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Burundi, de la rue au terrain politique

4 min

Lentement, mais sûrement le Burundi s’enfonce dans la violence. Les opposants à un troisième mandat du président burundais Pierre Nkurunziza refusent toujours de se plier à l'injonction des autorités exigeant un "arrêt immédiat" de leur "insurrection".

Woman sing in front of police during a protest by women against president Pierre Nkurunziza in Bujumbura.
Woman sing in front of police during a protest by women against president Pierre Nkurunziza in Bujumbura. Crédits : Goran Tomasevic - Reuters

Dans le bras de fer qui oppose le président sortant et ceux qui lui contestent le droit de briguer une troisième fois la magistrature suprême, les morts se comptent désormais en dizaines, prévient le site FASOZINE. Les opposants semblent, en effet, décidés à aller jusqu’au bout de leur résistance. Et rien ne semble les arrêter. Pas même la volonté du chef de l'Etat, Pierre Nkurunziza, de marcher sur des cadavres, pour aller s’asseoir dans le fauteuil présidentiel.

Dès-lors, combien de morts faudra-t-il encore au Burundi avant que le président entende raison, interroge notamment le quotidien de Ouagadougou LE PAYS ? Au fil de ces derniers jours de manifestation, l’armure de nos héros ordinaires s’est tâchée de sang, peut-on lire notamment sur la plateforme de bloggeurs YAGA. Certains sont emprisonnés et certains en ont payé de leur sang, maculant de rouge le macadam et le pavé en cendres.

Hier, deux personnes ont d'ailleurs encore été abattues lors d'un affrontement entre la police et des manifestants, dans un quartier de la capitale, un quartier périphérique car jusque là, les jeunes des quartiers populaires, des hommes pour l’essentiel, n'ont jamais réussit à manifester dans le centre-ville de la capitale, bloqués qu'ils sont à chaque fois par les forces de sécurité et surtout les camions anti-émeute, les gaz lacrymogènes et les tirs à balles réelles. Sauf qu'hier, les femmes, elles, ont réussi là où les hommes ont échoué. Dimanche matin, elles sont parvenues à faire ce qu'aucun groupe de manifestants n'avait jusqu'ici réussi : porter la contestation dans le centre de Bujumbura.

Après un appel lancée sur une radio et une télévision privées, raconte le site JEUNE AFRIQUE, elles sont d'abord descendu par petits groupes, pour ne pas être repérées par la police, jusqu'à se rejoindre. Près de 300 femmes au total bravant l'interdit. Des femmes plutôt chic, d'ailleurs, lunettes de soleil, sacs à main et bijoux pour certaines. Loin de l'image de ces jeunes, armés de pierre et le visage couvert de suie, qu'on croise sur les barricades. A plusieurs reprises, les policiers les ont menacées. En vain. Et c'est ainsi que dans un climat électrique, marqué ces derniers jours par une succession de manifestations violentes, avec barricades, courses-poursuites, arrestations et violations des libertés publiques, une marche pacifique a pu être organisée hier, se réjouit L'OBSERVATEUR PAALGA.

Sauf que si la fureur des premiers jours semble avoir cédé le pas à un calme relatif, nuance le journal burkinabé, c’est à coup sûr parce que de la rue, le débat qui secoue actuellement le pays s'est déplacé ce week-end sur un autre terrain, celui de la politique. Samedi, date limite du dépôt des candidatures, huit prétendants à la magistrature suprême ont déposé leurs dossiers. Au nombre de ceux-ci, le président sortant dont la requête a été validée par le juge constitutionnel et des opposants. Mais faut-il croire, pour autant, que le début d’insurrection qu’a connu le pays a été circonscrit et que par un coup de baguette magique, parti au pouvoir et opposition, se sont entendus pour tourner la page de la contestation populaire et ouvrir un autre chapitre, purement politique celui-là ? Rien n'est moins sûr.

En se mettant sur la ligne de départ, c'est vrai que les candidats de l'opposition se donnent ainsi une chance, même minime, de faire pièce aux velléités monarchiques en obtenant par les urnes, ce qu’ils n’auraient pu avoir par la rue : le départ du président. Outre cela, les opposants burundais ont d’autres raisons de ne pas boycotter ce scrutin présidentiel, renchérit son confrère LE PAYS. Ils ont dû tirer leçon de la présidentielle de 2010 où ils n’avaient pas daigné se présenter contre Nkurunziza, ce qui avait permis à ce dernier de s’assurer une victoire tranquille et de travailler par la suite à empêcher toute possibilité d’alternance démocratique au Burundi, en instrumentalisant toutes les institutions du pays.

Mais dans le même temps, on ne peut s’empêcher de remarquer qu’en déposant leurs candidatures, les tenants de l’opposition confèrent aussi au président sortant une certaine légitimité. Et voilà pourquoi cette stratégie pourrait vite s’avérer infructueuse, s'inquiète à nouveau le journal de Ouagadougou L'OBSERVATEUR PAALA. Car on voit mal, dit-il, comment le président Nkurunziza pourrait s’être donné autant de peine pour ne pas l’emporter, in fine, dans la bataille des urnes.

Sans compter que le combat contre le troisième mandat n’est qu’une bataille. Il y a une guerre qu’il nous faut préparer : l’enjeu c’est la sauvegarde de nos acquis démocratiques et non une paralysie de notre société, peut-on lire à nouveau sur la plateforme YAGA. La question qu’on doit se poser c’est quelle est l’issue au bout de cette bataille ? Si le président capitulait demain, pour quel projet de société voterions nous ? Que nous ont-proposé nos futurs candidats concurrents ? A quelle sauce nous a-t-on préparé d’être mangé ? Quelle came allons-nous nous vendre après ça ? Sait-on l’alternative que proposent les différents candidats de l'opposition après cette bataille ?

Et de préciser, vous, nos héros, vous avez le droit d’exiger plus pour le sacrifice de votre combat. Mais à ceux qui ne se sentent pas encore inspirés par les manifestations actuelles et qui ne savent pas de quel côté s’aligner, je vous propose d’exiger plus de nos élus et de nos futurs élus, plus de démocratie, un projet de société qui aille au-delà de la chasse au diable. Car si le président ne capitule pas, qu’est ce qui nous attend ? Une nouvelle guerre civile. Et pour combien de temps encore va-t-on paralyser la société ?

Par Thomas CLUZEL

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