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All right, good night.

5 min

Par Thomas CLUZEL

Eh bien bonne nuit, "all right good night », voilà donc les derniers mots adressés aux contrôleurs aériens enregistrés depuis le cockpit du Boeing de la Malaysia Airlines, disparu le 8 mars dernier, 38 minutes seulement après son décollage. Or ces quelques mots, contraire aux procédures habituelles du contact radio, qui veulent que le pilote lise les instructions pour contacter la prochaine tour de contrôle et donne l’indicatif de l’appareil, intriguent évidemment aujourd'hui les enquêteurs car ils coïncident à quelques minutes près avec la désactivation volontaire des systèmes permettant de communiquer avec l'appareil et de le localiser sur les radars.

Ainsi, non seulement le caractère informel de la phrase lancée aux contrôleurs aériens mais aussi le moment choisi pour la prononcer, alors que l’appareil quittait l’espace aérien malaisien, renforceraient donc l’hypothèse d’un détournement ou d’un sabotage de l’avion. Quoi qu'il en soit, depuis hier précise LE TEMPS de Genève, les enquêteurs étudient à la loupe cet enregistrement pour déceler la moindre trace de stress psychologique et déterminer l’identité de celui qui prononce ces mots car cette information pourrait se révéler capitale, pour établir qui contrôlait l’appareil au moment où il a disparu des écrans radars.

Hier soir, le PDG de la Malaysia Airlines a déclaré que les investigations préliminaires suggéraient que c’est le copilote qui parlait. Mais que faut-il pour autant en déduire ? Difficile à dire, d'autant que la piste privilégiée de la responsabilité des pilotes ne fait pas aujourd'hui l'unanimité. Les deux hommes n'avaient pas demandé à travailler ensemble sur ce vol et rien lors de la perquisition de leurs domiciles et l'examen de leur passé ou de leurs fréquentations ne semble permettre pour le moment de les incriminer.

Quoi qu'il en soit et même si il y a quelques jours encore, l'hypothèse par défaut était que l'avion s'était écrasé, à présent précise le magazine SLATE, il semble peu probable qu'un complot aussi ingénieusement planifié et prudemment exécuté que celui-ci n'ait pas compris un plan pour une arrivée sain et sauf à la destination finale. Désormais, un scénario de prise d'otages fait notamment partie des hypothèses. Mais si l'avion a atterri en toute sécurité et que les passagers n'ont pas été tués alors pourquoi n'avons-nous pas entendu parler de demandes de rançon ? Peut-être les auteurs pourraient être en train de couvrir leurs traces, ou ils pourraient être en train de laisser les médias se déchaîner. A moins que l'objectif final ne soit de réutiliser l'avion comme une énorme bombe volante, avec pourquoi pas les otages à l'intérieur.

En attendant, le premier ministre malaisien, lui, se veut rassurant : en dépit de tout ce que rapportent les médias sur le fait que l'avion aurait été détourné, dit-il, nous étudions toujours toutes les possibilités qui ont pu conduire le vol MH370 à dévier de sa trajectoire initiale.

Dans l'hypothèse où quelqu'un aurait pu prendre le contrôle de l'appareil et aurait réussi à le faire atterrir, dès-lors des questions concrète se posent : où, et comment ? A partir des informations reproduites dans le WALL STREET JOURNAL et le magazine SLATE, les journalistes de la radio américaine WNYC ont établi une liste des aéroports et des pistes d’atterrissages susceptibles d'avoir pu être utilisées par un pilote aux commandes du Boeing 777. Ils ont recoupé les coordonnées des pistes recensées avec les données suivantes : une longueur d'au moins 5000 pieds, soit 1500 mètres, ce qui correspond à la distance minimale pour faire atterrir un Boeing 777 et un rayon de 2 200 miles soit 3340 kilomètres autour de la dernière position connue de l'appareil. Ce qui donne 634 possibilités, entre l'Inde, le Japon et l'Australie, étant entendu que cette carte exclut évidemment toutes les zones en dehors des aéroports où un Boeing 777 a la capacité d'atterrir, c'est à dire n'importe quelle route ou zone plate d'une longueur d'au moins 1,5 km avec par exemple de la terre compactée. Ce qui laisse, évidemment, beaucoup de possibilités, sur les 5 millions de km2 que comportent les deux nouveaux couloirs prioritaires de recherche, selon le NEW YORK TIMES.

En attendant d'en savoir davantage, le Courrier International remarque pour sa part que la presse chinoise mais aussi de nombreux sites d'opposition soulignent d'ores et déjà les ratés de Kuala Lumpur dans l'enquête pour retrouver la trace du vol MH370 de Malaysian Airlines. La Malaisie est-elle apte à diriger les recherches, interroge notamment le SOUTH CHINA MORNING POST, le journal qui reproche les réponses évasives des autorités malaisiennes lesquelles ont fait perdre un temps précieux. Les différents états-majors ont tardé, dit-il, à partager leurs informations pour des raisons de sécurité et par peur de divulguer des secrets militaires. Car l’avion avait disparu au-dessus de la mer de Chine méridionale, un territoire très fortement disputé et sans doute surveillé de près par de nombreux radars militaires. Or il est difficile d’imaginer que ces pays n’aient pas repéré le signal de l’avion après sa disparition des radars civils

Et puis la presse malaisienne d’opposition n’est pas en reste pour demander des comptes aux autorités. The MALAYSIAN INSIDER cite notamment un parlementaire d’opposition qui souligne l’incurie de l’armée de l'air dans cette affaire, incapable de vérifier l’identité de l’avion qui a traversé la péninsule le matin du 8 mars, quelques heures après la disparition du vol MH370. D'où la conclusion du journal qui sous-entend que le gouvernement du Premier ministre utiliserait désormais cette affaire à des fins de politique intérieure.

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