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Bouteflika, ira, ira pas?

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C'est un dessin, une chambre d'hôpital avec un patient au teint verdâtre en train d'agoniser sur son petit lit. Un drapeau algérien à la main, un homme se penche sur lui et l'interpelle : « pour dire oui, clignez des yeux une fois » Au dessus une question, « Bouteflika candidat? Les algériens veulent savoir. »

Il le sait, Dilem. Le caricaturiste vedette du quotidien Liberté le sent, et ce n'est pas le drame qui frappe aujourd'hui le pays après ce crash d'un avion militaire qui va éloigner les algériens de cette question qui les hante, à deux mois et quelques jours désormais de la présidentielle...

Révisions les données du problème : Abdelaziz Bouteflika, le président algérien a en effet conquis le pouvoir en 1999 grâce au soutien des militaires. Il a été réélu en 2004 et 2009, toujours grâce à eux, et à 76 ans, et un état de santé des plus "incertains", on ne sait toujours pas s'il sera à nouveau candidat au scrutin du 17 avril prochain...

Et « cette longue nuit du doute » comme l'appelle le quotidien d'Oran, tourne peu à peu au sommeil tourmenté qui précède les grands cauchemars... Car la prochaine élection marque un tournant.

« En 2009, la mode était encore à la succession monarchique » écrit le quotidien d'Oran. « Loin des appels de leurs peuple étouffés par le manque de liberté, Ben Ali, Kadhafi, Moubarak ou Ben Ali se préparaient à passer le relais en famille »...Or depuis tout a un peu... changé, et « le pourtour politique de l'Algérie n'est plus vraiment le même » , et s'y rajoute aussi le changement provoqué au Mali, juste au sud...

On le sent, les lignes bougent en Algérie. On l'a compris tout récemment avec cette charge violente et totalement inédite du patron du FLN, le parti au pouvoir, contre le tout puissant chef des renseignements militaires, le General Toufik...

Le général Toufik, l'artisan des précédentes victoires d'Abdelaziz Bouteflika, brutalement appelé appelé à démissionner, sous prétexte qu'il aurait échoué à assurer la sécurité dans le pays. Le Général Toufik est surtout soupçonné de s'opposer à un nouveau mandat de Bouteflika... Il n'a pas échappé aux algériens, fins observateurs du printemps arabe que si en Egypte Hosni Moubarak a lâché le pouvoir, c'est bien parce que l'armée l'avait laissé tombé, et que c'est, ô surprise, le maréchal al-Sissi, le chef lui aussi des renseignements militaires qui est désormais le vrai patron du pays...

Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé...

Alors candidature ou pas? Tous les jours, la presse algérienne bruisse de rumeurs. Peut être, peut être pas...Mais le quotidien d'Oran bat en brèche : « 85 formulaires de candidature ont déjà été retirés. Parmi cette inflation de candidats, des commerçants, des profs, des fonctionnaires, des anciens militaires. Or, note le journal, plus la présidentielle prend cette tournure, plus on crédibilise, au sein du peuple, la solution d'un quatrième mandat... » Chacun pensant qu'il vaut mieux privilégier un système qu'on connaît que de basculer dans l'incertitude...

Car il ne faut pas s'y tromper, écrit Samir Bouakir dans les colonnes du Matin. « Le 4e mandat de Bouteflika est un faut débat, une ligne de démarcation totalement factice entre pouvoir et opposition, une diversion. comme si empêcher Abdelaziz Bouteflika de se représenter allait suffire à provoquer la rupture avec le système. » Non, « le sursaut patriotique, ce ne serait pas d'en finir avec les années Bouteflika, reprend le journal, mais de tourner la page de cinquante ans de violences politique et de refus de la souveraineté populaire ». Alors, « qu'ils s'en aillent tous! » écrit l'éditorialiste en colère.

Et l'Algérie en vient à considérer avec admiration et envie son éternelle rivale, la Tunisie. Cette "petite" Tunisie écrit Mohamed Beghdad dans le quotidien d'Oran, « qui vient de nous donner une leçon de grandeur et de responsabilité avec cette constituante qui permet aujourd'hui au pays d'affronter la crise multidimensionnelle qui la traverse... »

Il ne faut pas s'étonner que dans ce contexte, le front du refus s'élargisse en Algérie comme le note al Watan. Al Watan publie en effet la déclaration commune de trois grandes figures d'opposition, un ancien militaire, un nationalo-conservateur, et un défenseur des droits de l'homme qui appellent à boycotter massivement le scrutin en cas de maintien de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika.

Bouteflika, ce candidat fantôme, dont on ne sait rien ou si peu depuis son hospitalisation pour un AVC à Paris il y a presque un an.

Alors oui, cette présidentielle, « sur fond de guerre inédite dans le sérail », inquiète l'Algérie qui se « demande où elle va ». Le quotidien d'Oran fait la liste des coups de théâtre permanents qui secouent désormais le pays. Après l'attaque contre le général Toufik, c'est Saïd Bouteflika, le frère du président lui même et son conseiller spécial Saïd Bouteflika qui est dans la ligne de mire, avant la parution d'un livre aux allures de bombe atomique et au titre des plus prometteurs... « L'Algérie des Bouteflika, vol, vice et corruption »... Tout un programme...

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