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Bush guerre en Irak... La mort d'un tyran au Turkménistan. Ithaque d'Ortlieb et de Cavafis

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Ca "cartoone" fort ce matin dans le Guardian de Londres avec cette caricature de Steve Bell. On y voit George Bush au milieu de restes humains. En arrière-fond, deux drapeaux déchirés, mais franchement, même sans ces indications, vous l'auriez compris : nous sommes en Irak et le président américain fait ce constat : "nous ne gagnons pas, nous ne perdons pas" ... en anglais dans le texte , ah bon mais quoi alors ? Eh bien la réponse est dans la bulle de droite : "we're wosing", mélange de " winning", et de "loosing" que l'on pourrait traduire par "nous guerdons", version optimiste de nous "pagnons"... Pagner et guerdre : mots valises séquelles de la guerre en Irak, ou l'art de dire que tout va bien quand on est au plus mal, même si contrairement à l'an dernier, George Bush vient de reconnaître que l'optimisme a été englouti par un déchaînement de violences qui préfigure une guerre civile... Mais qui, dans le même temps, continue à croire qu'au bout du compte, ça sera la victoire. A la Une ce matin du Washington Post, la visite en Irak de Robert Gates, le nouveau secrétaire américain à la Défense. Successeur de Rumsfeld, il a rencontré son homologue irakien : Abdul Qadir Muhammed Jassim qui ne dit pas "non" à une augmentation du nombre de soldats américains en Irak. Mais juste après cette rencontre, rapportent les journalistes du Washington Post, un parlementaire a fait savoir au Premier Ministre Maliki qu'il les chiites ne souhaitent pas davantage de soldats. Sans démériter, guerdre et pagner pourraient trouver leur place dans un nouveau "petit fictionnaire illustré", version 2006. En cette période chez nous de course à la présidentielle, un détour par l'Allemagne où il est vrai, la fonction présidentielle est limitée à un rôle plutôt honorifique... Sauf que justement, Horst Köhler semble être en train de politiser et c'est vraiment loin de faire l'unanimité chez les commentateurs allemands. Comme nous le signale notre collaboratrice Olympia Német, pour la seconde fois en six semaines, le président allemand a bloqué un projet de loi : sur la privatisation du contrôle aérien d'abord, et maintenant, sur l'information des consommateurs. Inconstitutionnelles, selon lui."Chaque refus est une nouvelle claque infligée à la coalition au pouvoir" s'indigne la Frankfurter Allgemeine Zeitung. La FAZ marque sa désapprobation à l'égard d'une attitude qui a des airs d'ingérence dans la vie politique du pays alors que le président fédéral est censé être au-dessus des partis". La Frankfurter Rundschau renchérit : "il est en train de tomber de son piédestal pour s'abaisser au rang de banal politicien". Et die Welt s'interroge : pense-t-il qu'il est de son devoir de faire évoluer sa fonction de président ? Ou est-ce de l'arrogance ? quand, enfin, la Frankfurter Rundschau se fait l'écho des spéculations pour les prochaines élections en 2009 : elles vont bon train apparemment : la CDU choisira-t-elle de privilégier l'éminent Wolf-gang Schäuble, le numéro 2 du parti ? En attendant, eh bien "la chancelière ne tient plus compte de / "son" homme" fin de citation. Restons en Allemagne, où le plus ancien aéroport du monde, pour les transports civils, va fermer. Construit en 1923 en plein coeur de Berlin, il reste dans l'histoire comme le lieu emblématique de l'après-guerre, l'îlot qui a permis le ravitaillement de Berlin-Ouest par les airs pendant le blocus soviétique de 1948-49. Mais il reste aussi, rappelle toujours la Zeit, dans la mémoire collective comme une création du Troisième Reich, un "projet commandé par les nazis de la première heure pour afficher leur puissance". Après sa fermeture programmée, Tempelhof, c'est-à-dire "la cour du temple" sera remplacé par son frère cadet le "Brandebourg International", au sud de Berlin. Mais l'aéroport mythique n'est peut-être pas arrivé en bout de piste. Hier, il a obtenu un an de plus comme le rapporte ce matin la Berliner Zeitung pour que le Temple de l'aérien ne soit pas arrêté en plein vol... Petit garçon orphelin, père tué pendant la seconde guerre mondiale, mère -et frères- disparus lors d'un tremblement de terre. Personne ne peut comprendre ce que j'ai vécu, disait Niazov. Petit garçon deviendra grand, et même président du... Turkménistan. "Sa façon de gouverner ressemblait à un jeu de massacre permanent", écrit notre consoeur Lorraine Millot dans le Temps de Genève. Le tyran est mort hier et les observateurs craignent que le pays ne bascule dans l'instabilité, les immenses réserves de gaz naturel pouvant attirer les convoitises de beaucoup. A lire ce matin aussi les articles publiés par Gündogar, le site de l'opposant Boris Chikhmouradov, fervent opposant au dictateur, fondateur du Mouvement populaire démocratique du Turkménistan emprisonné à vie, son journal continue à vivre grâce à ses amis et collaborateurs. On y retrouve les inquiétudes lié au vide énorme provoqué par sa mort dans un système tout entier construit autour de sa personne... Pour cette dernière revue de presse avant le 25, Ali, j'avais vraiment envie de vous parler de Noël à Ithaque, c'est dans le Monde daté de ce vendredi... Noël à Ithaque, carnet de neuf jours passés en décembre dans cette île mythique, la patrie d'Ulysse. L'auteur, Gilles Ortlieb, poète et arpenteur, y recense les détails du quotidiens, décrit les grappes séchées sur les treilles ou les arrière-cours encombrées de carcasses de vélos. Et ceci surtout : "pour l'étranger de passage, une île est une façon et une leçon d'équilibre". L'enseigne du lavoir évoque le souvenir de Nausicaa et de passages de l'Odyssée, relève notre consoeur Monique Pétillon dans le Monde des Livres... Et il faut dire qu'avant de retrouver sa fidèle Pénélope en butte aux prétendants, Ulysse a pris son temps chez Nausicaa la jeune fille qui le trouve nu sur la rive, du bon temps même chez Calypso qui ne voulait plus le laisser partir... Des années avant que l'homme aux milles ruses réussisse enfin à rejoindre Ithaque incognito, et à vaincre les prétendants. Alors, puisque Noël à Ithaque est placé sous le signe du poète Constantin Cavafis que l'auteur, comme Yourcenar d'ailleurs, a traduit, me reviennent, comme un cadeau, ces vers de l'Ithaque de Cavafis : "Quand tu prendras le chemin d'Ithaque/Souhaite que la route soit longue/pleine d'aventures, pleine d'enseignements/ [...] Mais ne te hâte surtout pas dans ton voyage/ Mieux vaut le prolonger pendant des années/ Et n'aborder l'île que dans ta vieillesse/ Riche de ce que tu auras gagné en chemin/Sans attendre d'Ithaque aucun autre bienfait/ [...] Sans elle tu n'aurais pas pris la route/ Elle n'a rien de plus à t'apporter/ Et même si elle est pauvre, Ithaque ne t'a pas trompé/ Sage comme tu l'es, avec une expérience pareille/Tu as sûrement déjà compris ce que les Ithaques signifient" Voilà, Ali, il n'y a pas d'Ithaque, même dans la mer ionienne, c'est la nouvelle de cette revue de presse ! Ithaque n'existe pas, version philosophique et poétique du mythe d'Ulysse. Autant dire que nous savons bien tous que c'est la mort qui nous attend au bout de la route, et que vouloir gagner Ithaque au plus vite serait la meilleure façon de "guerdre" ou de "pagner". Ithaque n'existe pas mais le résultat c'est le chemin, et je vous souhaite bonne route

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