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Avis de gros temps en mer de Chine

5 min

Par Eric BIEGALA

A provocateur, provocateur et demi... C'est à ce petit jeu que se livrent navires et avions en mer de Chine depuis une petite semaine.Premier acte vendredi lorsque la Chine annonce qu'elle établit dorénavant une zone d'identification aérienne en mer de Chine orientale et méridionale... zone dans laquelle tous les appareils doivent s'identifier clairement auprès de Pékin faute de quoi des "mesures de défense urgentes" pourront être prises. En clair : tout appareil non identifié pourrait être araisonné, voire abattu.Problème : cette zone d'identification chinoise va bien au delà des eaux territoriales chinoises... Pire : elle recouvre l'archipel des Senkaku (que les Chinois appellent "Diaoyu") : 5 rocs inhabités tout au sud de l'archipel japonais, 5 îles administrés par le Japon depuis 70 ans mais que Pékin revendique."La tentative de Pékin de changer le statu quo en Mer de Chine est absolument inacceptable" écrivait en titre de son éditorial le Yomiuri Shimbun de Tokyo hier matin." Si la déclaration d'une zone d'identification aérienne n'a rien en soi d'exceptionnel, précise le grand quotidien japonais - et c'est vrai que le Japon dispose de sa propre zone d'identification dans la région - le problème est que la zone chinoise inclue une partie de l'espace aérien japonais autour des îles Senkaku. On pourrait parfaitement voir les chasseurs des deux pays se retrouver face à face... le danger est réel" note le Yomiuri Shimbun , qui demande d'ailleurs que l'escadre de chasseurs F15 japonais de la base de Naha soit incessament renforcée pour faire face, le cas échéant...Mais le quotidien précise aussi et surtout que la zone chinoise est un test, "un défi pour l'alliance entre le Japon et les Etats-Unis" et se rassure de ce que le secrétaire américain à la défense Chuck Hagel ait réitéré les engagements américains à défendre le Japon, y compris autour des îles Senkaku... Joignant pour ainsi dire le geste à la parole, les Américains envoyaient hier deux bombardiers stratégiques B52 se promener dans la fameuse zone chinoise, sans en avertir aucunement Pékin, mais en le faisant savoir Urbi et Orbi... Aucune réaction chinoise en réponse, du moins militaire... Le ministère de la défense faisant simplement savoir qu'il avait bien "vu" les deux bombardiers et qu'ils avaient été "surveillés" rapporte le South China Morning Post ..."Washington réagit de manière excessive" , écrit pourtant l'agence Chine Nouvelle dans un éditorial... "des zones d'identification aériennes ont été décrétés par les Etats-Unis et le Japon dans les années 50 et 60... il n'y a aucune raison de blamer la Chine parce qu'elle fait pareil. Et puisque les iles Diaoyu sont une partie inéhrente du territoire chinois, Pékin à parfaitement le droit d'avoir une zone de défense aérienne qui couvre ces îlots". Ailleurs dans les médias Chinois le ton était nettement moins amène.Une "action criminelle, irresponsable et parfaitement stupide" écrit le site Asia Time On Line ... en réference au périple des deux B-52 "premièrement, imaginez que les Chinois ait descendu les deux bombardiers américains et bien quoi ? Que ce serait-il passé ? les Américains, qui n'ont même pas eu le cran de frapper l'Iran ou la Syrie auraitent-ils attaqué la Chine ?" demande le blogueur The Saker sur Asia Time ... "et pour être certains de bien faire honte à la Chine, les Américains se sont dépéchés de moquer Pékin qui n'a pas pris la moindre mesure contre les deux avions", poursuit-il ; "il faut ne rien connaitre de l'Asie pour croire qu'on peut faire perdre la face à une superpuissance comme la Chine sans en payer le prix. Pour une telle humiliation, les Chinois vont vous faire payer très cher" pronostique le blogueur à l'adresse de Washington. L'agence Chine Nouvelle câble également quelques dépêches de son correspondant à bord du Liaoning , le porte avion chinois, qui vient juste de passer le détroit de Formose et donc d'entrer en mer de Chine Orientale... une mission "scientifique et d'entrainement", assure le correspondant de l'agence, embarqué à bord du bâtiment qui est escorté de deux destroyer et de deux frégates lance-missile... et le corresopndant de citer le commandant de la flotille chinoise pour qui ce périple "est destiné à maintenir le plus haut degré de vigilance concernant les navires et avions étrangers évoluant dans la zone" . De l'autre côté du Pacifique, à Washington, on fait surtout valoir que le prochain périple du vice-président américain Joe Biden en Asie, prévu la semaine prochaine, risque d'être cahoteux..."La dispute a pris le tour d'un dangeureux face à face entre la seconde et la troisième économie du monde écrit le New York Times , un tour qui précipite un leader japonais conservateur, Shinzo Abe contre un président chinois, Xi Jinping lequel surfe sur une vague nationaliste dans son pays.La symbolique des B52 évoluant, sans avoir prévenu quiconque, dans la zone d'identification chinoise évite à Joe Biden d'avoir à jouer des muscles... note encore le New York Times , mais il devra tout de même être parfaitement clair avec Xi Jinping quant à ce que pensent les Etats-Unis. Et les tensions ne sont sans doute pas prêtes de s'apaiser explique encore le quotidien... alors que le porte-avion Chinois avance vers la mer de Chine méridionale, en mer de Chine orientale ce sont les flottes américaine et japonaise qui doivent se rejoindre pour des exercices communs prévus depuis longtemps... Avec une telle puissance de feu réunie dans des eaux aussi contestées il y a un vrai danger d'erreurs de jugement de part et d'autre... Si les risques de guerre sont encore assez faibles prévient finalement le New York Times , des incidents pourraient bien pousser les dirigeants des deux pays dans leurs retranchements, les "acculer" à l'affrontement... Un membre du comité central du PC chinois confiait d'ailleurs il y a quelques semaines au correspondant du journal japonais Asahi Shimbun que, compte tenu de la ferveur nationaliste qui prévaut aujourd'hui en Chine, le tout nouveau gouvernement de Xi Jinping tomberait immédiatement au moindre compromis sur la question des îles.

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