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Après le drame de Lampedusa, que peut faire l'Europe ? la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Après le drame de Lampedusa, l'Europe repense sa politique d'immigration concernant les réfugiés avec une réunion très attendue aujourd'hui des ministres européens de l'Intérieur et très attendue notamment des commentateurs de la presse, qui tous voient dans cette catastrophe, le symbole de l'impitoyable politique de retranchement sur elle-même de l'UE et appellent à la mise en place d'une législation plus humaine et plus solidaire sur le droit d'asile. En clair, toute la presse reproche aujourd'hui à l'Europe d'avoir trop longtemps fermé les yeux sur la mort qui endeuille ses frontières et l'enjoint désormais à intensifier la coopération avec les pays d'origine des fugitifs.

Dans notre malheur, c’est vrai que des évènements tragiques sont parfois nécessaires pour donner lieu à des prises de décision. Mais le risque, s'inquiète aussitôt le quotidien lisboète DIARIO DE NOTICIAS, c'est que dans certains cas, pour faire suite à un drame, on se contente de faire une simple annonce qui sera aussitôt oubliée. Et Lampedusa, baptisée le "canal de la mort", relève justement de cette catégorie. Pour preuve, poursuit l'article, on estime à plus de 8.000 le nombre des réfugiés africains morts par noyade depuis 1990, en tentant de traverser la Méditerranée pour rejoindre l'Europe.

Qu'en sera-t-il aujourd'hui ? Des mesures d'urgence efficaces seront-elles adoptées ou bien se contentera-t-on d'exprimer son indignation, comme le craint le journal de Lisbonne ? Pour son confrère de Copenhague KRISTELIGT DAGBLAD, les moyens dont dispose la politique en matière de réfugiés sont quoi qu'il en soit insuffisants et ils ne permettront pas d'éviter les catastrophes. Et d'ajouter, personne, dit-il, ne devrait se laisser bercer par l'illusion que l'Europe puisse résoudre les problèmes de l'Afrique, notamment, en lui ouvrant ses frontières. En clair, l'Europe ne saurait être tenue pour responsable du drame du naufrage de réfugiés au large de l'île de Lampedusa, même si par ailleurs, reconnaît le journal, personne ne peut reprocher à des gens originaires d'Afrique du Nord, pauvre et surpeuplée, de se mettre en route vers l'Europe.

A ceci près toutefois, nuance son confrère de Vienne WIENER ZEITUNG, que la politique actuelle revient à essayer de compliquer pour les réfugiés, la tâche de gagner l'Europe. L'Europe érige une palissade autour d'elle, elle ferme ses frontières. Bien sûr, elle a le droit de déterminer, elle-même, sa politique d'immigration et de n'accorder l'asile qu'aux personnes qui y ont véritablement droit. Sauf que la tragédie de Lampedusa a prouvé, une fois de plus, l'inefficacité de cette politique et les conséquences fatales qu'elle peut avoir. Des frontières hermétiques ne sauvent pas de vies humaines, car ceux pour qui un voyage sur une embarcation de bois, à destination de Lampedusa est le dernier espoir, l'entreprendront, coûte que coûte, pour périlleux qu'il puisse être.

Dès-lors, que faire ? Pour éviter les drames tels que celui qui s'est produit à Lampedusa, le FINANCIAL TIMES appelle lui l'Union Européenne à un travail commun avec les pays d'origine des réfugiés. L'UE, dit-il, devrait essayer d'établir des partenariats sur le problème de l'émigration avec ces pays mêmes dont proviennent les réfugiés. Ce n'est évidemment pas chose aisée, compte tenu, notamment, des piètres gouvernements des Etats en question, rappelle journal. Mais une action commune est essentielle, qu'elle prenne la forme de mesures sévères à l'encontre des passeurs ou de l'autorisation d'une migration contrôlée vers l'Europe de travailleurs qualifiés.

Autre solution, défendue par son confrère du journal finnois ILKKA, cité par Eurotopics, réduire la différence de niveau de vie entre l'Europe et l'Afrique. C'est le seul moyen, dit-il, de contenir le flux de personnes qui s'embarquent dans la périlleuse aventure vers le Nord. Car les criminels, comprenez les passeurs, profitent justement du fossé qui existe entre l'Europe et l'Afrique en termes de richesse. Et indépendamment du fait qu'il faille bien entendu réprimer cette criminalité, il faut aussi combler ce fossé et permettre, notamment, aux femmes et aux filles d'accéder à l'éducation. C'est là un élément clé pour lutter contre cette pauvreté.

Enfin de compte, résume pour sa part IL SOLE en Italie, le drame des réfugiés devrait avant tout enseigner la solidarité à l'Europe. Car la tragédie des personnes qui fuient les régions en guerre ou les purifications ethniques, voire seulement une misère endémique, est un problème mondial. La géographie de la mort, dit-il, est aujourd'hui mondiale. Et même s'il n'existe pas de solution miracle à un pareil drame, on peut au moins en tirer des enseignements. L'Europe, écrit encore le journal, doit comprendre que l'appartenance à la maison européenne commune est plus qu'un concept utile pour rappeler à l'ordre les Grecs, les Espagnols et les Italiens, quand ils gèrent mal leur budget. Un concept communautaire implique aussi la solidarité des pays européens entre eux, une solidarité nécessaire face aux personnes qui essaient d'échapper à une misère, que la majorité d'entre nous ne sauraient imaginer.

En attendant, épuisée par la surdité des autorités européennes, la maire de Lampedusa a envoyé une lettre à l’Union européenne, dans laquelle elle pose cette question : "Quelle taille le cimetière doit-il atteindre sur mon île ?"

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