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Boko Haram construit son "califat" au Nigéria

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PAR LUDOVIC PIEDTENUL'armée nigériane est "en déroute ".L'armée de la première économie du continent africain est "malmenée par des adeptes de la secte Boko Haram " pouvait-on lire hier matin dans les quotidiens Le Jour et Le Messager au Cameroun."700 soldats nigérians " expliquent à la Une ces deux journaux (500 selon d'autres sources) "ont migré à l'extrême nord du Cameroun aux côtés de plusieurs milliers de civils ".Et cette fuite n'est pas de quelques kilomètres mais d'une centaine jusqu'à la capitale régionale Maroua, le quotidien Le Jour a photographié un blindé nigérian dans la ville voisine de Gazawa.Citée par l'Agence France Presse , l'armée nigériane affirme "qu'il ne s'agissait pas d'une fuite mais d'une manoeuvre tactique à travers la frontière ".Trois jours plus tard, ces soldats sont revenus au Nigéria.Pour de nombreux éditorialistes, c'est un épisode désastreux de plus dans ce combat, cette lutte contre les islamistes de Boko Haram.Le journaliste du Khaleej Times à Dubaï estime que cela "illustre bien la magnitude de la peur (...) complétée, écrit-il, par l'enlèvement il y a quatre mois de plus de 200 jeunes filles. La mobilisation internationale n'a pas été en mesure de sauver ces pauvres âmes, poursuit-il. Même un sommet à Paris n'a pas empêché la création d'un Etat dans l'Etat ".Cette partie du nord-est du Nigéria, le long de la frontière camerounaise, près du Lac Tchad où chaque ville prise par les insurgés est désormais placée sous le règne du "califat islamique".Expression employée pour la première fois dimanche dernier dans une vidéo par le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau.Evidemment, cela fait penser à la déclaration fin juin d'Abou Bakr Al-Baghdadi, qui s'est dit "calife" des territoires contrôlés par l'Etat Islamique en Irak et en Syrie.L'Africain Abubakar Shekau, dans une vidéo postée cette fois au mois de juillet, l'avait appelé son "frère".L'un inspire donc l'autre, sans allégeance et sans lien.Sur le site SaharaReporters depuis New-York, on estime que cette nouvelle vidéo, une façon de faire, une façon de comminquer régulière pour Boko Haram, est "la plus horrible ". Elle dure une quarantaine de minutes. "On y voit des scènes de carnage perpétrées par ces combattants contre des civils. Ce film montre aussi des soldats nigérians fuyant à l'approche des insurgés " souvent lourdement armés.Dans le Daily Mail , outre-Manche, on peut lire: "dans cette vidéo, des prisonniers allongés sur le sol sont exécutés d'une balle dans la tête ".C'est la même horreur que dans les vidéos de l'Etat Islamique en Irak.SaharaReporters traduit les propos du chef de la secte : "Nous sommes un califat islamique. Nous n'avons rien à voir avec le Nigéria. Nous ne croyons pas en ce nom. ""Abubakar Shekau promet que son groupe continuera d'attaquer pour atteindre un plus grand contrôle territorial ."D'ailleurs, "cartographier les zones précises tombées dans les mains des islamistes est presque impossible " affirme le Daily Mail en Grande-Bretagne.C'est la même stratégie que l'Etat islamique en Irak.La presse, citant des experts, fait remarquer que ce groupe a changé de tactique ces dernières semaines. Il est passé d'actions de guérilla avec des raids éclairs ou des attentats à une logique de conquête territoriale."Mais beaucoup de chercheurs estiment néanmoins, précise le Daily Mail , que les militaires ont encore la capacité de contrer l'avance des insurgés. "Ces militaires nigérians qui sont censés être appuyés depuis plusieurs semaines par des drônes américains ou quelques dizaines de soldats déployés au Tchad par Washington ou Paris.Dans cette vidéo, Abubakar Shekau, explique SaharaReporters , "fustige ces Etats " : "Qui est l'Amérique aux yeux d'Allah ? Qui est l'Amérique aux yeux d'Allah, insiste-t-il. Qui est Israël aux yeux d'Allah ? Qui est la France aux yeux d'Allah ? "Enfin, sur ce sujet Boko Haram ce matin dans vos journaux, il faut aller au Cameroun pour apprendre l'enlèvement par la secte de l'intermédiaire qui avait servi à libérer la famille française Moulin-Fournier, c'était en avril 2013. La libération des 7 membres de cette famille. Idem pour la libération en début d'année d'un autre français, le père Georges Vandenbeusch.Le principal négociateur camerounais dans cette affaire, le député Abba Malla est donc porté disparu depuis une semaine.Il était l'un des rares hommes à entretenir des contacts réguliers avec le leader de Boko Haram, Abubakar Shekau."Comme si ce dernier voulait régler ses comptes " estime le journal L'oeil du Sahel qui est "en mesure d'affirmer qu'Abba Malla est désormais un "invité" dans le jargon des djihadistes, en d'autres termes un prisonnier de luxe. "Une preuve que Boko Haram n'est définitivement plus la seule affaire du Nigéria mais aussi du Cameroun. Sans frontières, comme l'espère ces prédicateurs qui rêvent eux aussi de leur Califat.

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