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Alexeï Navalny: le Nelson Mandela de la Russie ?

5 min

Par Eric Biegala

Aleksey Navalny sera-t-il le Nelson Mandela de la Russie ? C'est la question que pose Daniel Sandford, le correspondant de BBC News à Moscou après la condamnation de l'avocat-blogueur et figure de proue de l'opposition à Vladimir Poutine, à 5 ans de prison hier par un tribunal de Kirov pour détournement de fonds.En Russie, les médias proches du Kremlin, qui ont couvert le procès en ne relayant pratiquement que le point de vue de l'accusation, donnent aujourd'hui la parole à ceux qui se satisfont du verdict ; la Pravda , par exemple qui rapporte les propos du vice-président de la Douma, Igor Lebedev stigmatisant une opposition qui "crie au procès politique alors qu'il y a en Russie tous les jours des centaines de condamnations similaires qui n'occasionnent pas tout ce foin" . et la Pravda de citer également le communiqué du parti de Lebedev, qui rappelle "avoir toujours prévenu que ceux qui soutiennent l'Occident comme Aleksey Navalny finiront ou bien en prison comme Khodorkovsky, ou bien en exil comme Guzinsky, ou encore par se suicider comme Berezovsky !" Ailleurs, évidemment, la dimension strictement politique du procès ne fait pas de doute. Les diplomaties occidentales ont toutes condamné le verdict en première instance et ce matin le New York Times évoquait la possibilité que Barrack Obama ne se rende pas finalement à Moscou après la rencontre du G20 à St-Petersbourg... Dans le Christian Science Monitor , Fred Weir explique que "cette condamnation permet de comprendre clairement ce qui se passe dans la Russie de Vladimir Poutine, savoir des poursuites criminelles sélectives pilotées par une justice controllée par le kremlin pour coincer des acteurs politiques qui refusent les règles de la "démocratie cobntrôlée" ; et de rappeler que Navalny est loin d'être le premier dans ce cas, "il y a Khodorkovsky qui pourrit dans une colonie péitentiaire en Sibérie depuis 10 ans il y a le leader de gauche Udalstov qui est en résidence surveillée et le mois dernier c'est le maire de Yaroslav qui a été arrêté et poursuivi pour corruption après avoir battu aux élections municipales un candidat pro-Poutine" .Même le Kremlin semblait reconnaitre assez ouvertement qu'il s'agissait d'un procès politique, note le New York Times citant le porte parole du Comité d'Investigation Fédéral, la police chargée de l'enquête sur Navalny qui explique benoîtement que "si une personne essaie à toute force d'attirer l'attention ou si je puis dire de provoquer les autorités - "regardez moi je suis tellement mieux comparé à tout le monde" - et bien il est normal qu'on fouille dans son passé et que le processus d'enquête s'accélère" , manière de rappeler que ledit procès Navalny n'est qu'une réactualisation par le Comité d'Investigation Fédéral de vieilles accusations qu'un tribunal local n'avait pas considéré comme très solides en 2007... et que la police fédérale a jugé,elle, très sérieuses en 2012-2013, une fois Navalny devenu célèbre ! Aleksey Navalny peut-il rebondir après ce jugement en première instance ? Ce n'est pas impossible répondent les commentateurs tant russe qu'étrangers. D'ailleurs. de manière assez surprenante, la présentatrice de télévisionTina Kandelaki - très pro-poutine - écrivait hier sur son compte tweeter (suivi par plus d'un milion de followers) "je n'ai jamais cru en Navalny... mais maintenant il a du potentiel" Un ancien conseiller politique de Poutine Gleb Pavlovsky, cité par l'agence russe Interfax considère également que durant le procès, Navalny s'est comporté comme un vrai politicien. "Cela l'a renforcé l'a grandi... et cela va faire de lui un homme politique de stature nationale au lieu d'une simple célébrité sur Internet" , estime-t-il Interrogée par la BBC , Lilya Shevtsova, une analyste du Carnegie Center de Moscou explique que "l'affaire Navalny doit être considérée comme une sorte d'avertissement du Kremlin à la société russe : ça veut dire en clair, dit-elle, que cette dernière doit jouer le jeu dont les règles sont celles établies par Vladimir Poutine : m'obéir et suivre le principe d'une totale loyauté" envers le régime. Bien sûr poursuit l'analyste "les soutiens de Navalny notamment les jeunes et les internautes qui suivent son "Journal" vont se mettre en colère après cette condamnation. Navalny est en train de devenir un martyr, un nouveau Mandela, russe !" L'analyste diplomatique de la BBC Bridget Kendall considère pour sa part que "Navalny dispose encore de quelques semaines, jusqu'au procès en appel, mais une fois les possibles recours épuisées, le verdict de jeudi empêchera effectivement Navalny de concourrir dans quelque joute électorale que ce soit" ... Bref, l'avocat-blogueur qui avait ouvertement ces dernières semaines indiqué qu'il entendait un jour prendre la place de Poutine et qui déjà pensait se présenter à Moscou aux élections muncipales de cet automne est déjà politiquement moribond... du moins tant qu'il s'agira de faire de la politique classiquement, car, rappelle Bridget Kendall il pourra toujours activer son célèbre blog depuis une prison, comme le fait d'ailleurs Khodorkovsky depuis des années" .Mais l'incidence immédiate du procès Navalny se fait aussi et - peut-être surtout - sentir sur les marchés note l'agence d'information économique Bloomberg . D'ailleurs , la bourse de Moscou a plongé juste après le prononcé du verdict. "Il est important de noter, écrit l'agence dans un commentaire, que ce type de condamnation renforce encore la très mauvaise réputation de la Russie du point de vue des entrepreneurs et des investisseurs ; pour condamner Navalny la cour de Kirov a du interpréter comme un vol pur et simple ce qui était une transaction commerciale classique avec à la clef une plus-value faite par l'une des deux entreprises en lice ; et le prix payé à l'une par l'autre était celui du marché. Cette décision, écrit encore l'agence, donne aux autorités corrompues partout dans le pays un nouvel outil pour exiger davantage de pots-de-vin aux entreprises. Elle signifie que ces entreprises devront payer... sinon on mettra leurs dirigeants en prison, parce qu'ils auront fait un bénéfice !"

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