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Bibi plus fort que les sondeurs

4 min

A la surprise des commentateurs, le Premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu a déjoué hier tous les pronostics.

An Israeli man stands on a railing behind a Likud campaign banner that depicts Israel's Prime Minister Benjamin Netanyahu
An Israeli man stands on a railing behind a Likud campaign banner that depicts Israel's Prime Minister Benjamin Netanyahu Crédits : Baz Ratner - Reuters

Le Likoud arriverait en tête des élections avec près de 24% des voix, selon des résultats préliminaires, contre 19% pour la liste Union sioniste, le cartel formé du parti travailliste et des centristes. Et si la Commission n'a pas encore précisé ce que cela représentait en termes de sièges à la Knesset, la radio publique israélienne, elle, a déclaré que les pourcentages représentaient 29 sièges pour le Likoud et 24 pour l'Union sioniste. En d'autres termes, aussi serrées que soient ces projections, Benjamin Netanyahu, au pouvoir depuis mars 2009, semblerait le mieux placé aujourd'hui pour être appelé par le président à former un gouvernement.

D'où cette question : pourquoi les électeurs israéliens ont-ils bousculé toutes les spéculations pré-électorales ? Tout d'abord, en Israël, les sondeurs se sont toujours trompés dans leurs prévisions, explique le magazine SLATE et ce alors qu'ils sont pourtant censés pouvoir mieux appréhender la situation, dans un système électoral fondé sur la proportionnelle intégrale avec une seule circonscription.

Autre hypothèse, il semble que les médias se soient montrés plus hostiles, plus agressifs et plus méchants envers Netanyahu au cours de cette campagne qu’envers n’importe quel autre Premier ministre, remarque pour sa part le quotidien YEDIOT AHARONOT cité par le Courrier International. Et pourquoi ? Probablement en raison d'une lassitude générale. Or les journalistes sont généralement les premiers à se lasser : ils sont accros au renouvellement et au changement. Un quart de siècle durant, Netanyahu a été ministre des Finances, ministre des Affaires étrangères, puissant chef de l'opposition et au cours des six dernières années Premier ministre. Or qu'un seul homme domine aussi longtemps la politique d'un Etat démocratique n'est pas sain et même dangereux, écrivait encore récemment le HANDELSBLATT de Düsseldorf. Ou dit autrement selon THE TIMES à Londres, le Premier ministre sortant ne méritait pas d'obtenir un mandat supplémentaire.

Autre explication possible, le système politique israélien. Il fonctionne selon la logique des blocs, note LE TEMPS de Genève. Or même si Benyamin Netanyahou accuse une certaine usure du pouvoir, les partis satellites et ultra-orthodoxes composant le «bloc de droite» restent majoritaires. Et d'ailleurs, bon nombre de chroniqueurs estiment que même si Netanyahou ne parvenait pas à créer un cabinet très à droite, soutenu par une courte majorité à la Knesset, il tenterait quoi qu'il en soit de créer un gouvernement d’union nationale. Alors certes, il avait promis durant la campagne qu’il ne ferait jamais cela. Mais qui se souviendra de ses propos d’ici quelques jours? Dans le monde politique israélien, les engagements pris en période électoral sont oubliés au soir du scrutin. Et les résultats électoraux d'hier démontrent que tout est possible dans ce pays, même l’inimaginable ou l’inattendu.

Mais plus encore, si le Premier ministre israélien sortant a déjoué tous les pronostics, c'est qu'il a utilisé tous les artifices pour dramatiser la situation, comme sa décision, par exemple, de prononcer un discours au Congrès américain pour s’affirmer en tant que seul défenseur d’Israël, avec l’espoir de ramener à lui les déserteurs du Likoud, ou bien encore ses propos martiaux contre la création d'un Etat palestinien. Hier encore, à quelques heures seulement de la fermeture des bureaux de vote, Netanyahu a même tenté le tout pour le tout en postant un message vidéo sur Facebook, où on le voit, mal éclairé en plan fixe, devant un drapeau israélien et un mur sur lequel est accrochée une carte du Moyen-Orient. THE NEW YORK TIMES, qui a repéré cette vidéo, explique que Benjamin Netanyahu «avertit que "la droite est en danger" et que "les électeurs arabes arrivent en masse aux bureaux de vote", avec des groupes de gauche "qui les amènent en bus."» Avant de finir son discours par ces mots : «Avec votre aide et l'aide de Dieu, nous formerons un gouvernement national et protégerons l'Etat d'Israël.» Une opération de com' visiblement réussit à en croire les premiers résultats.

Mais après tout, précisait encore récemment le journal conservateur WELT AM SONNTAG, peu importe qui remportera ces élections, car l'issue du scrutin pourra tout au plus entraîner une légère baisse du prix du yaourt dans les supermarchés. Et pour tout le reste, rien ne changera, l'équilibre précaire persistera. Et pourquoi ? Réponse à nouveau du magazine SLATE : parce que les leader charismatiques, les monstres politiques n’existent plus, ceux qui arrivent à remuer les foules, ceux qui parviennent à s’opposer aux clivages entre la droite et la gauche, ceux qui rassemblent au-delà de leur camp, ceux qui arrivent à redonner un idéal à une population qui sombre dans le matérialisme et l’égoïsme.

Par Thomas CLUZEL

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