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Centrafrique, entre guerre et paix

4 min

« Les clients qui se tiennent devant moi sont tous chrétiens. Moi je suis musulman. » C’est un vendeur d’arachides du kilomètre 5, quartier musulman de Bangui, qui témoigne sur le site pressafrik.com. Des commerçants musulmans qui peuvent retourner sur les marchés. Signe d’un précaire retour à la paix dans la capitale de la Centrafrique, épuisée par plus d’un an de guerre civile. Des milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés, soufrant de la faim dans le plus grand dénuement.

Au kilomètre 5 les habitants musulmans ont subi les terribles représailles des milices chrétiennes anti-balaka. Aujourd’hui, raconte pressafrik, les associations humanitaires font le tour de toutes les maisons du quartier, « pour que le message passe », explique un responsable, Mahmoud Issam. Ce message, « c’est le pardon. L’arrêt des hostilités. » Travail de pédagogie indispensable, car explique Mahmoud Issam, « il y a beaucoup de population qui ignore les accords de Brazzaville ».Que disent-ils, ces accords, signés il y a moins d’un mois au Congo, à la fois par les anti-balaka, et la Seleka, ces rebelles musulmans venus du nord qui ont occupé le pouvoir durant quelques mois à Bangui ?« La paix dans le cadre d’un Etat unitaire », résume le Journal de Bangui. Brazzaville a permis un cessez-le-feu précaire, car rejeté par une partie des protagonistes, et notamment par l’aile dure de l’état-major Seleka.La faute à « l’amateurisme de Brazzaville », dénonce Aline M’Pangba-Yamara, rédactrice en chef de La Nouvelle Centrafrique. Dans un éditorial au vitriol, elle regrette que cette trêve n’ait pas été négociée en amont, avant le sommet. Le résultat, c’est « la colère des Seleka » dont beaucoup veulent toujours la partition du pays, entre sud chrétien et nord musulman.Ce qui se produit au prix d’une épuration ethnique, encore visible ces derniers jours. Ce week-end on a appris que 34 villageois au moins ont été tués dans la région de M’Brès à 400 kilomètres au nord de la capitale Bangui.Pendaisons. Tortures. Les témoins ont reconnu des ex-rebelles de la Séléka, et des Peuls armés. Suivant un seul objectif : nettoyer certains villages de leurs habitants chrétiens, comme l’explique un survivant à l’AFP, avant l’arrivée en Centrafrique des casques bleus de l’ONU, arrivée prévue pour le 15 septembre.Et c’est peu dire qu’elle est attendue, cette force d’interposition, qui doit prendre le relais de l’Union africaine et des soldats français de Sangaris.Dans un pays qui n’a plus d’institutions, la Minusca sera là pour combler un immense vide. Procéder par exemple à des arrestations, jouer le rôle de la police, des tribunaux et même de gardiens de prison, explique à RFI le secrétaire général adjoint de l’ONU, Hervé Ladsous qui martèle : « Nous devons mettre fin à l’impunité ».En attendant, le seul résultat concret des accords de Brazzaville, c’est l’entrée en piste d’un nouveau premier ministre.Il a fallu d’abord obtenir le départ du titulaire, André Nzapayeke. Pas facile à en croire Jeune Afrique. Nzapayeke a tenté de s’accrocher, il serait allé jusqu’à organiser des manifestations à Bangui contre le cessez-le-feu. Avant d’accepter un poste d’ambassadeur en Afrique du sud.Pour lui succéder, Paris avait un favori : Karim Meckassoua… ancien ministre chevronné, à la réputation intègre. Et qui plus est musulman. Sauf que justement, la Seleka n’en voulait, lui reprochant ses liens avec l’ancien président centrafricain François Bozizé.La présidente Samba-Panza, a donc choisi un autre musulman. Choix qui selon Jeune Afrique a « pétrifié » les diplomates invités pour sa présentation : Mahamat Kamoun… 52 ans, est un proche de la présidente, après avoir été très proche également de son prédécesseur Michel Djotodia dont il était directeur de cabinet.Kamoun passé par les universités américaines et françaises. Puis par les allées du pouvoir. Mais aucune expérience réellement politique. Ce que critique Wilfried Maurice Sébiro dans La Centrafrique libre. Il s’agit d’une récompense de Catherine Samba Panza à son faiseur de reine, explique l’éditorialiste. C’est Kamoun qui avait plaidé la cause de Catherine Samba-Panza pour devenir maire de Bangui. « Poste qui lui a ensuite ouvert la voie de la présidence de la République ».Et si son manque d’implication dans la faune politique centrafricaine n’était pas un handicap, mais un atout, veut croire le Journal de Bangui. Au moins, Kamoun ne sera pas tenté de prêcher pour une chapelle politique en particulier. Toujours est-il que ce choix n’a pas convaincu la Seleka, qui a immédiatement décidé de ne pas participer à son gouvernement.Pour Aline M’Pangba-Yamara, de La Nouvelle Centrafrique, l’explication se trouve dans un accord secret obtenu par le président du Tchad. C’était en janvier de cette année à N’Jamena. Idriss Déby aurait troqué la démission de Michel Djotodia contre un poste de premier ministre à venir pour la Séléka. Promesse non tenue.Alors que peut Mahamat Kamoun dans ces conditions ? Au Togo, Le magazine Le Temps n’est pas très optimiste. « Ses chances sont très réduites », puisqu’il a été « ouvertement désavoué dès sa désignation par le médiateur congolais et la France ». « Attitude de condescendance », regrette Le Temps.

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