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Bruxelles vs Athènes : exit Varoufakis!

4 min

Après deux mois de négociations infructueuses avec ses créanciers, Athènes semble vouloir renverser la vapeur. Le Premier Ministre a remanié son équipe d'experts et mis sur la touche Yanis Varoufakis, en vue d'une meilleure communication avec Bruxelles.

Greek Finance Minister Yanis Varoufakis.
Greek Finance Minister Yanis Varoufakis. Crédits : Alkis Konstantinidis - Reuters

Les mauvaises langues à Bruxelles racontent que Yanis Varoufakis mettrait à présent la dernière main à son prochain roman politico-économique, dont il est lui-même le personnage central : l’histoire d’un ministre grec des Finances, incompris par ses homologues et qui finira par démissionner.

Un scénario qui n'est quoi qu'il en soit pas totalement farfelu, précise LE TEMPS de Genève. Et pourquoi ? Parce que Yanis Varoufakis, sur qui le premier ministre Alexis Tsipras comptait beaucoup pour remettre son pays sur les rails, a perdu au cours du week-end son rôle central dans les négociations avec la troïka. Lundi, le gouvernement d’Athènes a en effet remanié son équipe de négociateurs : elle restera placée sous l’égide du très médiatique ministre des Finances, mais sera désormais coordonnée par le ministre adjoint des Affaires étrangères en charge des relations économiques internationales, un économiste de gauche formé à Oxford et jugé moins agressif que Varoufakis, note THE WALL STREET JOURNAL.

En d'autres termes, Tsipras aurait envoyé un signal sans équivoque, estime son confrère de Rome LA REPUBBLICA. En sacrifiant le plus combattif de ses hommes, dit-il, il espère ainsi parvenir à un accord, susceptible de débloquer la dernière tranche d'aide, nécessaire à Athènes pour éviter la faillite.

Reste à savoir si en mettant sur la touche son ministre des Finances, Tsipras a effectivement cédé aux injonctions des européens ou s’il s'agit ni plus ni moins que d'un coup de poker ? Seule certitude, ce remaniement intervient trois jours après une réunion de l’Eurogroupe, qui s’est déroulée dans un climat détestable : les ministres des Finances de la zone euro y ont notamment durement reproché à leur homologue grec de bloquer les discussions. Lors de la réunion de samedi, un ministre aurait même explosé et traité son collègue grec d'amateur, un joueur qui fait perdre son temps à tout le monde. En réalité, plusieurs diplomates tiennent Varoufakis responsable de la panne des négociations entre la Grèce et la troïka. THE FINANCIAL TIMES cite en particulier une source gouvernementale grecque, selon laquelle le très médiatique ministre grec serait devenu un frein pour le gouvernement.

Quoi qu'il en soit, après avoir finalement écarté des discussions son flamboyant ministre des Finances, on verra dans les prochaines heures si le deal conclu par Tsipras permettra effectivement de sortir de l'impasse, commente LA REPUBBLICA. Hier déjà, une porte-parole de la Commission, se félicitait de ce que depuis les travaux se sont beaucoup intensifiés. Les discussions progressent, a-t-elle déclaré, même s’il n’y a toujours pas d’échéance pour conclure un accord.

Car évidemment, il n'aura pas suffit de désigner un bouc émissaire pour réconcilier les deux camps. La liste des réformes qu’Athènes a présentées est toujours jugée insuffisante par les Européens. Ces réformes, précise à nouveau LE TEMPS s’articulent autour de la lutte contre l’évasion et la fraude fiscales, la taxation des revenus à l’étranger et des mesures en faveur des retraités vivant sous le seuil de pauvreté. Par ailleurs, le gouvernement a déjà annoncé des privatisations. Tout un volet concernerait également des réformes en faveur de la modernisation de l’Etat et de l’administration fiscale pour la rendre plus efficace, l’amélioration de la gestion des finances publiques et une réforme de la justice. De nouvelles procédures pour les faillites pourraient même être introduites. Seulement voilà, les Européens veulent plus : selon eux, Athènes pourrait économiser davantage encore et procéder à d’autres coupes drastiques.

D'où cet édito signé du quotidien slovène DELO : pour traiter la question grecque, l'UE et Bruxelles continuent de faire comme si leurs règles étaient la bonne solution et comme s'il était inévitable de faire subir à la Grèce une nouvelle amputation. Or même s'il se peut qu'Athènes ait véritablement exagéré, au point d'être irrécupérable selon les règles européennes, pour autant, les Grecs ne constituent pas le véritable problème. Ce qui est problématique, c'est qu'on essaie de sauver cela même qui a abouti à cet excès.

La fameuse «troïka» a imposé des politiques d’austérité qui ont conduit à une profonde dépression, qui dure depuis plus de cinq ans maintenant, un triste record historique, rappelle LE TEMPS. Le chômage atteint 25% de la population active, dont 50% parmi les jeunes et les classes moyennes ont plongé dans la pauvreté. Ou dit autrement, la Grèce est aujourd’hui plus mal en point qu’au moment où la crise s’est déclenchée.

Car l'enjeu premier de la joute que se livrent le gouvernement grec et les autres Etats européens n'est pas, en réalité, de nature financière, estime le TAGESSPIEGEL. Non, les gestionnaires de la crise de l'euro semblent davantage redouter qu'un gouvernement de gauche réussisse, que de perdre des milliards sur leurs crédits. En d'autres termes, soit les pays économiquement faibles passeront sous les fourches caudines des agents bruxellois, soit ces derniers les réduiront à la faillite économique. Avec pourtant un risque nettement plus grand que celui que Syriza et des partis comparables ne pourraient jamais poser eux-mêmes : celui d'offrir la meilleure campagne électorale imaginable pour les anti-européens de tous bords.

Jusqu’à ce jour, la Grèce a toujours honoré toutes ses obligations. Et elle l’a fait au prix de beaucoup de sacrifices de la part de la population, répète-t-on du côté gouvernemental. Or si aucun arrangement n'est trouvé, 2015 sera sans doute l'une des années les plus lourdes pour les finances grecques.

Par Thomas CLUZEL

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