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"Cargo 200" pour la Russie

5 min

Par Eric Biegala Hier, Perviy Kanal , la première chaine de télévision russe, la plus regardée - 250 millions de téléspectateurs - a rapporté, pour la première fois, la mort de soldats russes en Ukraine, plus précisément l'enterrement d'Anatoly Travkin, 28 ans, parachutiste de son état, et qui aurait été tué au combat dans l'Est ukrainien durant le mois d'aout... un parachutiste qui officiellement "était en vacances" assure toutefois la première chaine russe, et qui ne se battait donc pas avec son unité... La mort au combat en Ukraine de "volontaires" venus de Russie pour épauler les séparatistes a évidemment déjà été rapportée par la presse moscovite, mais il est rarement fait mention de leur qualité de soldats des forces régulières de la Fédération de Russie... et quand c'est le cas, c'est pour dire qu'ils étaient "en congés"... il s'agit évidemment d'être cohérent avec les déclarations officielles du Kremlin, de Vladimir Poutine en particulier, comme quoi l'armée russe ne se bat nullement en Ukraine...Mais la réalité des choses avaiet déjà commencé à transparaitre la semaine dernière avec l'enterrement à la va-vite de deux parachutistes de la 76 ème division aéroportée à Pskov au Nord Ouest du pays... Officiellement, les deux hommes avaient été tués durant des manoeuvres à Rostov sur le Don, tout près de la frontière ukrainienne, mais en Russie... mais le journal local de Pskov, la Pskovskaya Guberniya avait réussi à prouver que les deux paras étaient bien décédés en Ukraine à l'occasion de combats contre l'armée ukrainienne... les reporters du journal et le député qui est à la tête du titre ont d'ailleurs été molestés et menacés par des inconnus alors qu'ils enquêtaient auprès des familles des para décédés.Hier sous le titre "un silence de plomb" la Pskovskaya Guberniya a publié la longue transcription d'une conversation radio entre deux paras de la 76ème division aéroportée, une conversation qui fait état d'au moins 80 morts dans leurs rangs... ce serait la quasi totalité de la première compagnie de la 76ème division qui aurait été décimée en Ukraine durant le mois d'août. Une unité constituée de l'armée russe, qui n'était ni "en vacances", ni en maneouvres, ni même en Russie...La Novaya Gazeta , le quotidien d'opposition à Moscou a, elle réussi à obtenir le témoignage de proches d'autres soldats et a les publier in extenso ... ils ne laissent guère de doute quant à l'engagement militaire de Moscou en Ukraine... "Anton Tumarov, 20 ans est rentré chez lui à Kozmodemyansk, (province de Mari El) dans un cerceuil scellé" raconte Helena Racheva dans un long reportage consacré au jeune sergent... Anton est l'un des multiples "cargo 200 " qui arrivent régulièrement en Russie. Un "Cargo 200" c'est, dans le jargon des militaires russes, un retour au pays des corps des soldats morts au combat. "Anton est rentré chez lui dans un cerceuil scellé" , raconte au journal Héléna Tumarova, la mère d'Anton "il y avait une petite fenêtre dans le cerceuil... j'ai au moins pu voir son visage, poursuit Elena Tumarova, mais on m'a dit que d'autres soldats morts de son unité ne ressemblaient plus qu'à des morceaux de viande et qu'il faudra des tests ADN pour les identifier" ... le 20 août, Helena n'a reçu que ce cerceuil et un certificat de décès... il indiquait que le sergent Anton Tumarov était décédé le 13 août, "à l'endroit où l'unité militaire 27 777 était temporairement déployée" . Causes de la mort : "blessures multiples par schrapnel sur la partie inférieure du corps et hémorragie massive", indique le certificat.Anton Tumarov s'était engagé dans l'armée - précisément la 18ème brigade de fusillers motorisée - le 21 juin dernier, "parce qu'il n'arrivait pas à trouver de travail ici, qu'il était au chomage depuis des mois, explique encore sa mère à Novaya Gazeta "et il m'avait juré que l'armée russe ne serait jamais déployé en Ukraine pour combattre "...

Anton a ensuite appelé sa mère et sa petite amie pratiquement tous les jours. Il leur a confié que dès le mois de juillet on avait demandé aux soldats de son unité s'ils acceptaient de se porter volontaires pour l'Ukraine... et que personne n'avait accepté. Le 23 juillet toutefois, Anton appelle sa fiancée Nastya Chernova, 17 ans et lui dit "nous partons pour la guerre" , en Ukraine... "nous y allons en tant qu'insurgés" ... et puis plus de nouvelles pendant trois ou quatre jours, témoigne la jeune fille. La seconde incursion de l'unité d'Anton en territoire ukrainien à lieu quelques jours plus tard. Il rappelle sa fiancée le 3 août et parle encore avec sa mère le 10... il lui dit que son unité était envoyé à Donetsk - principal fief des insurgés - ajoutant qu'il resterait en Ukraine pour deux ou trois mois, probablement jusqu'en novembre, sans pouvior téléphoner; "on lui a donné de l'argent ukrainien , deux grenades, 150 cartouches... on lui a interdit de prendre son téléphone portable... il me disait qu'il n'avait absolument pas envie de retourner en Ukraine mais qu'il n'avait pas le choix, qu'il était à 1500 Km de chez lui" , raconte la jeune fille... le 11 aout, Anton poste un dernier message sur Vkontakte , l'équivalent russe de Facebook : "Rendu mon téléphone ; Parti pour l'Ukraine" . c'est tout ! Anton sera tué deux jours plus tard... sa mère a pu savoir comment en discutant avec certains de ses anciens compagnons d'armes... Son unité a passé la frontière dans la nuit du 12 aout ; elle s'est positionnée à Snizhne, à 15 Km à l'intérieur du territiore ukrainien ; plus tard dans la journée, les hommes de la 18ème brigade de fusillers motorisée ont été pris sous le feu d'une batterie Grad, un lance roquette multiple... "Mon Anton était sur un front où il n'y avait ni tranchée, ni protection... ils ont paniqué et ont essayé de s'enfuir... les gars m'ont dit que 120 soldats sur les 1200 que comptait le régiment ont été tués ce jour là, et 450 autres blessés... " , raconte encore la mère d'Anton à Novaya Gazeta. .. avant d'apostropher le patron du Kremlin"Si je croise Vladimir Poutine je lui demanderait "est-ce vous qui avait donné l'ordre" à ces hommes d'aller combattre en Ukraine ? "Répondez moi honnêtement : je pensais qu'il n'y avait pas de soldats russes là bas... Qu'est ce qu'on va faire là-bas... qu'on laisse donc les Ukrainiens se débrouiller entre eux" ... "Les copains de régiment d'Anton me l'on dit, avertit encore Elena Tumarova : parti comme c'est parti, cette guerre que nous faisons en Ukraine n'est pas prête de se terminer".

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