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Au Nigeria, bonne chance à la guerre contre la bête immonde

4 min

Par Thomas CLUZEL

Manifestation anti-Boko Haram
Manifestation anti-Boko Haram Crédits : Afolabi Sotunde - Reuters

C'était lundi dernier, trois minutes à peine après que le meeting du président nigérian Goodluck eut commencé, deux femmes se faisaient exploser dans un vacarme énorme, tuant deux personnes sur le champ et faisant de nombreux blessés. Et le stade qui abritait le meeting politique du parti présidentiel en frémit encore, précise le site GUINEE CONAKRY INFO. Mais plus encore, cet attentat, lequel n'a toujours pas été revendiqué même s'il semble porter l'horrible signature de Boko Haram sonne évidemment comme un avertissement au président en campagne pour les présidentielles qui se tiendront dans une dizaine de jours. Autrement dit et parce qu'on ne peut douter que celui qui était visé dans cette attaque était bien le président lui-même, Goodluck n'a jamais aussi mal porté son nom. La guigne de Goodluck, c'est d'ailleurs le titre de cet article qui précise : si la stratégie du pouvoir ne change pas rapidement, il en sera longtemps ainsi.

Reste que cet attentat, comme celui perpétré la veille contre un poste de contrôle militaire pourrait tout aussi bien être analysé comme une action désespérée des obscurantistes islamistes, après leur récente déroute dans plusieurs localités du pays. Et ce notamment grâce aux assauts cumulés de l’armée loyale nigériane, mais aussi à la solidarité militaire qui unit désormais les 3 pays voisins. Une solidarité saluée par de nombreux éditorialistes, à l'instar du site d'information FASOZINE lequel se réjouit : vivement, dit-il, que la belle offensive des alliés permette de porter l’estocade à Boko-Haram. Pour son confrère du journal burkinabé LE PAYS, ce ne serait peut être plus qu'une question de temps. Car même si les islamistes sont aujourd'hui encore sur tous les fronts, leur attitude, écrit le journal, ressemble davantage à celle d’un naufragé qui convaincu qu’il n’a plus rien à perdre se décide à donner des coups de poings aux torrents d’eau, en attendant l’heure du dernier souffle.

Et de fait, la peur semble avoir changé de camp. Mais attention, prévient aussitôt le journal, car si les assauts tous azimuts lancés par la secte islamiste ressemblent bien plus à présent à des actes de désespoir qu’à de hauts faits d’armes, il convient de maintenir la pression, ce qui requiert notamment la franche collaboration de la population, laquelle tout en étant la première victime des islamistes leur fournit aussi souvent gîte et couvert toute chose qui, bien entendu, rend difficile la tâche aux forces en présence. Sans compter que le risque d’enlisement ne serait pas à exclure, en particulier parce qu’excédée par les bavures meurtrières, la population pourrait également se montrer hostile aux troupes étrangères et exiger leur départ du Nigeria.

Et puis l'autre motif d'inquiétude vient de ce qu'au-delà des régions visées par la secte Boko Haram au Nigéria, on doit également faire face désormais à la réalité de la menace sur toute la région sahélienne. De sources sécuritaires, précise le site MALIWEB, l’organisation islamiste nigériane n’aurait pas seulement pour ambition de s’imposer dans le Nord du Nigeria ou du Cameroun mais elle aurait aujourd’hui dans son collimateur tout le Sahel, si ce n’est déjà fait puisque les services de renseignement de l’ONU viennent d’évoquer l’existence d’un camp d’entraînement de Boko Haram dans le Nord du Mali. Pour le moment, on peut se consoler du fait que les chefs de Boko Haram continuent de croire que le Mali étant une terre de l’islam, il ne peut pas y avoir de djihad sur cette terre. Mais pour combien de temps encore ? L’inquiétude est loin d’être dissipée.

Pas de guerre-éclair
Néanmoins, depuis quelques jours l'heure semble plutôt à l'espoir d'en finir avec la secte terroriste qu’à la résignation. Tout d'abord parce que le souverainisme sourcilleux du président Goodluck est désormais en veilleuse, reprend le site GUINEE CONAKRY INFO. En clair, le temps de la tergiversation nigériane semble révolu, sous la dynamique militaire des fantassins venus du Tchad et du Cameroun. Les combats sont engagés et des brèches s’ouvrent à présent à ces troupes résolues à liquider les terroristes islamistes. Les forces tchadiennes et camerounaises ont notamment repris la ville de Gambaru, précise la BBC, délogeant ainsi Boko Haram qui en avait fait une de ses places fortes.

Sauf qu'évidemment ce combat ne sera pas une guerre-éclair. Il sera rude, il faudra du courage, du temps mais aussi de l’argent pour réussir à extirper la bête immonde. Sans compter renchérit L'OBSERVATEUR PAALGA, que la mobilisation internationale semble doper aujourd'hui les terroristes. Il y a quelques jours, la ville de Michika est tombée à son tour dans l’escarcelle de Boko Haram, comme si plus rien ne pouvait satisfaire l’appétit expansionniste de la pieuvre salafiste. Et puis dimanche, la secte islamiste a lancé une nouvelle offensive contre Maïduguri, la capitale de l’Etat de Borno au nord-est du pays, une ville proche du Cameroun et du Tchad et qui constitue le berceau de Boko Haram.

En d'autres termes, la chute de Maiduguri aux mains des islamistes représenterait une énorme défaite pour les forces de sécurité, critiquées pour leur gestion de la crise. Car tant qu’ils mènent des enlèvements et font des attentats, on peut comprendre que les forces nigérianes soient impuissantes face à cette guerre asymétrique. En revanche, écrit le journal, on a du mal à comprendre qu’un grand Etat comme le Nigeria ne puisse pas tenir la dragée haute devant une escouade d’enguenillés, soient-ils suréquipés comme certains le pensent.

Et d'en conclure, pourvu que le président Goodluck, lequel vient d’échapper à un attentat se réveille enfin, lui qui ne semble plus préoccupé que par sa réélection, alors que son mandat aura surtout servi à montrer toute l’étendue de son incapacité à vaincre le fléau salafiste.

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