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Chine, Grèce, Mars One : ou quand le monde marche sur la tête.

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Panique en Chine. La deuxième économie mondiale est-elle en train de dérailler ? En l’espace de trois semaines, la capitalisation boursière chinoise s’est effondrée de 30%, effaçant au passage 3200 milliards de dollars, soit l’équivalent de la capitalisation boursière cumulée de la France et de l’Espagne.

A man gestures in front of an electronic board showing stock information at a brokerage.
A man gestures in front of an electronic board showing stock information at a brokerage. Crédits : Stringer Shanghai - Reuters

Une chute, prévient LE TEMPS de Genève, qui relaie les problèmes de dette de la Grèce à un épiphénomène, en regard des risques qu’elle fait peser sur l’économie mondiale. D'où cet autre avertissement à lire, cette fois-ci, sur le site de la chaîne de télévision américaine CNN : vous n'en avez peut-être pas encore entendu parler et pourtant, au lieu de se concentrer sur Athènes, les investisseurs devraient être bien plus inquiets par ce qui se passe en Chine. Vous savez, ce pays de presque 1,5 milliard d'habitants, avec le deuxième plus gros PIB de la planète.

Et même si ce matin, les Bourses de Shanghai et de Hong Kong ont visiblement réussit à inverser la tendance, hier en revanche, la débâcle s'est poursuivie dans l'affolement général : cinquième journée de baisse de l’indice sur six séances. Au total, plus de 500 sociétés cotées en Chine ont du annoncer la suspension de leur cotation.

Comment en est-on arrivé-là ? Le diagnostic est on ne peut plus simple, presque tristement caricatural : une bulle boursière s’est formée avec un indice qui a gonflé de 150% en moins de douze mois. Au mois de mai, il s’ouvrait en Chine 4 millions de nouveaux comptes de transactions chaque semaine. Les actions de certaines sociétés s’échangeaient à 300 fois le montant de leurs bénéfices. Autant dire que ce n’était plus un simple engouement boursier ; les gens sont tout simplement devenus fous. C'est également l'analyse défendue sur le site de la BBC, pour qui la chute du marché boursier chinois s'explique, en particulier, par l'instinct grégaire, qui pousse tout le monde à faire la même chose, sans oublier, bien sûr, l'appât du gain, qui pousse les investisseurs à long terme à tout arrêter.

Ce qui est arrivé à la Chine ressemble fort à un nouvel épisode de folie généralisée, où de nombreux investisseurs ont perdu la raison, renchérit à son tour THE NEW YORK TIMES, cité par le Courrier International. Les investisseurs ont commencé à emprunter de l’argent pour acheter des actions, sans en avoir les moyens. Ils ont tout parié sur l’idée qu’une nouvelle ère commençait et que les actions ne pouvaient que grimper. Le problème, c'est qu'il existe une grande différence entre les marchés chinois et ceux des autres grandes économies. Pourquoi ? Parce qu'en Chine, les investisseurs sont en majorité des particuliers et non pas des institutions. Ce sont les petits épargnants qui composent le gros des achats. Or ces derniers n’ont pas forcément les reins assez solides pour supporter la volatilité des marchés.

Le quotidien américain cite notamment dans ses colonnes l'exemple de Gong, un ancien ouvrier des chantiers navals désormais à la retraite. Avec l’argent que lui ont rapporté ses actions, Gong a acheté un appartement pour son fils. Il mange bien, voyage à l’étranger, a les moyens de payer les études de sa petite-fille. Seulement voilà, la chute de 30 % de la Bourse chinoise lui a fait perdre plus de 30 000 dollars ces dernières semaines.

A présent, le volume énorme des emprunts qui ont permis de regonfler le prix des actions pourrait se transformer en dettes toxiques, ce qui porterait tort à la fois aux banques, aux maisons de courtage et plus encore à tous les petits investisseurs, comme Gong, qui pourraient bientôt se retrouver ruinés.

Une folie généralisée et au final une crise qui se propage, voilà qui nous ramène également toujours et encore ce matin à la Grèce. Une analyse résonne tout particulièrement, celle du journal turc CUMHURIYET, cité par Eurotopics, qui pointe les coupables impunis de la crise grecque. Qui demandera des comptes aux banques françaises et allemandes, lesquelles ont accordé aux banques grecques des crédits à des taux trop élevés et donc impossibles à rembourser, interroge l'éditorialiste, avant de rappeler que de la même façon, personne ne s'en est pris aux banques américaines, qui, en créant la bulle immobilière de 2008 ont non seulement été à l'origine de la crise financière mais ont, qui plus est, été secourues.

A man walks by a bank in Athens.
A man walks by a bank in Athens. Crédits : Yannis Behrakis - Reuters

Quant à son confrère autrichien, le magazine de centre-gauche PROFIL, il pointe pour sa part une autre contradiction funeste : si l'Union monétaire européenne est sur le plan des contenus un projet anti-néolibéral, notamment par la volonté de surmonter enfin la spéculation liée aux taux de change, en revanche, les règles de sa mise en œuvre sont, elles, purement néolibérales : la valeur de l'argent, l'austérité, le démantèlement social et l'alchimie financière.

Csilla Orgel, a geologist with Crew 125 EuroMoonMars B mission, collects geologic samples for study at the Mars Desert Research
Csilla Orgel, a geologist with Crew 125 EuroMoonMars B mission, collects geologic samples for study at the Mars Desert Research Crédits : Jim Urquhart - Reuters

Enfin pour tous ceux qui rêveraient d'échapper à toute cette folie, quoi de mieux que de partir s'installer sur une autre planète. Vous avez sans doute déjà entendu parler de Mars One, ce projet complètement fou visant à installer une colonie humaine sur la planète rouge et à l'occuper dès 2024. Eh bien dans une interview à la chaîne américaine CNN, cité par le magazine Slate, on apprend que les scientifiques ont déjà prévu comment les premiers hommes qui arriveront sur la planète pourront respirer un délicieux oxygène mixé pour eux. Des ingénieurs ont en effet trouvé le moyen de générer un air respirable et une eau potable. Un défi de taille, puisque l’atmosphère y est composée à 95% de dioxyde de carbone et quasiment 0% d’oxygène. Seul petit problème, on ne sait toujours pas, en revanche, comment transporter sur place tout le matériel nécessaire et le faire atterrir, ni même comment le financer. Preuve, là encore, que tout en ayant les yeux tournés vers les étoiles, le monde continue bel et bien de marcher sur la tête.

Par Thomas CLUZEL

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