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Bolivie, Brics et compagnie

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En Bolivie, le plus haut téléphérique du monde inauguré il y a quelques semaines rencontre un succès inattendu. Un million de Boliviens l'ont déjà emprunté depuis son inauguration en grandes pompes le 30 mai dernier. Succès qui a poussé le président Evo Morales à annoncer très officiellement hier que la deuxième phase de construction de ce réseau aérien hors norme verrait bien le jour d'ici moins d'un an, rapportent ce matin les sites d'information Opinion Bolivia et La Vanguardia.

450 millions de dollars seront investis dans le prolongement du tronçon initial, téléphérique qui relie les villes de La Paz et d'Alto, entre 3.200 et 4.000 mètres d'altitude, en pleine Cordillère des Andes. Le trajet fait par des dizaines de milliers de boliviens chaque jour dure au minimum 30 minutes en voiture, 10 minutes seulement en téléphérique, avec en toile de fond des cimes enneigées qui culminent à 6.400 mètres d'altitude.

Début des travaux du deuxième tronçon : octobre prochain. Un moment qui n'a peut-être pas été choisi au hasard puisque le 12 octobre 2014 se déroulera en Bolivie l'élection présidentielle, et qu'Evo morales a confirmé ces derniers jours qu'il serait bien candidat, relaye cette semaine le Miami Herald. Pourtant la constitution bolivienne interdit à un chef d'Etat de faire plus de deux mandats successifs, et Morales entamerait s'il était élu un troisième mandat. C'est la cour suprême bolivienne qui sauve le président, explique dans ses colonnes Le Guardian : elle vient de dire que le premier mandat de Morales ne comptait pas, puisqu'il s'est déroulé avant l'adoption de la nouvelle constitution édictant cette règle. La décision du président socialiste, 54 ans, suscite un vent de critique au sein de l'opposition, mais l'ancien producteur de coca part malgré tout grand favori pour le scrutin de l'automne prochain. Entre 2005 et 2001 le Produit Intérieur Brut par habitant bolivien a doublé, boosté par la hausse des prix du gaz bolivien vendu notamment à l'Argentine ou au Brésil.

Le Brésil où Evo Morales doit justement se rendre aujourd'hui, invité en tant que nation voisine, à assister au sommet du groupe BRICS. Brics pour Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Le sixième sommet des Brics débute aujourd'hui à Fortaleza. Et Evo Morales prend l'invitation très au sérieux, note le site des Nouvelles de Bolivie, puisqu'il a en rate pour l'occasion, les cérémonies de 205ème anniversaire du cri libertaire, fête nationale pour célébrer le soulèvement de La Paz contre la couronne espagnole, en 1809.

Au menu de ce sommet des puissances émergeantes : la création très attendue d'une sorte de banque mondiale alternative, une "nouvelle banque de développement" pour financer des travaux d'infrastructures principalement, avec un capital initial de 50 milliards de dollars. Un outil pas forcément en opposition mais plutôt complémentaire des institutions existantes.

Pas forcément, mais quand même un peu, analyse le quotidien espagnol El Pais. "En juillet 1944, des représentants de 44 pays se sont réunis dans un hôtel de Bretton Woods, dans le New Hampshire, aux Etats-Unis pour dessiner les contours d'un nouveau modèle de relations commerciales et financières entre les principaux pays du monde. Déjà 70 ans ont passé et les pays émergeants sont fatigués d'attendre une réforme de ce système dans lequel ils revendiquent une place plus importante".

Un sommet pour dire non, donc, à ce système, et dans lequel une nation se remet en scelle, revient dans le jeu sur la scène internationale : la Russie. Le patron du Kremlin, est de retour en pleine crise ukrainienne, et il espère bien rallier ses partenaires dans sa croisade pour "un nouveau monde multipolaire". Le président russe a d'ailleurs profité de la tenue de ce sommet pour visiter ces derniers jours Cuba et l'Argentine, qui pourraient avoir besoin de son carnet de chèque. C'est "le tango argentin de Vladimir Poutine", titre l'agence russe d'information internationale Ria Novosti.

Autre pays demandeur de l'aide financière russe, visité par Poutine : le Nicaragua, où Daniel Ortega cherche des alliés pour la construction d'un grand canal interocéanique de 278 kilomètres de long, qui relierait l'Atlantique au Pacifique, un canal concurrent à celui du Panama. Le projet pharaonique a été dévoilé il y a une semaine, et se fera en partenariat avec des entreprises chinoises, révèle le site italien Internazionale.

Financement du téléférique de La Paz, ou du Canal du Nicaragua... C'est exactement ce à quoi pourrait servir cette banque mondiale bis voulue par les puissances émergeantes, suggère Dilma Roussef, le présidente brésilienne. Shanghaï et New Delhi se disputent son siège social, explique le journal brésilien O Globo, mais le Brésil espère récolter la première présidence de l'institution financière, et doit se battre pour l'obtenir, avec le soutien des hôtes régionaux qu'elle a donc convié cette semaine.

La Bolivie, qui ne manque jamais une occasion de s'opposer à Washington devrait soutenir l'initiative. Dans un registre plus symbolique, le ministre des affaires étrangères bolivien a annoncé il y a une dizaine de jours que La Paz lisait désormais l'heure sur des "montres de l'hémisphère sud", nous apprend le Courrier International citant La Razon. Tournant politique tout à fait sérieux, marqué par l'inauguration d'une nouvelle horloge sur la façade de l'assemblée nationale, dont les aiguilles tournent de droite à gauche, le soleil ne tournant pas dans le même sens que dans l'hémisphère nord. Le sénat bolivien a dans la foulée incité à télécharger une application pour smartphones créée pour l'occasion et qui permet de lire l'heure à l'envers sur les portables. A l'envers ou à l'endroit. De droite à gauche ou de gauche à droite. Il est 2 heures 35 du matin en ce moment, à La Paz.

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