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Centrafrique : l'inconnu Djotodia devient président (par Eric Biegala)

4 min

Revue de presse internationale, présentée par Eric BiegalaCoup de projecteur ce lundi matin sur la Centrafrique où le nouvel homme fort de Bangui, Michel Djotodia, est devenu officiellement président ce week-end : "Djotodia : de l'autoproclamation à la légitimation" titre par exemple l'Observateur Paalga ... Et le journal du Burkina Faso de relever que "seul candidat, Michel Djotodia a été choisi par acclamation, sans vote formel, par les membres du Conseil national de transition (...) Et si tous les scrutins s’organisaient de la sorte, il n’y aurait point de contestation, encore moins de troubles postélectoraux. Le peuple se tiendrait à carreau et vaquerait à ses préoccupations quotidiennes" , ajoute avec sarcasme l'éditorial Burkinabé...Il faut dire que les préocupations quotidiennes et immédiates des centrafricains semblent être... de survivre tout simplement. Les exactions des membres armés de la Séléka, la coalition de forces qui a pris le pouvoir le mois dernier et mis Michel Djotodia à la tête du pays, se poursuivent... la plupart des sites web de la presse africaine relèvent la vingtaine de morts de ce week-end à Bangui. Pillages, viols, commerçants rançonnés... Sur le site journaldebangui.com , Jean Gualbert Togba rappelle au nouveau président certaines vérités premières dans une lettre ouverte : "Vous êtes assujettis à une obligation de protection que volontairement vous relayez au dernier plan. En trois semaines, vous vous êtes approprié le bilan négatif d’un régime despotique de vingt ans de règne" , écrit-il en référence à François Bozizé, tombé le 24 mars dernier et réfugié au Cameroun voisin...Au Cameroun justement La Nouvelle Expression donne la parole à l'ancien secrétaire général de l’Association des paysans centrafricains Pascal Koyagbele Bida, également patron de la chambre de commerce de Bangui et réfugié lui aussi à Douala... il y décrit les exactions des membres de la Séléka : « Des entreprises sont pillées comme la sucrerie Castel de Bambari, la mine d’or de Yalinga et les usines cotonnières de Paroua et de Biffa, le saccage des installations d’Areva à Bakouma, etc. Même les églises subissent le même sort. Il y a trois jours, ils ont pillé l’archevêché de Bangui » , poursuit l'ancien représentant de la chambre de commerce...Ailleurs, c'est la personnalité de Michel Djotodia qui pose problème ou plutôt qui pose question. Qui est il ? D'où vient -il ? que veut-il faire ? "Réservé, voire mystérieux "... commentateurs et journalistes de la presse africaine rivalisent d'épithètes flous pour caractériser le nouveau président centrafricain... L'International Herald Tribune note par exemple qu'il avait effectivement revétue une tenue militaire lors de son arrivée à Bangui le 24 mars dernier, mais qu'il a vite troqué le treillis et le chèche contre le costume trois pièce du responsable civil. A dire vrai Michel Djotodia, né en1949 - personne ne semble certain de la date - n'est pas un militaire et c'est assez rare en Afrique pour être souligné ... Ancien fonctionnaire des impôts, Djotodia s'est présenté par deux fois aux Législatives - en vain ! Il devient toutefois ministre de François Bozizé avant de se retourner contre lui pour organiser l'assaut final sur Bangui. «Pour Bozizé, c'était le plus modéré des rebelles. En fait, Djotodia est comme Bozizé. Un faux débonnaire. » , note dans Jeune Afrique un ancien proche du président déchu.Dans son blog Foole's No Man's Land , l'anthropologue américaine Louisa Lombard qui travaille sur le terrain centrafricain depuis des années dresse le portrait d'un velléitaire, arrivé au pouvoir un peu par hasard : « à écouter les histoires de ses ambitions flouées depuis des années, je me suis souvent sentie embarrassée pour lui, écrit la chercheuse... Il ressemblait à un pilote de bobsleigh jamaïcain, persuadé qu'il aura la médaille d'or aux jeux olympiques d'hiver... N'empêche : aujourd'hui, le voici prêt à aménager dans le palais présidentiel » de Bangui... On remarque évidemement sa formation moscovite : l'actuel homme fort de la Centrafrique a passé 10 ans en URSS; c'est là qu'il s'est marié et il parle le russe couramment, ce qui lui a permis d'officier également au ministère des affaires étrangères... Louisa Lombard raconte même qu'il s'est une fois transformé... en interprète pour une équipe de chasseurs russes de gros gibier, débarquée en centrafrique inopinément !Que va-t-il faire maintenant ? La question revient sous toutes les plumes... Désigné président samedi par la CNT, la Commition Nationale de Transition, qui joue le rôle de Parlement et d'assemblée constituante, il a promis de ne ménager "aucun effort pour assurer de manière concertée la transition qui vient de commencer" , note Voice Of America , en citant son premier discours de Président. Et de relever la promesse faite de ne pas aller au delà des 18 mois de pouvoir que lui octroie cette désignation. Une promesse qui romp avec les trois ans de pouvoir qu'il avait publiquement envisagé d'assurer à l'issue de son arrivée à Bangui.Dans son éditorial, l'Observateur Paalga du Burkina Faso note que "L’élection de ce candidat unique a malheureusement lieu à un moment où le cliquetis des armes se fait toujours entendre dans le pays. Jusque-là, la question de la sécurité est un objectif très loin d’être atteint. Et pour tout compliquer, la principale composante de la Séléka inquiète à plus d’un titre, étant pour la plupart issus du Nord musulman. Djotodia est d’ailleurs le premier musulman à régner sur la destinée de la Centrafrique... et le journal de rappeller que les rebelles se sont déjà attaqués à des lieux de culte chrétiens ; "Certes, le sous-sol du pays est très riche, en diamant notamment" , poursuit le journal Burkinabé, "mais les habitants restent englués dans la pauvreté, la plus grande plaie demeurant la mauvaise gestion de l’Etat depuis les indépendances, couronnée par le fantasque Jean Bedel Bokassa qui détient jusque-là la palme de la mauvaise gouvernance. Pour la petite anecdote, en Centrafrique, en termes d’usines, ne subsistent qu’une production locale de bière et une autre qui fait dans l’aluminium". "Il a donc du pain sur la planche, Michel Djotodia. Sa légitimation, qui s'apparente davantage à un mic-mac politique, est à consommer avec modération. Même s’il a promis de lâcher le pouvoir à la fin de la transition, il est plus à plaindre, au regard des grands défis qui l'attendent d'ici là" , conclu l'Observateur .

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