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Charlie, la Rose et le Réséda.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Ce matin, pour paraphraser le célèbre poème d'Aragon, il y a celui qui publie et celui qui ne publie pas. Ou bien celui qui parle de la couverture de CHARLIE HEBDO mais ne la montre pas. C'est le cas en particulier de nombreux médias anglo-saxons, qui la semaine dernière, déjà, avaient préféré ne pas publier les caricatures du journal satirique sur l'islam considérées comme des provocations gratuites.

L'un des cas les plus emblématiques est sans doute celui du NEW YORK TIMES qui se contente ce matin de décrire le dessin à ses lecteurs : un homme barbu, portant un turban blanc, avec une larme qui coule sur sa joue. Il tient un signe, "Je suis Charlie", et au-dessus sont écrits les mots : "Tout est pardonné".

Autrement dit et quand bien même le dessin à la Une du dernier numéro de CHARLIE n'est pas provocateur ou choquant, tient à préciser le magazine SLATE, nombreux sont encore ceux qui préfèrent quand même qu'il reste invisible. Invisible ou tronquer, d’ailleurs, comme c'est le cas pour le quotidien britannique TELEGRAPH, lequel a choisit de montrer seulement le haut de la Une (Charlie Hebdo « Tout est pardonné ») sans le dessin.

Parmi ceux, en revanche, qui ont choisi de publier intégralement la couverture du journal, il y a tout d'abord ceux qui se réjouissent, à l'instar du quotidien lisboète JORNAL DE NEGOCIOS : C'est en raison d'une caricature de Mahomet qu'ils sont morts, dit-il et c'est avec une caricature de Mahomet qu'ils reviennent à la vie.

Et puis il y a tous ceux qui ressentent la nécessité de préciser qu'ils n'ont pas fait ce choix à la légère : d'un côté, en publiant cette Une, nous risquons d'offenser certains de nos lecteurs. Mais de l'autre, si nous ne la publions pas, nous offenserons un nombre plus grand de nos lecteurs qui veulent que nous prenions position contre ce que ces attaques en France ont représenté, explique notamment le rédacteur en chef du site australien NEWS.COM. Idem pour THE WASHINGTON POST, lequel approuve la publication de l'image non seulement sur un blog du site mais aussi sur son édition papier. Or c'est apparemment la première fois qu'un portrait de Mahomet apparaît ainsi dans les pages actualité du quotidien, d'où le besoin du rédacteur en chef du journal de se justifier : notre politique a été d'éviter la publication de contenus ostensiblement, délibérément ou inutilement offensants envers les membres d'un groupe religieux. Et nous maintenons cette politique, dit-il, avant de préciser : mais ce cas-ci n'y rentre pas.

A Londres, THE GUARDIAN, dans un article intitulé : première couverture depuis l'attaque terroriste a choisi, lui aussi, de publier la Une avec toutefois cette mention : attention, cet article contient l'image de la couverture du magazine que certains pourraient trouver offensante.

Enfin en France, à l'exception notable de LIBERATION et L'HUMANITE, la plupart de vos quotidiens ont trouvé, eux, la parade et se contentent ce matin d'une photo de la conférence de presse au cours de laquelle le dessinateur Luz a révélé la Une du numéro à paraître aujourd'hui.

S'agissant cette fois-ci des grands médias des pays musulmans, l'islam interdisant la représentation de Mahomet, non seulement la Une n'est généralement pas publiée mais plus encore, le dessin a même déclenché la colère des autorités égyptiennes, notamment, qui y voient une provocation injustifiée, je cite, pour les sentiments de 1 milliard et demi de musulmans à travers le monde. Quant au site d'information iranien TABNAK, il estime que Charlie Hebdo insulte de nouveau le prophète, avant d'en conclure que la vague d'insultes des entités sacrées de l'islam dans laquelle ce magazine a joué un rôle dominant dans le passé, combinée à l'islamophobie, augmente en Occident.

Seule exclusivité, a priori, dans un pays à majorité musulmane, la Turquie. CHARLIE HEBDO a réussit à nouer un partenariat avec le journal d’opposition CUMHURIYET, qui publie en turc, un supplément de 4 pages reprenant l'essentiel du contenu de l'hebdo satirique.

Et puis, parce que la question ce matin semble se résumer à celle-ci : publier ou ne pas publier, je citerai également le cas non plus d'un dessin mais d'une photo, cette fois-ci, qui fait polémique aujourd'hui en Israël. Où est Angela ? s'interroge notamment le quotidien HAARETZ, cité par le Courrier International, après qu'un journal juif ultra orthodoxe a choisi d'effacer toutes les femmes présentes sur la photo des dirigeants politiques prise dimanche dernier, lors de la marche républicaine à Paris. La chancelière allemande mais aussi la haute représentante de l'Union Européenne pour les affaires étrangères ainsi que la maire de Paris. Toutes les trois ont tout simplement disparu de la photo, après un passage par Photoshop. Et Pourquoi ? Réponse d'HAARETZ : parce que dans les partis politiques israéliens qui représentent les ultra orthodoxes, les femmes ne peuvent tout simplement pas se présenter à la Knesset. Et par conséquent, dans les publications et publicités de ce monde là, les images montrant des femmes sont totalement absentes. Alors bien sûr, nous autres Israéliens, nous pouvons toujours dire que cette histoire concerne la communauté ultra orthodoxe, écrit le journal. Sauf que cela est tout de même gênant, au moment où le monde occidental se rassemble contre les manifestations de l'extrémisme religieux, de constater que nos extrémistes à nous se débrouillent pour se faire remarquer.

Celui qui croyait au ciel ou celui qui n'y croyait pas.

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