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Angela Merkel chancelière

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Ce matin et bien toute la presse européenne salue l'arrivée d'Angela Merkel au poste de chancelière. C'est une fille !!! titre le quotidien allemand TAGES ZEITUNG, avec on imagine la tête tout juste sortante de ce nouveau né enfin révélé après trois semaines d'un accouchement pour le moins difficile. Accouchement au forceps donc mais signe malgré tout d'une bonne nouvelle pour le journal puisque la démocratie fonctionne dit-il. De façon pragmatique, normale et bien plus efficace que on ne le prétend. Après les élections, beaucoup d'observateurs avaient dépeint une image de chaos remarque le journaliste. Et au final les partis ont été malgré tout plus intelligents et ont fait ce qui était possible. CDU et SPD sont chacun conscient de leur responsabilité renchérit le quotidien conservateur DIE WELT. Ils sont voués au succès. L'Union chrétienne pourra s'atteler de son côté à sauver son agenda de réformes. Et les sociaux démocrates pour leur part devraient se rappeler que leur chancelier était monté sur le ring avec l'ambition avant toute chose de poursuivre ses réformes. La stabilité et la recherche du compromis c'est aussi l'analyse ce matin de l'éditorialiste du journal suisse LE TEMPS. Une fois de plus écrit-il ce qui force l'admiration et bien c'est de constater qu'au-delà de la concurrence féroce que se livrent les deux plus importants partis, la raison et le sens de l'Etat l'emportent sur les jeux politiciens et les calculs partisans. Un optimisme que ne partage pas en revanche son confrère de LA TRIBUNE DE GENEVE. La grande coalition explique-t-il porte en elle les miasmes qui caractérisent les alliances de circonstances. Et le journaliste d'asséner sans concession, elle sera instable, fragile et vouée sans doute à une existence abrégée. Et c'est effectivement là que se noue toute l'ambiguïté de la nomination hier d'Angela Merkel. Car si personne ne doute que cette coalition ne doit rien au mariage d'amour la plupart des quotidiens européens s'interrogent ce matin sur la question de savoir si le vainqueur officieux ne serait pas en quelque sort le perdant officiel. La question ne fait d'ailleurs aucun doute pour le journal allemand BERLINER ZEITUNG qui titre la chancelière plumée. Et l'article se poursuit ainsi, les sociaux-démocrates sont sortis en vainqueurs stratégiques. La mise à l'écart de Gerhard Schröder a rapporté un bon rendement. Son parti siègera au gouvernement avec autant de députés que la CDU. Huit ministères, ce n'est pas mal pour le partenaire minoritaire d'une grande coalition renchérit la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Le SDP obtient le ministère des affaires étrangères un poste généralement voué à la popularité. Avec le Travail et la Santé, et bien les sociaux-démocrates s'assurent également les plus grands domaines sociaux. Autrement dit au sein de ce gouvernement, le SPD pourra assumer le rôle de conscience sociale, et jouer au défenseur des « petites gens ». Alors c'est vrai relativise l'éditorialiste de la ZUDDEUTSCHE ZEITUNG, les sociaux démocrates ne choisiront plus aucun des grands représentants du pays. Le président allemand est issu des rangs de l'Union chrétienne. Le président de la cour constitutionnelle est un conservateur. Et viennent donc encore s'ajouter à cela une chancelière et un président du parlement issus eux aussi de la CDU. Le problème souligne son confrère de la TAGESZEITUNG c'est qu'Angela Merkel ne devient chancelière que parce qu'elle a renoncé à presque tout ce qu'elle réclamait sur le plan politique. Il n'y aura pas de forfait unique par personne pour la santé. Pas de réforme fiscale radicale. Pas de baisse de l'autonomie des partenaires sociaux. Pas plus qu'il n'y aura d'ailleurs davantage de politique étrangère proaméricaine. Alors le journaliste pose cette question ce matin. Aura-t-on la politique de Schröder sans Schröder ? Quoi qu'il en soit dit-il cette coalition sera un gouvernement Merkel sans politique de Merkel. Gerhard Schröder a manoeuvré avec habileté estime lui aussi l'éditorialiste espagnol d'El PAIS quand son confrère britannique du TIMES, affirmatif, titre pour sa part : la nouvelle coalition allemande condamnée. Angela Merkel a certes pris l'avantage. Un avantage pleinement justifié électoralement parlant remarque le journaliste. Elle est ainsi devenue logiquement la première chancelière allemande. Mais à quel prix. Son parti verra son pouvoir reposer sur des ministères aussi légers que ceux de l'agriculture et de la famille. A l'inverse, confortablement installé aux ministères du travail et des finances le SPD, poursuit la plume cynique du journaliste, pourra saborder efficacement les réformes proposées par le conservateur Edmund Stoiber au ministère de l'économie. Alors dans ces circonstances s'interroge l'éditorialiste du TIMES, la toute nouvelle chancelière aura-t-elle les moyens d'initier les réformes nécessaires à l'économie de son pays, elle qui en a fait précisément son cheval de bataille. Alors c'est vrai le journaliste concède, une coalition stable peut fonctionner sans conflit fatal pendant quelques mois. Le SPD sera d'ailleurs sans doute soucieux dans un premier temps de faire montre de maturité et de responsabilité. Seulement voilà poursuit l'éditorialiste, une fois l'alternance ancrée dans les esprits, et bien les sociaux démocrates pourront être tentés de se fondre à nouveau dans une politique populiste. Les tractations reprendront de plus belles chacun des deux partis s'empressant comme ils viennent précisément de le faire de flatter les électeurs pour affirmer sa légitimité sur l'autre. Un retour direct autrement dit à la case départ.

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