qu'il se mettra en mouvement le terroriste prendra un risque terrible : le vêtement va bouger se tordre, il y aura des frottements, des chocs, de l'électricité statique... toutes choses qui font qu'une bombe ça fait fait boum ! ; et elle n'aurait pas la puissance nécessaire pour tuer quelqu'un d'autre que ledit terroriste", affirme l'expert. A se demander si l'on ne surjoue pas un peu la menace :"A quoi joue l’administration Obama? demande par exemple le site en ligne Slate "La dramatisation autour de l’annonce d’une menace imminente d’attentats à l’étranger et sur le sol américain n’est pas sans rappeler l’utilisation politique pendant des années du risque terroriste par l’administration Bush... Et puis "si cette menace, qui ne s’est pas encore matérialisée, est bien réelle, elle pose un autre problème. Celui de la crédibilité des discours triomphants de l'administration Obama et du Président lui-même annonçant la défaite d’al-Qaida. On ne ferme pas 22 ambassades et consulats en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie pour faire face à la menace d’une organisation en déroute. Au contraire, l’ampleur des mesures de précaution indique une menace provenant d’un réseau capable de frapper presque n’importe où". Ailleurs, on se félicite surtout que cette menace - hypothétique - ait été éventée : dans son éditorial, l'édition New Yorkaise du Daily News demande à ses lecteurs de "remercier leur bonne étoile d'avoir ces aggressifs programmes d'espionnage électronique - précisément ceux qui font l'objet d'attaques en règle de la part des libéraux. On peut dire que les agences de renseignement américaines, utilisant certainement leurs extraordinaires capacités techniques se sont débrouillées pour pénetrer les communications ennemies au plus haut niveau. Et ça mérite qu'on s'en réjouisse" , conclu le Daily News ...L'Amérique joue donc un peu à se faire peur... Mais pour ce qui est de la peur, la vraie... c'est sans doute au Yemen qu'il faut aller la chercher. Pas celle des attentats d'Al Quaida, mais bien la peur des drones. Car dans le même temps où Washington fermait ses ambassades évacuait ses personnels et demandait aux civils américains de quitter le pays, les Etats-Unis ont lancé au moins quatre bombardements de drones durant les dix derniers jours... "Dimanche les drones américains ont survolé Sanaa, pendant près de dix heures, rappelle Hakim Almasmari l'éditorialiste du Yemen Post et c'était bien la première fois qu'on les voyaient dans le ciel de la capitale. "Aujourd'hui les rues et les restaurants sont vides, poursuit l'éditorialiste ; les femmes poussent leurs enfants à l'abri en craignant le pire ; les hommes se consumment de colère en constatant à quel point la vie des yéménites est devenue sans valeur... les gens redoutent que Washington ait décidé de transformer Sanaa en une sorte de Kaboul bis, la ville symbole de l'échec américain dans cette guerre contre le terrorisme".

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