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Chapelet explosif en mer de Chine

5 min

Par Eric Biegala

C'est un chapelet de cinq ilots en mer de Chine Orientale... Quelques rocs boisés et inhabités qui émergent, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes chinoises, des côtes taïwanaises et à 150 bons kilomètres de la dernière ile habitée à l'extrême sud de l'archipel japonais... mais c'est un chapelet d'îles au pouvoir particulièrement détonnant en Asie du Sud-Est. Ces îles, on les appelle les Senkaku au Japon ; les Diaoyu en Chine et jusqu'à l'année dernière le Japon les contrôlaient sans trop de problème, même si la Chine les revendique depuis les années 70.Mais en septembre 2012, Tokyo - l'Etat japonais - a racheté trois de ces ilôts à un propriétaire privé, les nationalisant de fait. Depuis, ce contrôle japonais sur les Senkaku est régulièrement défié par la marine chinoise. Le dernier épisode en date remonte à... ce mercredi, quand 4 bateaux chinois - des garde-côtes - se sont mis à patrouiller pendant une bonne trentaine d'heures autour du chapelet.Hier, "l'ambassadeur chinois a été convoqué par le gouvernement japonais et une plainte formelle lui a été remise, raconte le Japan Times aujourd'hui ; c'est la plus longue des multiples incursions chinoises dans les eaux territoriales japonaises, explique le journal qui rappelle que les tensions territoriales et les échaufourées maritimes de ce genre ont pratiquement gelé les relations bilatérales" entre les deux puissances asiatiques, respectivement seconde et troisième économies mondiales. Côté chinois, on explique que la plainte des Japonais a été platement "rejetée" titrait hier soir le China Daily ; "l'ambassadeur chinois a posté un communiqué sur le site de son ambassade se plaignant à son tour d'une incursion de l'extrême droite japonaise dans les eaux territoriales chinoises et l'ambassadeur a exigé que la totalité des bateaux japonais présents sur place quittent l'endroit" ... on parle bien des mêmes eaux, autour des Senkaku/Diaoyu que chaque camp énonce donc dorénavant comme faisant partie de son propre territoire. L'agence Chine Nouvelle indique que les gardes-côte chinois qui avaient repéré plusieurs bateaux japonais se dirigeant vers les îles ont "sévèrement proclamé la souveraineté de la Chine sur les Diaoyu ; les bateaux japonais ont été invités à quitter immédiatement les eaux territoriales chinoises" , précise l'agence. Des bateaux de pêche des deux pays croisent régulièrement dans cette zone réputée poissoneuse... mais il y a aussi des velléité de présence sur les Senkaku des nationalistes japonais... "il faut porter au crédit du Japon d'avoir jusqu'ici empêché ses ultranationalistes de débarquer sur les îles, écrit The Economist ; le Japon n'a pas non plus stationné de troupes sur place - une admission tacite du statut ambigü de ces iles, malgré que Tokyo les controle depuis plus d'un siècle... Mais les choses pourraient dangeureusement déraper si le Japon devait y stationner des troupes de marine (c'est la crainte des Chinois) ou si la Chine y débarquait des hommes pour y faire une démonstration de force (c'est la crainte des Japonais)", estime l'hebdomadaire britannique.

Les deux pays "sont en fait actuellement dans une situation vraiment critique", écrit Nozonu Hayashi, le chef du bureau de Pékin de l'Asahi Shimbun , le grand quotidien japonais ; une situation "où le débarquement de qui que ce soit sur les Senkaku pourrait déclencher un affrontement armé... une telle période prolongée de tensions entrainera, au moindre coup de feu accidentel, une véritable bataille rangée ; et le correspondant de rappeler l'incident du pont Marco Polo, près de Pékin en 1937, qui en partant de trois fois rien avait ainsi déclenché la seconde guerre sino-japonaise... "Vivant en Chine , poursuit Nozonu Hayashi, on ne peut que s'inquiéter d'une telle éventualité, et ce parce que, côté Japonais comme côté Chinois, les gouvernements sont incapables de faire des concessions pressés qu'ils sont par leurs opinions publiques ; le correspondant du journal cite d'ailleurs un membre du Comité Central du Parti Communiste Chinois lui ayant confié qu'au moindre compromis sur la question des îles, l'actuel gouvernement en place à Pékin tomberait certainement". Il faut dire que les opinions publiques sont - sinon chauffée à blanc - au moins plus que suspiscieuses de part et d'autre des Senkaku/Diaoyu... Le quotidien d'Etat China Daily et l'ONG japonaise Genron mènent d'ailleurs conjointement de réguliers sondages pour savoir ce que l'un des deux pays pense de l'autre... et les résultats de la dernière livraison (qui date d'avant hier) "sont les pires qu'on ait vu depuis dix ans" remarque le China Daily : "près de 93% des Chinois interrogés ont une vision négative du Japon, 28 points de plus que l'an dernier ; pareillement écrit jle journal, plus de 90% des Japonais ont un esentiment négatif à l'égard de la Chine, en hausse de 6 points par rapport à 2012. "Quant à résoudre la crise des îles, si une majorité de Japonais estime que des négociations bilatérales ou un arbitrage international pourraient y parvenir, note encore le China Daily , côté Chinois "plus d'un tiers des personnes interrogées envisagent sans trop de difficulté un conflit armé pour régler le problème ! " Et sur le web, le conflit armé est déjà là, au moins virtuellement. Il ya dix jours, pour l'anniversaire annuel des Forces armées chinoises, une société privée alliée avec l'Etat-Major de Pékin présentait la toute dernière version de son jeu vidéo de guerre en ligne intitulé "Mission Glorieuse"... Ou il s'agit ni plus ni moins que de reprendre les îles aux Japonais. Le design du jeu met en scène le nec plus ultra de l'armement moderne chinois : son porte-avion et ses avions furtifs flambants neufs... Le South China Morning Post cite en ces termes le communiqué de presse accompagnant le lancement de "Mission Glorieuse en Ligne" : "les joueurs se battent aux côtés des forces armées chinoises, utilisent leurs armes pour faire bien comprendre aux Japonais que le Japon doit nous rendre ce territoire qu'il nous a volé". Bref, la guerre des îles a déjà commencé ; mieux : elle a déjà été gagnée par la Chine, sur le web au moins.

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