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Centrafrique : face au chaos

5 min

Par Eric Biegala

Coup de projecteur sur ce petit pays souvent oublié oublié au coeur du continent Noir : la République Centrafricaine... et sa lente descente dans le chaos..."A qui la faute ? " demandait l'hebdomadaire Jeune Afrique en titre d'un long reportage sur place. Responsabilités finalement difficiles à établir... La faute ? il y a d'abord la rébellion de la Séleka qui a pris sinon le pouvoir au moins la capitale, Bangui en mars dernier, mettant à la tête du gouvernement un quasi inconnu : Michel Djotodia, qui n'est pas un militaire et qui a toutes les peines du monde à exercer un quelconque empire sur ses anciens compagnons d'arme...Les rebelles de la Séléka, c'est un agrégat disparate de groupes armés et de mouvements politiques, musulmans pour la plupart auxquels se sont arimées des bandes armées en provenance du Soudan ou du Tchad."Annoncée par Michel Djotodia le 13 septembre, la dissolution de la Séléka a eu pour effet la quasi disparition des pick-ups qui terrorisait la population et multipliait les exactions à Bangui, relève François Soudan dans Jeune Afrique "reste que les "Sélekistes" ne se sont pas évaporés. Pour beaucoup ils ont quitté Bangui où il n'y a plus grand chose à piller pour se redéployer en province" ... et l'hebdomadaire de décrire les dévastations causés par les hommes de la Séléka : "dispensaires, écoles, missions, bâtiments administratifs, entreprises, tribunaux, centres anti-sida et domiciles privés : tout à été dévalisé, détruit, incendié... le listing de la razzia de la communauté catholique de Markounda, par exemple, ressemble à un inventaire à la Prévert" écrit François Soudan : "les bancs de la chapelle, les sachets d'hostie, le linge et les chaussure des bonnes soeurs, le stock de Vache-qui-rit, les savons, les machines à coudre et les bouteilles de vin de messe... rien n'a échapé aux rebelles. Tout a été entassé dans la benne d'un semi remorque volé qui a pris la direction des confins du Tchad et du Soudan" , sur la frontière nord de la République Centrafricaine.La prise du pouvoir par la Séléka a aussi provoqué une crise qui a des relents de conflits entre chrétiens et musulmans, relève Slate Afrique qui précise : "La République Centrafricaine compte 5 millions d'habitants, dont environ 45% de protestants, 35% de catholiques et 15% de musulmans, majoritairement originaires du nord d'où vient la rébellion. «Les combattants du Séléka tuent pour un rien, entrent dans les maisons, chassent leurs habitants et manquent de respect aux femmes dans leur intimité» , confie à Slate l’ancienne députée centrafricaine Béatrice Epaye. D’après elle, "les populations chrétiennes sont leurs principales cibles:«Si tu parles arabe - dit-elle - ils ne te toucheront pas et les mosquées sont épargnées, mais ils profanent les églises, et des prêtres ont été blessés.» C'est particulièrement le cas dans la région de Bossangoa note le chef de la mission de Médecin Sans Frontière sur place, Arjan Hehenkamp, dans une longue tribune parue dans The Guardian : " à proximité de Bossangoa on sait qu'il y a des troupes et des groupes de défense locaux qui font la chasse aux villageois, ils se sont rendu complices d'assassinats ciblés ou de véritables massacres" , témoigne le médecin " nos équipes ont repérés des endroits ou des executions avaient eu lieu et certains ont même été témoins directs de ces exécutions. Les villages le long de la route ente Bangui et Bossangao sont désertés ... sur 120 km il n'y a plus personne ; 100 000 personnes ont disparu et se sont enfuies dans la savane... ils n'ont plus accès aux soins de base ; c'est devenu un problème humanitaire majeur !" , note encore le médecin.Comment juguler l'incendie ? grace au concours de forces internationales, africaines notamment, qui sont déjà à pied d'oeuvre au moins à Bangui où elles ont ramené un semblant de calme ces dernières semaines...il s'agit d'une "Opération de dépollution " explique Jeune Afrique ; concrètement de désarmement des groupes armés. Mais la tâche n'est pas mince "entre les hommes de l'ex-Séléka intégrés dans l'armée, ceux qui ne le sont pas, sans parler des "indéterminés" ou des anciennes Forces armées Centrafricaines qui ont gardé armes et uniformes à la chute du régime de François Bozizé". Et puis il y a la France... la visite de Laurent Fabius le week-end dernier venu annoncer le renforcement du dispositif militaire français sur place et la prochaine constitution d'une force de maintien de la paix sous drapeau de l'ONU réjouit l'Observateur Paalga du Burkina Faso... "Enfin un médecin au chevet de ce grand malade oublié !" qu'est la Centrafrique se félicite le quotidien.Mais la perspective d'une vraie force internationale à Bangui, appuyée par la France n'est pas du goût de tout le monde... d'autant que cette présence est ancienne... "La communauté internationale ne peut rien pour nous" avertissait en titre Centrafric Matin avant-hier ; et le fondateur du quotidien, Julien Bela, d'expliquer : "Depuis dix ans de présence des forces françaises en République Centrafricaine, celles-ci ne protègent que les intérêts français : l’aéroport Bangui-M'Poko, qui est leur base, et l’entreprise Total. Pendant que les Centrafricains s'entretuent, la France engrange de l'argent. La France n'a pas d'amis, mais des intérêts". Quant aux forces onusiennes "Depuis la fin du régime Patassé, les dix ans de la présidence de François Bozizé, et maintenant l'ex-Séléka, elles ont observé le chaos s'installer dans le pays" , écrit encore Julien Bela pour qui "Il revient aux Centrafricains de se ressaisir et d'affronter de face le mal plutôt que d'afficher un silence coupable. La RCA a besoin d'argent pour se réorganiser par elle-même et non par le truchement d'un conglomérat ONU-France, véritablement stérile" conclu l'éditorialiste. Se réorganiser toute seule la Centrafrique ? Pas sûr qu'elle le puisse dans l'état actuel des choses. "Les souverainistes, à leur habitude, trouvent à redire face à ce qui peut être présenté comme une nouvelle ingérence française dans les affaires du continent, note dans un éditorial le site camerounais Camer.be ... "Comme on l'a vu en Côte d’Ivoire, au Mali et maintenant en RCA, les pays africains, pris individuellement, et au-delà l’Union africaine et ses instances régionales, n’ont pas les moyens d’assurer et donc d’assumer cette souveraineté tant réclamée. De tergiversations en reculades, l’Union africaine, dans son ensemble, fait étalage de toute son impuissance. Tant et si bien, conclu le site, que la solution est toujours venue de l’extérieur, de la France notamment."

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